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Côte d’Ivoire : l’amnistie "est insuffisante mais reste importante" pour la réconciliation

© Sia Kambou, AFP | Simone Gbagbo, accompagnée de son avocat, au tribunal d'Abidjan, le 10 octobre 2016.

Vidéo par Louise BROSOLO

Texte par Hermann BOKO

Dernière modification : 07/08/2018

Alassane Ouattara a annoncé, lundi, l’amnistie d’environ 800 personnes dont l’ex-Première dame Simone Gbagbo, condamnée depuis 2015 pour “atteinte à la sûreté de l’État”. Un geste politique fort en faveur de la réconciliation nationale.

L’ex-Première dame ivoirienne Simone Gbagbo devrait être libérée de prison dès mercredi, selon son avocat Rodrigue Dadjé. Elle avait été condamnée en 2015 à 20 ans de prison pour “atteinte à la sûreté de l’État”. En 2017, Simone Gbagbo a été acquittée à la surprise générale à son procès aux assises à Abidjan pour crimes contre l'humanité pendant la crise post-électorale, qui avait fait quelque 3–000 morts. Mais ce jugement avait été cassé, le 26 juillet dernier, par la Cour suprême, qui avait demandé son renvoi devant une nouvelle cour d'assises.

L’amnistie est perçue par les observateurs comme un acte fort en faveur de la réconciliation nationale. Laquelle était considérée comme un point noir du bilan d’Alassane Ouattara. Engagé en avril 2011, juste après la crise post-électorale de 2010-2011 et la chute de Laurent Gbagbo, le processus de réconciliation nationale avait plusieurs fois été interrompu. Avec pour conséquence la suspension de l’indemnisation des victimes de la crise. Des ONG de droits de l’Homme avait aussi pointé du doigt la lenteur dans les poursuites judiciaires.

L’ordonnance prise par le chef de l’État ivoirien devrait permettre d’apaiser les tensions politiques en vue des prochaines échéances électorales, notamment la présidentielle de 2020. Aussi dans son discours à la nation à l’occasion du 58e anniversaire de l'indépendance, Alassane Ouattara a réitéré sa volonté de laisser la place à une nouvelle génération d’hommes politiques.

Geoffroy-Julien Kouao, juriste et analyste politique ivoirien décrypte pour France 24 la portée de l’ordonnance prise par le chef de l’État à deux ans de la présidentielle.

France 24 : La libération de Simone Gbagbo est un grand pas vers la réconciliation. Mais est-ce déjà suffisant pour renouer avec le dialogue politique ?

Geoffroy-Julien Kouao : Ce n’est jamais suffisant, mais cela reste important. La classe politique, les intellectuels, la société civile ne doit pas baisser la garde. Les vérités politiques d’aujourd’hui ne sont pas celles de demain. Et la parole politique varie. Il faut veiller à ce que Alassane Ouattara et les gouvernants ivoiriens restent dans cette dynamique. C’est un pas vers la réconciliation. Sur les réseaux sociaux, tous les camps sont contents. Et les observateurs disent que c’est certainement le plus grand discours d'Alassane Ouattara en tant qu’homme politique.

Dans quelle mesure l’annonce l’amnistie peut pacifier le pays et prévenir d’éventuels troubles électoraux en 2020 ?

L’amnistie n’efface pas les infractions. Mais met fin à toutes les poursuites, à toutes les condamnations et permet la libération de tous les prisonniers. L’amnistie prend valeur d’oubli. Le président de la République vient de passer l’éponge sur tout ce qui s’est passé. Il y a déjà des cadres institutionnels pour l’indemnisation des victimes de la crise post-électorale. Il faut renforcer ces cadres là et veiller à ce que cela ne donne pas valeur d’impunité.

Quel pourrait être l’impact de l’amnistie de ces personnalités sur le jeu politique ivoirien à deux ans de la présidentielle et à quelques mois des élections d’octobre ?

Alassane Ouattara ne perd pas de vue les échéances électorales de 2020. Dans tous les cas de figure, il faut saluer l’acte posé par le chef de l’État. La Côte d’Ivoire est structurée autour de trois grandes formations, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire d’Henri Konan Bédié, le Front populaire ivoirien de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des républicains d’Alassane Ouattara. Et à l’approche de la présidentielle, la libération de Simone Gbagbo, l’ancienne Première dame, participe à l’ouverture du jeu démocratique. Le président a aussi affirmé qu’il est temps que l’actuelle génération d’hommes politiques ivoiriens laisse la place à une nouvelle. La génération de Simone Gbagbo, d’Alassane Ouattara et de Konan Bédié a fait ce qu’elle devait faire pour la Côte d’Ivoire. Il faut passer le relai à une nouvelle génération dans le cadre tracé par la Constitution et le code électoral. Je ne pense pas qu'Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié ou Simone Gbagbo aient encore un avenir politique après 2020. Il y a des dynamiques internes qui se dessinent. Le défi d’alternance générationnel est très fort. Dans tous les cas, que ce soit le PDCI, le RDR, ou le FPI, tout le monde a conscience qu’il faut donner de la chance à une nouvelle génération politique.

Faut-il envisager aussi la libération de Laurent Gbagbo pour une réconciliation plus complète ?

La Cour pénale internationale (CPI) n’a pas d’injonction à recevoir des autorités ivoiriennes. Mais elle doit être à l’écoute de la dynamique en Côte d’Ivoire. La CPI devrait tenir compte du processus de réconciliation qui est en cours. Pour que définitivement les Ivoiriens passent l’éponge sur cette période très douloureuse qu’ils ont connue dans la décennie 2000.

Première publication : 07/08/2018

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