Dernière modification : 09/05/2011 

- États-Unis - France - Pakistan


Alain Juppé, Ministre des Affaires étrangères et européennes

Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé s'exprime sur un certain nombre de sujets au coeur de l'actualité internationale. Il répond bien sûr aux questions concernant la mort d'Oussama Ben Laden ,ses conséquences en matière de terrorisme, la méthode américaine et le rôle du Pakistan. Il nous révèle notamment que la France n'exclut pas un retrait d'Afghanistan avant 2014 et que "l'objectif de l'intervenion militaire internationale en Libye "n'est pas de tuer Kadhafi"

Roselyne FEBVRE.- La France a-t-elle des preuves de la mort de Ben Laden ? Est-ce que le gouvernement français en a eu ? Est-ce que vous, vous en avez eu ?
Alain JUPPÉ.- Non. Nous avons la parole du gouvernement américain et, pour nous, cela est une forme de preuve, bien sûr.
Roselyne FEBVRE.- C'est une victoire, bien évidemment, pour les Etats-Unis, un succès personnel pour Obama. Cependant, aujourd'hui, l'administration américaine se pose la question : doit-elle montrer le cadavre, la photo du cadavre de Ben Laden ? Visiblement, les Américains hésitent. Ne doivent-ils pas donner cette preuve au monde de la mort du leader d'Al-Qaïda ?
Alain JUPPÉ.- Je n'ai pas d'avis sur cette question. Je ne connais pas cette photo. C'est aux autorités américaines d'en décider. Ce que je sais, c'est que l'élimination de Ben Laden est un succès pour tous ceux qui luttent contre le terrorisme. Le terrorisme est un fléau. C'est un acte de barbarie contre des innocents. On l'a encore vu à Marrakech il y a quelques jours. Ben Laden incarnait ce qu'il y avait de plus odieux dans le terrorisme. Souvenons-nous quand même du 11-Septembre. Souvenons-nous de tous les attentats qu'il a revendiqués, des assassinats d'otages. Et donc comment ne pas se réjouir de cette disparition ?
Roselyne FEBVRE.- Et est-ce que c'est vraiment une bonne nouvelle, sa mort ?
Alain JUPPÉ.- Oui, c'est une bonne nouvelle. Alors ça ne veut pas dire que le péril terroriste est éradiqué, bien entendu. Il y a encore des structures d'Al-Qaïda qui subsistent. Il y a d'autres mouvements qui sont plus ou moins associés à Al-Qaïda. Il y a d'autres mouvements terroristes aussi. Donc la menace est toujours là et il serait très imprudent de baisser la garde. Mais, en tout cas, c'était un symbole et la disparition de ce symbole est une bonne chose pour tous ceux qui pensent que les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, c'est l'essentiel.
Roselyne FEBVRE.- Justement, est-ce que l'Aqmi, qui est aussi, on va dire, une franchise d'Al-Qaïda, peut prendre le relais et grossir ? Est-ce que ce n'est pas dangereux aussi pour nous, Français ?
Alain JUPPÉ.- Vous savez, apparemment, Al-Qaïda, c'est un système très décentralisé, avec des groupes géographiques qui se revendiquent plus ou moins de l'autorité d'Al-Qaïda. L'Aqmi a une certaine autonomie de mouvement. Qu'il y ait un péril, je le répète, bien entendu et nous restons très vigilants puisque nos intérêts sont menacés dans toute la bande sahélienne. Je renouvelle les conseils de prudence à tous ceux qui voudraient aller faire du tourisme dans cette région, par exemple. Nous avons renforcé aussi la protection de nos ambassades, donc nous sommes extrêmement vigilants.
Roselyne FEBVRE.- Est-ce que ça ne va pas compliquer les négociations pour la libération de nos otages, que ce soit les journalistes en Afghanistan ou ceux qui sont au Niger, au Mali, enfin, dans la zone du Sahel ?
Alain JUPPÉ.- Vous savez, on a un peu tout dit et son contraire à ce sujet et c'est vrai qu'il est très difficile d'avoir une vision unilatérale des choses. Ça peut faciliter les choses si Al-Qaïda est déstabilisé. Ça peut au contraire les compliquer si ce qu'il reste d'Al-Qaïda se radicalise. En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que nous continuons nos recherches, nos discussions par tous les canaux possibles pour obtenir la libération de vos deux confrères.
Roselyne FEBVRE.- Vous avez bon espoir ?
Alain JUPPÉ.- Bien sûr, l'espoir est toujours là. On était très près d'une solution au début de l'année. Malheureusement, au dernier moment, les choses se sont bloquées, donc nous avons repris tous les canaux de discussion dont nous disposons. Et puis nous travaillons aussi, bien sûr, pour nos quatre otages du Mali où les discussions se poursuivent.
Roselyne FEBVRE.- Pour en revenir à l'opération, au raid au Pakistan, les Américains disent avoir agi sans l'aide des services pakistanais parce qu'ils n'avaient pas confiance en eux. Vous avez reçu mardi soir le Premier ministre pakistanais. Vous aviez parlé de manque de clarté de la part du Pakistan. Est-ce que vous y voyez un petit peu plus clair aujourd'hui et quelle est la version des Pakistanais si vous avez pu parler avec eux ?
Alain JUPPÉ.- Oui, il y a un certain temps que nous nous interrogeons sur la clarté de la position pakistanaise.
Roselyne FEBVRE.- On peut dire le double jeu, n'ayons pas peur des mots.
Alain JUPPÉ.- Oui, le mot est fort mais c'est quand même un peu cela. En tout cas l'ambiguïté entre les autorités pakistanaises, les services de renseignement pakistanais dont on sait qu'ils sont puissants et souvent autonomes. Et donc j'ai posé la question très franchement au Premier ministre pakistanais. Je lui ai dit : « Comment expliquez-vous que Ben Laden, personnage quand même tout à fait emblématique, ait pu vivre dans cette petite ville du Pakistan sans que les autorités pakistanaises... »
Roselyne FEBVRE.- Au nez et à la barbe de tout le monde.
Alain JUPPÉ.- Et la réponse a été que c'était un échec des services pakistanais. Dont acte. En tout cas, je crois qu'il faut éviter, bien entendu, tout antagonisme avec le Pakistan. C'est un grand pays. Nous avons tout intérêt à avoir de bonnes relations avec lui. Il faut qu'il coopère. Hier soir, le Premier pakistanais...
Roselyne FEBVRE.- C'est un tournant aujourd'hui dans les relations entre les Etats-Unis, l'Afghanistan, le Pakistan ? Est-ce que tout doit être mis sur la table ?
Alain JUPPÉ.- J'espère que ce sera un tournant favorable, un tournant dans la bonne direction en tout cas. Et, je le répète, le Premier ministre pakistanais hier m'a assuré de sa volonté de coopération. Il n'y aura pas de solution en Afghanistan, c'est-à-dire de solution politique de longue durée, si nous n'arrivons pas à travailler en confiance avec le Pakistan.
Roselyne FEBVRE.- Alors les néoconservateurs américains ont toujours justifié la machine de guerre par la traque de Ben Laden. Est-ce que, aujourd'hui, sa mort n'enlève pas, on va dire, toute légitimité à cette guerre en Afghanistan et à la présence étrangère ?
Alain JUPPÉ.- Non. Bien sûr que non. Notre présence en Afghanistan, la présence des forces coordonnées par l'Otan, ça n'était pas d'éliminer Ben Laden, c'était - et c'est toujours - d'aider le gouvernement afghan à établir son autorité sur l'ensemble du territoire de l'Afghanistan et à assurer la paix et la démocratie à sa population. C'est pour cela que nous sommes là-bas et, malheureusement, le résultat aujourd'hui n'est pas encore atteint. Alors est-ce que la mort de Ben Laden va nous permettre de progresser ? Je l'espère. Nous sommes engagés dans un processus de transition. Alors, bien sûr, comme toujours dans ce genre de situation, les uns et les autres s'agitent en disant : « Il faut se retirer. » Comme je l'ai dit hier à l'Assemblée nationale, nous allons prendre le temps de la réflexion, de l'analyse pour voir les conséquences à tirer sur les prochains mois de ce qui vient de se passer.
Roselyne FEBVRE.- Oui. Et redéfinir les objectifs de guerre. Il faut une remise à plat ?
Alain JUPPÉ.- Il faut toujours tirer les enseignements de ce qui vient de se passer. C'est un événement important. Vous savez que notre objectif, dans le courant de cette année 2011, est de transférer à l'armée afghane, que nous formons par ailleurs, la responsabilité de la sécurité dans une des zones où nous sommes présents aujourd'hui en Afghanistan et qui s'appelle le Surobi. C'est toujours notre objectif.
Roselyne FEBVRE.- Oui. Vous dites que ça ne remet pas forcément en cause le retrait, en tout cas pour les Américains pour 2014. En revanche, vous avez déclaré mardi au Sénat qu'il pouvait y avoir une réflexion pour hâter ce...
Alain JUPPÉ.- Je n'ai pas dit exactement ça. J'ai dit qu'il fallait qu'il y ait une réflexion pour tirer les conséquences de ce qu'il vient de se passer.
Roselyne FEBVRE.- Oui mais ça pourrait hâter le retrait ou pas ?
Alain JUPPÉ.- Ecoutez, par définition, je ne peux pas vous donner le résultat de la réflexion avant qu'elle n'ait eu lieu.
Roselyne FEBVRE.- Mais les modalités de ces réflexions seraient autour...
Alain JUPPÉ.- Nous y réfléchissons avec nos alliés et avec tous ceux qui sont sur le terrain. Nous n'avons pas vocation à rester indéfiniment en Afghanistan. Le président de la République l'a dit à plusieurs reprises. Il y a une période de transition.
Roselyne FEBVRE.- Mais vous avez la pression des socialistes là-dessus.
Alain JUPPÉ.- Oui. Oh, j'ai écouté les socialistes qui nous disent qu'il faut partir et, quand on leur demande quand, ils deviennent extrêmement vagues. Parce que tout le monde est bien conscient qu'un retrait rapide, immédiat, précipité pourrait complètement déstabiliser la situation.
Roselyne FEBVRE.- Non mais est-ce que le calendrier pourrait être un peu avancé à avant 2014 ?
Alain JUPPÉ.- C'est l'une des options auxquelles nous allons réfléchir. Bien sûr. Les Américains y réfléchissent aussi, d'ailleurs.
Roselyne FEBVRE.- Est-ce qu'on peut imaginer que le Parlement français puisse voter sur des sujets...
Alain JUPPÉ.- Ecoutez, il y a des textes législatifs. Moi, je me suis rendu à de multiples reprises devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, du Sénat. J'y vais encore cet après-midi. Il y a eu des débats à l'Assemblée nationale. Vote ou pas vote ? Ça, c'est une question qui est appréciée par les autorités du Parlement.
Roselyne FEBVRE.- L'exécution de Ben Laden tombe en pleines révoltes arabes. Vous l'avez remarqué, bien sûr, il n'y a eu aucune référence positive à l'islamisme. Comment expliquez-vous cette coïncidence ? Est-ce que la chute des dictateurs rime avec le déclin des partisans du Jihad ?
Alain JUPPÉ.- D'une certaine manière, tout ce qui permet à la démocratie de s'épanouir, à la liberté des peuples de s'exprimer, aux droits de l'homme d'être respectés est une espèce de poison mortel pour le radicalisme et l'extrémisme, bien entendu. Ce qui nourrit, d'une certaine manière, le radicalisme et l'extrémisme, c'est la tyrannie, c'est la répression policière que certains de ces régimes ont pratiquée. C'est pour cela que nous considérons que le « printemps arabe » est une chance extraordinaire pour tout le monde. Pour les pays du Sud mais aussi pour nous parce que ce sera, j'en suis sûr, à long terme un facteur de stabilisation. Est-ce que, là encore, ça veut dire que tout va se passer de manière irénique, dans le plus grand calme ? Non. On voit bien qu'il y a des forces contraires. On voit bien que du côté des islamistes - appelons-les ainsi - il y a des gens prêts à discuter, prêts à renoncer à la violence.
Roselyne FEBVRE.- D'ailleurs vous êtes prêt à discuter avec eux, vous l'avez dit lors d'un colloque.
Alain JUPPÉ.- S'ils renoncent à la violence et au terrorisme, s'ils affirment leur volonté de respecter ce qui est un bien commun de l'humanité et qui est inscrit dans la charte des Nations unies, c'est-à-dire les droits de l'homme et de la femme, alors on peut parler avec eux. Et puis il y a des extrémistes, des radicaux qui n'ont pas rompu avec la violence et ceux-là, bien sûr, ne sont pas des interlocuteurs.
Roselyne FEBVRE.- On va parler de la Libye. Alors l'Otan frappe la Libye depuis sept semaines. Est-ce que la coalition n'a pas sous-estimé la capacité de résistance des troupes de Kadhafi ?
Alain JUPPÉ.- On parle d'enlisement ; vous venez de dire « sept semaines ». Voilà. Depuis combien de temps sommes-nous en Afghanistan ?
Roselyne FEBVRE.- Justement, n'y a-t-il pas une afghanisation ?
Alain JUPPÉ.- Non. Loin de là. On n'est pas du tout dans la même durée temporelle. Là, on calcule en semaines ou en mois. En Afghanistan, on a calculé en années. Il n'est pas question de nous enliser en Libye. Il faut que cette intervention militaire ait une fin aussi rapide que possible. Je voudrais rappeler pourquoi nous sommes intervenus en Libye. Il faut sans cesse le rappeler. Si, à quelques heures près, la résolution 19-73 du Conseil de sécurité n'avait pas été votée, Kadhafi avait annoncé la couleur : il fonçait sur Benghazi et il s'apprêtait à massacrer des milliers de gens. Ça, nous l'avons évité et je crois que c'est à mettre à l'honneur de la communauté internationale. Et puis aujourd'hui nous poursuivons des frappes qui ont pour objectif de déstabiliser les capacités militaires de Kadhafi et, simultanément, nous sommes à la recherche, bien sûr, d'une voie pour pousser à la solution politique.
Roselyne FEBVRE.- On va en parler mais ne regrettez-vous pas qu'on ne puisse pas envoyer des troupes au sol ?
Alain JUPPÉ.- Non, je ne le regrette pas du tout et j'y suis même franchement hostile parce que, sur le sol, le risque d'enlisement serait grand. Et puis de toute façon nous n'avons pas à nous substituer aux Libyens eux-mêmes. C'est aux troupes libyennes du Conseil national de transition - ceux qui incarnent ce mouvement de libération - de prendre en charge leur destin. Il faut évidemment les y aider.
Roselyne FEBVRE.- Oui mais Kadhafi est encore là.
Alain JUPPÉ.- Il faut les y aider parce qu'ils ont peu de moyens, ils sont très désorganisés. Nous les aidons en les formant. Nous allons, je l'espère, les aider demain lors de la réunion du groupe de contact en mettant en place un mécanisme financier parce qu'ils ont besoin d'argent. Donc renforçons le Conseil national de transition, donnons-lui les moyens de poursuivre son offensive contre les troupes de Kadhafi et n'allons certainement pas au sol. D'ailleurs la résolution du Conseil de sécurité nous l'interdit et je vous rappelle que nous n'agissons que dans le cadre de cette résolution.
Roselyne FEBVRE.- Oui. Cela dit, est-ce que l'Otan a confirmé la mort d'un des fils de Kadhafi et de plusieurs enfants ?
Alain JUPPÉ.- Il y a eu confirmation par l'Otan mais, surtout, l'Otan a bien confirmé que la cible de ce tir était un bunker de commandement militaire qui était dans ce quartier.
Roselyne FEBVRE.- Donc on appelle ça un dégât collatéral ?
Alain JUPPÉ.- C'est le terme consacré. Notre objectif n'est pas de tuer Kadhafi, c'est tout à fait clair. Notre objectif est de le priver des moyens de continuer à exercer sa répression sur le peuple libyen.
Roselyne FEBVRE.- Mais, enfin, s'il était tué...
Alain JUPPÉ.- Je voudrais quand même rappeler que Misrata est encore bombardée, Zinta aussi. D'autres endroits sont bombardés, c'est tout à fait inacceptable et nous continuerons les frappes jusqu'à ce que nous puissions neutraliser cette capacité de frappe.
Roselyne FEBVRE.- Oui mais, aujourd'hui, les frappes ont visiblement atteint leur but.
Alain JUPPÉ.- Non. Pas du tout. Les choses ont progressé. Les forces du Conseil national de transition ont progressé. Aujourd'hui nous ciblons des objectifs militaires sur Tripoli et donc nous allons poursuivre cette pression tout en cherchant - je le rappelle - les voies et les moyens d'un vrai cessez-le-feu. Pas un cessez-le-feu bidon, comme le propose Kadhafi, qui consiste juste à geler les positions, donc à prendre le risque d'une partition de la Libye entre l'est et l'ouest. Un vrai cessez-le-feu avec le retrait des troupes de Kadhafi des villes qu'il a occupées. Et puis, en second lieu, la proposition que le président de la République a faite : la réunion d'une grande conférence des amis de la Libye dont l'objectif serait de mettre autour de la table tous ceux qui construiront la Libye de demain, c'est-à-dire le Conseil national de transition, les autorités traditionnelles - vous avez vu que les chefs de tribu se désolidarisent de plus en plus de Kadhafi - et tous ceux qui, à Tripoli, ont bien compris qu'il n'y avait pas d'avenir avec Kadhafi. Ce sont ces hommes et ces femmes qu'il faut mettre autour de la table pour construire la Libye de demain.
Roselyne FEBVRE.- Où ? Quand ? Comment ?
Alain JUPPÉ.- Ecoutez, ne mettons pas la charrue avant les bœufs.
Roselyne FEBVRE.- Une info !
Alain JUPPÉ.- Nous allons en discuter.
Roselyne FEBVRE.- Vite une info !
Alain JUPPÉ.- Non parce que la décision n'est pas prise. Nous allons en discuter avec nos partenaires, d'abord à Rome, ensuite au cours des réunions ultérieures, et j'espère que, dans les semaines qui viennent, nous pourrons déclencher cette conférence.
Roselyne FEBVRE.- Donc les Etats-Unis ont tué Ben Laden ; l'Otan ne tuera pas Kadhafi.
Alain JUPPÉ.- L'objectif n'est pas de tuer Kadhafi. L'objectif est de faire en sorte que les Libyens eux-mêmes puissent s'en débarrasser comme « Guide ».
Roselyne FEBVRE.- Nicolas Sarkozy avait évoqué l'idée d'aller à Benghazi. Est-ce que c'est toujours dans les tuyaux ?
Alain JUPPÉ.- C'est une question qui se pose. C'est en cours de réflexion. Nous verrons quel est le moment opportun et, bien sûr, le moment souhaité par le Conseil national de transition. Vous savez, il y a là des hommes et des femmes de grande qualité qui ont le courage de se battre et qu'il faut soutenir. L'Union européenne les a reçus. Plusieurs pays, dont la France, les ont reconnus. Je crois que c'est eux qui vont conduire ce processus de reconstruction d'une Libye nouvelle.
Roselyne FEBVRE.- Vous le disiez, vous serez demain à Rome pour la réunion du groupe de contact avec la coalition. C'est le bras politique de l'Otan. Quelle est la stratégie pour l'instant ?
Alain JUPPÉ.- Non, ce n'est pas le bras politique de l'Otan. C'est l'Otan qui est le bras militaire du groupe de contact. Le groupe de contact assure le pilotage politique de l'opération.
Roselyne FEBVRE.- Oui. Vous avez raison d'être précis.
Alain JUPPÉ.- Il y a dans le groupe de contact la Ligue arabe. Il y a des représentants de l'Union africaine. Il y a beaucoup de pays qui ne sont pas membre de l'Otan d'ailleurs.
Roselyne FEBVRE.- Donc quelle est la stratégie ? En tout cas, quelle est la position de la France ?
Alain JUPPÉ.- Sur le groupe de contact ?
Roselyne FEBVRE.- Oui, ce qui risque d'être décidé.
Alain JUPPÉ.- Je vous l'ai dit. Premier objectif : mettre au point un mécanisme de financement du Conseil national de transition. Ce n'est pas très facile. Il y a des avoirs libyens qui sont gelés. Pour des raisons juridiques, il est difficile de les dégeler. Enfin, je n'entre pas dans les détails techniques. C'est la première priorité. La deuxième, c'est de coordonner les contacts multiples qui sont pris à l'heure actuelle par des émissaires de Tripoli. Il y a plein de responsables de Tripoli qui souhaitent parler, donc on va essayer de les coordonner, notamment autour de M. Al-Khatib, qui est le représentant spécial des Nations unies. Et le troisième objectif, c'est d'examiner l'idée d'une conférence des amis de la Libye pour recueillir l'accord de nos partenaires et voir comment on peut l'organiser.
Roselyne FEBVRE.- N'est-ce pas difficile de travailler avec l'Otan ? Je me souviens, quand je vous avais reçu il y a quelques années, vous étiez hostile au retour de la France dans le commandement intégré de l'Alliance atlantique. N'est-ce pas compliqué pour vous ?
Alain JUPPÉ.- Non, non, non. Je n'ai jamais été hostile.
Roselyne FEBVRE.- Vous étiez circonspect en tout cas.
Alain JUPPÉ.- Non, non. J'ai dit que j'y étais favorable. Nous avions même essayé de le faire avec Jacques Chirac à deux conditions. C'est que nous soyons un peu mieux respectés dans les structures de l'Alliance - ce qui est le cas aujourd'hui. Et que, deuxièmement, la politique de sécurité et de défense commune européenne progresse - là, il y a encore beaucoup d'améliorations à apporter. Oui, c'est toujours un peu difficile parce que c'est une organisation très pesante. Il faut la réformer d'ailleurs.
Roselyne FEBVRE.- Oui ?
Alain JUPPÉ.- C'est une technocratie aussi. Et nous avons décidé, à Lisbonne, de restructurer l'organisation de l'Otan.
Roselyne FEBVRE.- Est-ce aussi la raison pour laquelle on peut parler d'enlisement au bout de sept semaines ?
Alain JUPPÉ.- Non, on ne peut pas parler d'enlisement. Je regrette, au bout de sept semaines, on ne peut pas parler d'enlisement. J'espère que ça ne durera pas au-delà de quelques semaines, au plus de quelques mois, mais il est prématuré de parler d'enlisement.
Roselyne FEBVRE.- Vous parliez de cette résolution en Libye pour la protection des civils. Pourquoi ce qui a été fait en Libye n'est-il pas faisable en Syrie ?
Alain JUPPÉ.- D'abord je voudrais contester l'idée selon laquelle il y a deux poids et deux mesures. Ce n'est pas vrai. Nous avons pris, sur ce qu'il se passe en Libye, une position.
Roselyne FEBVRE.- Il y a un bain de sang en Syrie.
Alain JUPPÉ.- Nous avons pris une position très, très claire. Je vais vous répondre. Nous avons d'abord considéré que les ouvertures de Bachar al-Assad étaient insuffisantes. Nous lui avons conseillé d'aller plus loin. Il ne nous a pas écoutés. Il a utilisé la force et nous l'avons condamné. Nous sommes même en train en ce moment, dans l'Union européenne, avec nos partenaires, de mettre au point des sanctions ciblées sur un certain nombre de personnalités et nous souhaitons, nous Français, que Bachar al-Assad soit sur cette liste. Alors pourquoi n'a-t-on pas eu la résolution 19-73 adaptée à la Syrie ? D'abord parce que, bien entendu, on ne va pas multiplier les interventions militaires dans tous les cas. Ensuite parce qu'il n'y a pas aujourd'hui de vote possible au Conseil de sécurité.
Roselyne FEBVRE.- Personne n'a demandé la saisine ? Aucun pays ?
Alain JUPPÉ.- Nous sommes en train de le faire mais il faut savoir quel est le rapport de force aujourd'hui : la Russie et la Chine menacent d'utiliser leur veto et surtout, vous le savez, il faut réunir au moins 9 voix au Conseil de sécurité pour voter une résolution.
Roselyne FEBVRE.- Mais pourquoi ils ne l'ont pas fait pour la Libye ?
Alain JUPPÉ.- Parce que nous sommes arrivés à les convaincre.
Roselyne FEBVRE.- Et là ?
Alain JUPPÉ.- Et là, nous n'arrivons pas à les convaincre parce qu'ils ont une position beaucoup plus ferme.
Roselyne FEBVRE.- Pourquoi ?
Alain JUPPÉ.- Ah ça, c'est à eux de l'expliquer. Peut-être parce que leurs liens avec le régime syrien sont plus étroits. Deuxièmement, je le répète, il faut au minimum 9 voix même s'il n'y a pas de veto. Et, pour l'instant, nous n'avons pas ces 9 voix au Conseil de sécurité. Nous y travaillons avec nos amis britanniques, nos amis américains et d'autres encore mais la situation est plus difficile. Je voudrais vous rappeler simplement que, s'agissant de la Libye, quel est le pays qui a été en flèche avec nous pour obtenir la résolution du Conseil de sécurité ? C'est le Liban et c'était très important parce que c'est un pays arabe qui nous avait aidés. Là, le Liban n'est absolument pas décidé à nous aider pour voter une résolution sur la Syrie.
Roselyne FEBVRE.- Donc il faut laisser faire la rue ?
Alain JUPPÉ.- Ah non, je n'ai pas dit qu'il fallait laisser faire.
Roselyne FEBVRE.- Vous avez dit : « Il tombera de lui-même. »
Alain JUPPÉ.- Qui ça ?
Roselyne FEBVRE.- Vous aviez dit ça en parlant de Bachar al-Assad, du régime de Bachar al-Assad.
Alain JUPPÉ.- Non. Je n'ai pas dit : « Il tombera de lui-même. » J'ai dit que, compte tenu de la politique qu'il a adoptée, de l'attitude qu'il a adoptée, il finira par être éliminé parce que tous ceux qui tirent au canon sur leur peuple n'ont pas d'avenir politique. J'en ai la conviction absolue. Je n'ai pas dit qu'il fallait laisser faire puisque prendre des sanctions pour essayer de contraindre les responsables à changer d'attitude ou à partir, ce n'est pas laisser faire.
Roselyne FEBVRE.- Est-il l'otage, comme on le dit, des services hérités de son père ou Bachar al-Assad assume-t-il cette répression ?
Alain JUPPÉ.- Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question. On sait qu'il y a autour de lui tout un système mais il est en responsabilité aujourd'hui et donc c'est à lui de prendre les décisions.
Roselyne FEBVRE.- Donc il doit partir ? Il doit quitter le gouvernement ?
Alain JUPPÉ.- Il doit cesser de réprimer son peuple. Il doit afficher immédiatement l'abandon de la violence. Sinon, le processus qui aboutira à son éviction me semble inéluctable.
Roselyne FEBVRE.- On a été complaisants avec les dictateurs parce qu'on disait qu'ils étaient un rempart contre l'islamisme. Pourquoi ne fait-on pas la même chose avec le régime syrien ? Parce que, dans le fond, on dit qu'il incarne le statu quo régional et qu'il est l'allié de l'Iran et du Hezbollah chiite.
Alain JUPPÉ.- Je ne peux pas vous suivre sur cette ligne. On n'est pas complaisants avec le régime syrien. Nous condamnons fermement.
Roselyne FEBVRE.- Mais il y a de la répression dans le sang, il y a des gens qui sont tués. N'est-on pas dans l'incantation ?
Alain JUPPÉ.- Oui. Nous le condamnons. Les mêmes qui nous ont reproché d'envoyer des troupes en Libye nous reprochent de ne pas en envoyer en Syrie, alors soyons un petit peu sérieux. Je vous ai dit pourquoi il n'y avait pas d'intervention militaire. En conclure que nous sommes complaisants avec la Syrie, en tout cas en ce qui concerne la France, ce n'est pas la vérité, ce n'est pas la réalité. Nous sommes sans aucune espèce d'ambiguïté sur la condamnation du régime syrien.
Roselyne FEBVRE.- Le président de la République a donné une interview à L'Express. Il se déclare prêt à reconnaître un Etat palestinien si le processus est toujours au point mort en septembre. Est-ce que ce sera une initiative de la France seule, solitaire, ou est-ce que ce sera en accord avec l'Union européenne ?
Alain JUPPÉ.- Ecoutez, nous en reparlerons. Ce qui est important, c'est la première partie des déclarations du président de la République aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il dit ? Il dit qu'il est décidé - ce sera d'ailleurs l'objet de son entretien avec le Premier ministre Netanyahu aujourd'hui - à faire la pression maximum sur les protagonistes - sur les Palestiniens et sur les Israéliens - pour qu'ils se remettent autour de la table de discussion. Le statu quo au Proche-Orient n'est pas possible, n'est pas tenable compte tenu de ce qu'il se passe dans l'environnement dont on vient de parler. Donc nous allons exercer - utilisons le mot - la pression maximum pour que les discussions reprennent et dans la clarté, c'est-à-dire avec des paramètres nettement définis. Sur ce point, nous sommes en accord avec, par exemple, les Britanniques. Est-ce que nous arriverons à convaincre ? Est-ce que les Américains vont bouger dans cette direction ? On va le voir dans les deux ou trois mois qui viennent et c'est à ce moment-là, en septembre/octobre, que nous serons amenés à prendre une décision sur la reconnaissance de l'Etat palestinien comme le président de la République l'a dit.
Roselyne FEBVRE.- Vous étiez en Tunisie il y a quelques jours. La France est l'amie de la Tunisie. Cependant les flux migratoires, on l'a vu, sont difficiles à gérer pour la France et pour l'Italie. Que dites-vous aux Tunisiens qui veulent venir en France ?
Alain JUPPÉ.- Oh, je leur dis quelque chose de très simple. C'est d'ailleurs ce que j'ai dit sur place et ça a été parfaitement compris. C'est que l'immigration clandestine et irrégulière est un fléau et que nous ne l'accepterons pas. C'est un fléau pour eux parce que ça les vide d'une partie de leur jeunesse. C'est un fléau pour nous parce que, dans la situation actuelle de l'emploi, nous n'avons pas les moyens d'accueillir cette population.
Roselyne FEBVRE.- Non mais ceux qui viennent avec des papiers ?
Alain JUPPÉ.- Non, j'ai dit « illégale ». J'ai dit « illégale ».
Roselyne FEBVRE.- Oui. D'accord.
Alain JUPPÉ.- Eh oui mais c'est ça, le principal enjeu. Ceux qui arrivent à Lampedusa n'ont pas de papiers.
Roselyne FEBVRE.- Voilà.
Alain JUPPÉ.- Donc l'immigration irrégulière, on ne peut pas l'accepter. Et c'est même un fléau pour les intéressés parce qu'ils se font rançonner par de véritables esclavagistes, les autorités tunisiennes en sont d'accord. Ce qui est très important, c'est que le président de la Commission européenne, M. Barroso, a répondu hier à la lettre que lui avaient adressée M. Berlusconi et le président Sarkozy et il a répondu favorablement en disant : « Oui, nous allons nous donner les moyens de lutter contre l'immigration clandestine. »
Il y a par ailleurs les demandeurs d'asile. Là, il y a des règles qu'il faut respecter. Et puis l'immigration légale, elle, doit être également organisée. Je pense personnellement - je l'ai dit - qu'un des grands projets que nous devrions pousser, c'est l'Office méditerranéen de la jeunesse entre le Nord et le Sud qui permettrait d'avoir une mobilité des étudiants parce que ça, c'est gagnant/gagnant à la fois pour le Sud et pour le Nord. Et cela me permet de terminer sur la Tunisie. Au-delà du processus ou avec le processus de transition politique qui est en cours, il faut aider ces pays - comme l'Egypte - sur le plan économique. C'est la raison pour laquelle le président de la République a eu cette excellente idée de les inviter à Deauville à la fin du mois de mai pour la réunion du G8 afin de mobiliser les grandes puissances économiques du monde pour les aider à s'en sortir économiquement.
Roselyne FEBVRE.- L'Union européenne va réaménager les accords de Schengen pour plus de possibilités de blocage des frontières dans les diverses situations. N'est-on pas là en train de détricoter cet espace de libre circulation qui a été le socle de la construction européenne ?
Alain JUPPÉ.- Pourquoi parler de blocage des frontières ? Ce n'est pas un blocage des frontières, c'est un contrôle des frontières pour faire respecter la loi. L'Europe n'est pas une forteresse fermée. Il y a 200 000 étrangers qui rentrent en France tous les ans. Quand le Canada met des contrôles et des quotas pour ses immigrés, on ne parle pas de blocage des frontières du Canada. Nous essayons simplement de faire respecter la loi, la loi commune. Nous allons effectivement renforcer ces contrôles en application de textes tout à fait connus et démocratiques. S'il y a un pays qui est totalement défaillant et qui est incapable d'exercer ces contrôles, il faudra faire jouer une clause de sauvegarde. Je le répète, le président de la Commission nous a dit : « Nous sommes d'accord, nous, Commission de Bruxelles, avec votre approche. »
Roselyne FEBVRE.- Une seule question de politique intérieure parce qu'on n'a plus le temps.
Alain JUPPÉ.- Moi, je suis prêt à rester si vous voulez !
Roselyne FEBVRE.- J'aimerais bien mais vous devez aller au Conseil des ministres.
Alain JUPPÉ.- Voilà.
Roselyne FEBVRE.- Nicolas Sarkozy est très, très bas dans les sondages. Peut-il encore convaincre pour 2012 ? N'est-il pas en mauvaise posture ?
Alain JUPPÉ.- J'ai la conviction qu'il peut convaincre. Nous sommes à un an de l'élection. Regardez ce qu'il s'est passé au Canada. Je ne veux pas être trop long mais le résultat des élections n'est pas du tout ce que l'on attendait il y a trois mois. Les choses vont se nouer à partir de l'automne, quand on connaîtra les protagonistes, le candidat socialiste, les projets. Moi, j'ai confiance en Nicolas Sarkozy. D'abord parce que ce qui a été fait depuis 2007 est considérable, est positif et on l'expliquera. Ensuite parce que je suis sûr qu'il présentera un projet dynamique pour la France. Enfin parce qu'il a la capacité personnelle d'animer une campagne qui sera une campagne gagnante. En tout cas, moi, si je suis à ses côtés à ce poste de ministre des Affaires étrangères, c'est pour l'aider à gagner.
Roselyne FEBVRE.- Juste une question personnelle que j'avais envie de vous poser depuis longtemps. Il y a quelques années, dans votre affaire judiciaire, les juges disaient : « Alain Juppé a trahi le peuple souverain. » Aujourd'hui vous revenez comme le sauveur.
Alain JUPPÉ.- Pardon, c'est une inexactitude. C'est bien de rappeler toujours les anciennes choses.
Roselyne FEBVRE.- Non, non.
Alain JUPPÉ.- Non mais attendez, laissez-moi terminer. Ça, c'était le jugement de première instance.
Roselyne FEBVRE.- Oui. Bien sûr.
Alain JUPPÉ.- Oui mais vous savez comment ça fonctionne, la justice en France ?
Roselyne FEBVRE.- Oui, vous avez été...
Alain JUPPÉ.- L'appel annule la première instance.
Roselyne FEBVRE.- Tout à fait.
Alain JUPPÉ.- Et l'appel n'a pas dit ça, donc...
Roselyne FEBVRE.- Mais vous ne m'avez pas laissé...
Alain JUPPÉ.- Non mais je ne veux pas vous laisser parce que, quand vous dites ça, ce n'est pas vrai. La justice n'a pas dit ça. Elle l'a dit en première instance...
Roselyne FEBVRE.- Oui, les juges l'avaient dit.
Alain JUPPÉ.- ... mais elle l'a annulé en appel.
Roselyne FEBVRE.- D'accord. Absolument.
Alain JUPPÉ.- Donc, pour la Cour d'appel, je n'ai pas trahi la confiance du peuple français.
Roselyne FEBVRE.- Mais j'allais le dire. Non mais c'est pas ça.
Alain JUPPÉ.- C'est important, vous savez, pour moi, moralement, de ne pas laisser...
Roselyne FEBVRE.- Bien sûr. Justement. Aujourd'hui, vous revenez comme le sauveur de la diplomatie française.
Alain JUPPÉ.- C'est beaucoup dire.
Roselyne FEBVRE.- Vous redonnez des couleurs à la diplomatie, c'est vrai. Et peut-être même que ça peut aider la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Je voulais vous poser cette question sur le sens que vous avez donné, vous, à cette épreuve. Sur la politique, sur les hommes, sur l'exercice du pouvoir. Qu'est-ce que vous, Alain Juppé, vous en avez tiré personnellement ?
Alain JUPPÉ.- J'ai écrit tout un livre pour m'expliquer là-dessus, donc on n'a pas le temps d'y revenir.
Roselyne FEBVRE.- Un mot ?
Alain JUPPÉ.- Moi, tout simplement, ce qui compte pour moi, c'est de servir mon pays et j'ai le sentiment aujourd'hui que je le sers peut-être utilement, donc c'est pour moi une grande satisfaction et une forme de bonheur.
Roselyne FEBVRE.- Merci Alain Juppé, merci d'être passé sur France 24 que vous regardez d'ailleurs quand vous êtes à l'étranger.
Alain JUPPÉ.- Et bravo pour ce que vous faites, c'est important pour l'image de la France.
Roselyne FEBVRE.- Merci. La rédaction vous remercie. A bientôt.

*****
 


Commentaires
Réagir à cet article
To prevent automated spam submissions leave this field empty.

Sur le même sujet
Fermer