PORT-AU-PRINCE, 9 avril (Reuters) - Le président haïtien René Préval a appelé la population à reprendre son calme mercredi alors que des manifestants protestant contre la vie chère sont redescendus par petits groupes dans les rues de Port-au-Prince où ils ont de nouveau dressé des barricades.
"Poze", a déclaré le chef de l'Etat en créole. "A ceux qui provoquent la violence, je vous ordonne de cesser parce que cela ne règlera pas le problème", a-t-il dit dans une allocution radio-télévisée.
Préval a évoqué d'éventuelles subventions pour accroître la production nationale de produits de base.
Le président s'est adressé du palais national protégé par des rouleaux de barbelés et les casques bleus de l'Onu.
Des colonnes de fumée noire étaient visibles au-dessus de certains quartiers où les protestataires brûlaient des pneus en réclamant une action du gouvernement contre l'envolée du prix des denrées de base.
Celui du riz, par exemple, a doublé en six mois.
Des pillages ont été signalés et certaines routes sont bloquées en raison des incidents.
"Vous n'avez encore rien vu", a prévenu Jeanti Mathieu, un jeune homme de 22 ans en érigeant une barricade composée d'épaves de voitures, de parpaings et de débris divers.
"Nous attendons que le gouvernement nous dise ce qu'il va faire. Autrement, vous pouvez vous attendre au pire."
Le mouvement de protestation est parti mercredi dernier de la ville des Cayes, dans le sud du pays, et au moins cinq personnes ont péri en une semaine de violentes manifestations contre la vie chère dans le pays le plus pauvre des Amériques, où 80% de la population gagne moins de deux dollars par jour.
Production nationale
Mardi, les manifestants ont paralysé la capitale et tenté d'attaquer le palais présidentiel. Les casques bleus, présents dans le pays depuis la destitution du président Jean-Bertrand Aristide en 2004, ont dû tirer des balles en caoutchouc et des cartouches de gaz lacrymogène.
En dépit de cette tension, le président Préval a expliqué que son gouvernement en manque d'argent ne pouvait accepter les demandes d'une levée des taxes sur les importations de produitsalimentaires. Il a souligné que cet argent étant grandement nécessaire à la construction de routes et d'autres projets.
Le gouvernement avait annoncé auparavant plusieurs millions de dollars d'investissements dans l'agriculture et les infrastructures pour favoriser l'emploi et augmenter la production agricole locale.
Mais les manifestants réclament une suppression immédiate des taxes sur le riz, les haricots, "tout ce dont le peuple a besoin pour manger et survivre", selon les termes d'un manifestant.
"Au lieu de subventionner le prix des produits alimentaires venant de l'étranger, nous devons subventionner la production nationale", a fait valoir Préval.
"Je propose que le prix des fertilisants soit subventionné à hauteur de 50% voire davantage. Ce n'est pas avec la violence et des décisions économiques faciles que l'on résoudra le problème du coût élevé de la vie."
Plusieurs facteurs convergent en ce moment pour favoriser la forte hausse du prix des produits alimentaires, de la sécheresse en Australie, l'un des premiers pays céréaliers au monde, à la forte demande de marchés émergents comme la Chine, la réduction de la culture alimentaire au profit des bio-carburants ou la spéculation.













