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LITTERATURE - DISPARITION
Le poète Aimé Césaire pose sa plume
Jeudi 17 avril 2008
Le poète martiniquais Aimé Césaire, 94 ans, est décédé ce jeudi à Fort-de-France en Martinique. Chantre de la "négritude", Césaire lègue une œuvre littéraire foisonnante. Ses obsèques auront lieu dimanche. (Récit G. Savery)
Jeudi 17 avril 2008
Par Tahar Hani / FRANCE 24L'écrivain martiniquais Aimé Césaire est décédé à l'âge de 94 ans. Il a consacré sa vie à la poésie et à la politique. Rendez-lui hommage en cliquant sur Réagir.
Chantre de la "négritude", Aimé Césaire est décédé ce jeudi au CHU de Fort-de-France, en Martinique. Il y était hospitalisé depuis le 9 avril pour des problèmes cardiaques. L’écrivain martiniquais laisse derrière lui une œuvre littéraire et poétique foisonnante.
"Il a réussi, avec Léopold Sedar Senghor, à allier le particulier du noir et l'universel de l'opprimé," a déclaré l'historien Pap N'Diaye sur FRANCE 24.
"La voix d'un sage s'éteint, et c'est une part de l'âme antillaise qui disparaît avec lui", a déclaré Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur et de l'Outre-mer. Le président Nicolas Sarkozy pour sa part a souligné que "c'est toute la nation française qui est en deuil ."
Le Secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, a souligné la noblesse du combat d'Aimé Césaire, "exempt de cette haine qu’il avait en horreur."
Des obsèques nationales, qui auront lieu dimanche, seront organisées en étroite concertation avec la famille, les élus martiniquais, ainsi que l'Elysée. D'ici là, plusieurs jours de cérémonies seront organisés, dont une journée de "veillée".
La fin d'une époque
Pour l’écrivain francophone algérien Yasmina Khadra, la disparition d’Aimé Césaire marque la fin d’une époque. "Les poètes de son gabarit n’existent plus. Ses héritiers ne seront jamais à sa hauteur", a-t-il déclaré par téléphone à France 24. Et d’enchaîner : "Il n’a rien à voir avec les pseudo-intellectuels d’aujourd’hui qui ne cherchent à exister que par les médias. Il a prouvé qu’avec l’intelligence, on peut s’attaquer à certains tabous sans se renier. Il était conscient que sa couleur ne signifie aucunement une marque d’infériorité".
Agé de 94 ans, Aimé Césaire est né en 1913 dans une famille nombreuse et pauvre au nord de l’île de la Martinique.
Elève du lycée Louis-Le-Grand à Paris, il rencontre le poète sénégalais Léopold Sedar Senghor et l’écrivain Ousmane Socé. A leur contact, il prend conscience de l’occultation identitaire et politique dont sont victimes les Antillais et les Africains. Il mettra sa plume au service des opprimés et des colonisés.
En 1934, il crée avec Senghor et d’autres amis africains le journal "L’Etudiant noir" dans lequel apparaît, pour la première fois, le terme "négritude". Un concept refusant l’image de l’homme noir paisible, incapable de prendre son destin en main et d’inventer son propre avenir.
Poète, mais aussi homme politique
Un an plus tard, alors qu’il est admis à l’Ecole normale supérieure, il publie les "Cahiers d’un retour au pays natal", l’une de ses œuvres littéraires phares, avant d’adhérer au mouvement surréaliste dirigé par un autre monument de la littérature française, André Breton. Sous son influence, Aimé Césaire signe "Les armes miraculeuses", un recueil de poésie qui lui ouvre grandes les portes d’une brillante carrière littéraire.
Le poète martiniquais a toujours eu deux cordes à son arc : l’écriture et la politique. En 1945, il cumule les mandats de maire et de député de Fort-de-France sous la bannière du Parti communiste français. Douze ans après, il le quitte pour fonder le Parti progressiste martiniquais (PPM), avec comme projet le combat contre le colonialisme et le racisme. Infatigable promoteur de l’autonomie, et non de l’indépendance de la Martinique, Aimé Césaire n’a quitté les arcanes du pouvoir local qu’en 2005 à cause notamment de problèmes de santé.
Bien qu’il soit pris dans les tourbillons de la politique, l’enfant de la Martinique n’a jamais délaissé son amour de toujours, la littérature. Ainsi en 1949, il publie "Corps perdu", un recueil de poèmes illustré par le peintre Pablo Picasso. Il enchaîne ensuite avec "Discours sur le colonialisme", un essai brocardant les méfaits de la colonisation. L’œuvre connut un grand succès et fut rééditée six fois.
Dans les années soixante, Aimé Césaire explore un nouveau champ d’expression : le théâtre. Il rédige notamment "La Tragédie du roi Christophe" (1963), pièce qui reçut un grand succès dans les capitales européennes, puis "Une saison au Congo" (1965), suivie de "Tempête".
Figure emblématique du mouvement anticolonial, maire honoraire de Fort-de-France et adulé par la jeunesse africaine, Aimé Césaire a déposé sa plume laissant son immense œuvre littéraire en héritage.
Les députés observeront une minute de silence et un hommage particulier à la mémoire de leur ancien collègue lors d'une prochaine séance solennelle de l'Assemblé Nationale.
"C'était un éclaireur, pour que chacun prenne son propre chemin," l'éditeur guadeloupéen Daniel Maximin a confié à l'AFP. "Pas un père littéraire, mais un éveilleur de liberté."
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