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COLOMBIE - REPORTAGE
Dix jours dans la jungle avec les FARC
Mercredi 16 avril 2008
Le reporter espagnol David Beriain a passé dix jours dans un camp des FARC en Colombie. Selon lui, la guérilla, qui détient l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, ne montre pas le moindre signe d'affaiblissement. (Reportage : A. Percept)
Dossier Ingrid Betancourt otage des FARCMercredi 16 avril 2008
Par A. PERCEPT, C. PERROUAULT / FRANCE 24Au cœur d'un campement des FARC, dans l'intimité des guérilleros.
Consultez le dossier de FRANCE 24 : Ingrid Betancourt otage des FARC et le reportage exclusif : Equateur-Colombie : la frontière invisible
En dépit des récents efforts pour libérer Ingrid Betancourt – qu’il s’agisse de l’offre colombienne de libérer les prisonniers FARC ou de la mission humanitaire lancée début avril par la France – les choses ne semblent pas bien se présenter pour la Franco-colombienne.
Tel est le constat auquel est arrivé David Beriain, journaliste pour le site espagnol ADN, après avoir passé dix jours dans la jungle colombienne, au cœur d'un campement des FARC, de la zone de Magdalena Medio.
Selon le journaliste, Ingrid Betancourt n’est pas prête d'être libérée. L’absence de réponse de la part du gouvernement après la libération de six otages a contrarié les guérilleros qui sont arrivés à la conclusion que "libérer des otages ne leur avait servi à rien".
Les rumeurs autour de la mort d’Ingrid, "infondées"
Selon les informations données au journaliste par Pastor Alape, membre de l'Etat-major des FARC, Ingrid Betancourt serait effectivement malade, en raison des conditions de détention difficiles.
"La captivité est dure. Il y a un proverbe qui dit : 'bien que la cage soit en or, c'est toujours la prison'. Pour nous, cela est certain. Ces prisonniers de guerre, qu'ils soient des politiques ou des militaires, vivent comme nous, les combattants. Les pois, les graines, et les céréales qu'ils mangent, ce sont les combattants qui les leur donnent. Voilà notre réalité, voilà la réalité de la guerre."
Pour Pastor Alape, "la plupart des Colombiens avaient des problèmes de santé". Selon lui, "le débat autour de la santé d’Ingrid devrait ouvrir les discussions autour de la santé des Colombiens" en général.
Quant aux supputations concernant sa mort, "Pastor Alape m'a dit que ces rumeurs étaient totalement infondées", rapporte David Beriain. Un guérillero explique, concernant les images diffusées par les FARC sur les otages que "si on les montre dans une situation difficile, dure, c'est dans le but d'émouvoir. Mais tous ceux qui ont été libérés sont sortis en bon état, physiquement. Ils ont pu parler, faire des déclarations et occuper par la suite des fonctions au sein de l'Etat."
Dix jours dans la jungle
Parti en Colombie mi-janvier, le journaliste a passé deux mois et demi à négocier pour pouvoir entrer dans ce campement, muni d'une petite caméra. "Je ne sais pas encore moi-même pourquoi ils m'ont dit oui", sourit David.
Après trois jours de voyage, et environ 120 kilomètres de marche à pied et à cheval, David Beriain a pu vivre quelques jours au cœur de la jungle avec les guérilleros et assister à leurs réunions.
Il décrit leurs conditions de vie comme très dures : "Ils dorment à même le sol toutes les nuits et sont capables de marcher sur une distance de 120 kilomètres en trois jours sans être fatigués."
Pour autant, dans la région où se trouvait David Beriain, les FARC ne semblent pas inquiétés par l'armée colombienne. Et malgré la mort de deux de leurs chefs, dont Raul Reyes, Beriain affirme que l’organisation ne faiblit pas et n’est pas prête à libérer la Franco-colombienne.
"J'ai vu qu'ils avaient beaucoup de ravitaillement, de la nourriture en abondance, des équipements militaires en abondance. J'ai marché pendant 10 jours pratiquement, et ce sans voir un seul militaire de l'armée colombienne à proximité", raconte le journaliste.
"De plus, en ce qui concerne les communications internes : j'ai vu un jour le secrétariat des FARC, leur organe de direction, se mettre en contact par radio avec tous les campements… C'est-à-dire qu'il les a tous contacté en même temps par radio pour lire un communiqué. Preuve qu'ils ont la possibilité de communiquer, alors que le gouvernement Uribe prétend le contraire."

