Jeudi 22 mai 2008

ANALYSE

Nicolas Sarkozy, président de l'Europe ?

Lundi 28 avril 2008

Nicolas Sarkozy s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne au 1er juillet, mais les six mois qui suivent seront semés d’embûches… Voilà pourquoi.

Lundi 28 avril 2008

La France assure la présidence de l’Union européenne à partir du 1er juillet prochain. Caroline de Camaret, spécialiste Europe de FRANCE 24, présente les difficultés qui attendent Nicolas Sarkozy.

Il peut se targuer d’avoir réussi le Traité constitutionnel, et ne manque jamais de le faire ! C’était l’un de ses grands thèmes de campagne : relancer l'Union européenne, paralysée depuis les "non" français et néerlandais à la Constitution. Aussi, lorsqu'il arrache l'accord des 27 au sommet de Lisbonne en octobre 2007 pour son projet de mini-traité "simplifié", Nicolas Sarkozy ne cache pas sa joie. Un texte qui passe comme une lettre à la poste, sans référendum, comme il l’avait d’ailleurs promis. Pas de référendum, en France du moins. Seuls les Irlandais en organisent un le 12 Juin, qui pourrait gâcher la fête de la présidence française : car s’ils votent "non", retour à la case départ. Les six précieux mois où Paris préside seront occupés à rechercher un "plan B", introuvable !

 
Inquiétudes à Bruxelles


La présidence française de l’UE à partir de juillet suscite des inquiétudes et pas mal d'agacement à Bruxelles. L'Europe a surtout été pour le président français le théâtre d'incessantes chamailleries avec l'Allemagne. La chancelière allemande Angela Merkel supporte mal ces critiques répétées contre le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, qu'elle considère comme autant d'atteintes à son indépendance. Mais c'est surtout son projet d'Union pour la Méditerranée (UPM) qui a cristallisé la crise du couple franco-allemand. Berlin emmène la fronde de ceux - ils sont nombreux - qui considèrent qu'un regroupement des seuls pays riverains de la Méditerranée porte les germes d'une division de l'UE. Le sommet du 13 juillet prochain en sera l’acte fondateur : gain de cause allemand, tout le monde est convié (les 27 et les riverains du Sud), mais certains menacent déjà de boycotter, pour protester contre la présence d’Israël : un bon test de réconciliation… et d’esprit de consensus, donc !

 
Un programme chargé


Au programme de cette présidence française, quatre thèmes, traduisant beaucoup d’ambition, voire énormément d’optimisme.

- Relancer la défense européenne : pas facile sans accord avec les Britanniques, qui possèdent la première armée européenne. Sauf que Gordon Brown est toujours immobilisé, empêtré dans la ratification du Traité de Lisbonne.

- Juguler l’immigration à 27 : un sujet "ultra-sensible", avec un projet de loi au niveau européen qui prévoit que la durée de rétention maximale des étrangers en situation irrégulière soit de six mois (contre 32 jours en France). Certaines associations et églises l’ont déjà surnommé "la directive de la honte".

- Stabiliser la Politique agricole commune : autre sujet de tension avec la Grande-Bretagne, qui souhaite profiter de 2008, année d’un "bilan d’étape", pour la remettre en cause, la récente crise alimentaire apportant de l’eau à son moulin. "Ne touchez pas à nos subventions !", répondent les Français, grands bénéficiaires de cette politique qui absorbent 40% du budget européen.

-Signer le "Paquet climat", avec des objectifs de réduction des CO² d'au moins 20% d'ici 2020, en prenant pour référence le niveau des émissions de 1990, et de 30% si d'autres nations se fixent sur cet objectif. Ce pourrait être l’un des grands résultats affichés par Nicolas Sarkozy, à la fin de sa présidence… Un signal fort au monde avant les négociations post-Kyoto qui démarrent en 2009. A condition tout de même que le débat sur l’opportunité d’augmenter notre consommation de biocarburants - de plus en plus controversés - ne fasse pas déraper les discussions !

 
La question turque


Nicolas Sarkozy, le président anti-Turquie, envoie des signaux brouillés. Le projet de révision constitutionnelle adopté mercredi en Conseil des ministres supprime l'obligation de soumettre tout nouvel élargissement de l'Union européenne à un référendum en France. Cette obligation, introduite sur l'impulsion de Jacques Chirac lors d'une précédente réforme de la Constitution, en 2005, visait surtout la Turquie. Le paradoxe est qu'elle est supprimée par son successeur à l'Elysée qui est opposé à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Il dit que s’il est encore président, il organisera ce référendum. Mais on parle d’une adhésion dans 15 ans, au-delà des deux mandats possibles pour lui !


En attendant, dans deux mois à peine, ce sera à lui de jouer à Bruxelles, avec finesse et doigté, car ses homologues sont à prendre avec des gants !


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