SOCIETE GENERALE
Jérôme Kerviel : "Je ne serai pas le bouc émissaire"
Mardi 05 février 2008
Le trader Jerôme Kerviel, accusé d'avoir fait perdre près de 5 milliards d'euros à la Société générale, a confirmé qu'il avait agi seul tout en refusant de servir de "bouc émissaire" à la banque française.
Mardi 05 février 2008
Par ReutersPARIS, 5 février (Reuters) - Jérôme Kerviel, le trader
auquel la Société générale impute une perte record de
4,9 milliards d'euros, a confirmé lundi devant les juges
d'instruction chargés de l'enquête avoir agi seul, a-t-on appris
mardi de source judiciaire.
Lors d'une deuxième audition de huit heures devant les juges
Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset, le jeune homme, qui est
désormais "protégé" ou surveillé par la police, a par ailleurs
confirmé dans ses grandes lignes sa version des faits déjà
livrée à la police.
Il affirme toujours qu'il avait l'autorisation tacite de sa
hiérarchie, ont ajouté deux sources concordantes.
"Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Ça avance
tranquillement, ça se passe bien. Il est en bonne santé et
répond aux questions car il n'a rien à cacher", a dit à Reuters
un porte-parole travaillant désormais pour l'avocate du jeune
homme, Me Elisabeth Meyer.
"Le juge Van Ruymbeke essaye de prendre connaissance du
fonctionnement des marchés", a-t-il ajouté.
Jérôme Kerviel, 31 ans, a admis en garde à vue les 26 et 27
janvier avoir pris des positions sur des produits financiers
liés à des indices boursiers européens pour un montant
astronomique de 50 milliards d'euros.
Il admet aussi avoir caché par des faux le fait qu'il
n'avait pas pris des engagements parallèles pour couvrir, comme
c'est, selon la Société générale, la rêgle.
Il explique toutefois que sa hiérarchie fermait les yeux sur
ses prises de risque et que ses pratiques étaient aussi celles
d'autres traders de la Société générale. C'est la banque, en
liquidant les positions litigieuses du 21 au 23 janvier, en
plein krach boursier, qui a matérialisé la perte, souligne-t-il.
Dans un entretien à l'Agence France Presse, que l'agence
publie sur son site internet, le trader reconnait sa part de
responsabilité, mais accuse la Société générale d'avoir voulu
faire de lui un bouc émissaire.
"J'ai été désigné (comme unique responsable) par la Société
Générale; j'assume ma part de responsabilité mais je ne serai
pas le bouc émissaire de la Société Générale", dit-il.
PROTECTION OU SURVEILLANCE POLICIERE ?
L'audition de lundi était son premier interrogatoire
judiciaire complet, car les juges Renaud van Ruymbeke et
Françoise Desset ne l'avaient entendu que très sommairement lors
de sa mise en examen le 28 janvier pour "faux, usage de faux,
abus de confiance, introduction dans un système de traitement
automatisé de données".
La chambre de l'instruction doit examiner vendredi l'appel
du parquet contre sa remise en liberté sous contrôle judiciaire
par les juges.
Cette convocation des juges avant l'audience et ce long
interrogatoire renforce les chances de Jérôme Kerviel d'obtenir
de la chambre de l'instruction la confirmation de sa remise en
liberté, d'autant que selon une source policière, des policiers
sont chargés "discrètement" de le "protéger".
Le porte-parole de l'avocate de Jérôme Kerviel assure qu'il
n'est pas au courant. "Il n'a demandé aucune protection",
dit-il.
"Ce garçon fait l'objet de pressions des médias (...) de
toute une série de gens qui veulent obtenir ces confidences, il
est naturel qu'il soit protégé", a déclaré sur RTL Christine
Lagarde, qui a en revanche démenti être à l'origine de cette
demande de protection.
"Les décisions de protection ne sont pas prises au ministère
de l'Economie (...) Nous sommes en contact interministériel avec
le ministère de l'Intérieur qui a la qualité pour agir" dans ce
domaine, a-t-elle expliqué.
Cette mise sous contrôle policier, si elle est confirmée,
serait à la frontière du droit, puisque son contrôle judiciaire
ne comporte par d'obligations à ce sujet.
Il a dû remettre son passeport, ne peut rencontrer les
protagonistes de l'affaire à la Société générale, a interdiction
d'exercer le métier de trader mais ne doit pas "pointer" au
commissariat.
Le parquet du tribunal évoque des risques de pression de la
Société générale sur lui, des risques de concertation
frauduleuse avec d'autres protagonistes, de fuite à l'étranger
et dit craindre un acte désespéré du jeune homme.
Juridiquement, le parquet général, qui est son supérieur
hiérarchique et prendra des réquisitions à la chambre
d'instruction, devrait le soutenir mais il semble hésiter.
Le cabinet du procureur général Laurent Le Mesle, interrogé
par Reuters sur ses réquisitions à l'audience de vendredi, a
ainsi indiqué qu'il était "trop tôt" pour le dire et qu'il ne se
prononcerait que mercredi ou jeudi.
Il ne pourra en tous cas plus évoquer le "trouble à l'ordre
public" pour demander la prison, notion supprimée en matière
correctionnelle comme possible justification d'un placement en
détention, après le scandale Outreau.
D'ici l'audience, le jeune homme, recherché par les médias
du monde entier, ne parlera à personne, a assuré le porte-parole
de Me Meyer. "Il ne fera pas de grand show, ne se mettra pas en
avant sur le dossier", a-t-il dit.

