12 mai 2008 - 19H24
- Soudan - Tchad

Le Soudan accuse le Tchad de soutenir des rebelles
Les affrontements entre l'armée soudanaise et les rebelles islamistes se sont poursuivis lundi à Khartoum. Le Tchad, accusé par le président Bechir d'être responsable de l'attaque sur la ville, a fermé sa frontière avec le Soudan.
Par Marie Sophie JOUBERT (texte)

Des combats ont repris ce lundi dans le centre de Khartoum, après l’arrestation du chef de l'opposition islamiste Hassan al-Tourabi, que le gouvernement pense proche du JEM.

 

Samedi, de violents combats ont opposé à Omdurman – ville jumelle de Khartoum liée à celle-ci par un pont sur le Nil - l'armée soudanaise aux rebelles islamistes du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), le plus puissant militairement des groupes rebelles du Darfour. Environ 65 personnes auraient trouvé la mort dans ces affrontements.

 

C’est la première fois que des rebelles du Darfour s’attaquent à la capitale soudanaise. Le président soudanais Omar al-Bechir, accusant son voisin d'être derrière l'assaut, a rompu ses relations diplomatiques avec le régime tchadien. "Nous attribuons toute la responsabilité de l'attaque au Tchad", a déclaré le président soudanais avant d’ajouter se "réserver le droit de riposter contre le pouvoir tchadien". Le Tchad a décidé lundi de fermer sa frontière avec le Soudan.

 

Par le passé, N'Djamena a soutenu à plusieurs reprises le JEM, qui a lui-même prêté main-forte à l'armée tchadienne après la bataille des 2 et 3 février dernier dans N'Djamena. Lors de ce conflit, des colonnes rebelles avaient avancé sur la capitale tchadienne et le gouvernement avait accusé le Soudan d’être responsable de l’offensive. Selon plusieurs analystes, le Tchad a donc pu apporter à nouveau son soutien au JEM en réponse à l'attaque contre sa capitale.

 

Mais si Khalil Ibrahim, le chef du JEM, et le président tchadien Idriss Deby sont tous les deux issus de l’ethnie Zaghawas, leur relation a toujours été tendue.

 

Dès le début de l’attaque, N’Djamena a d’ailleurs condamné les actions du JEM et continue de nier toute implication. Interviewé sur FRANCE 24, l’ambassadeur du Tchad auprès de l’Union européenne, Maitine Djoumbé, a déclaré que son pays "[n’était] concerné ni près ni de loin par cette affaire".

 

Pour Francis Soler, rédacteur en Chef de la Lettre de l’Océan Indien, "le JEM n’a pas pu intervenir sous la seule pression tchadienne. Elle devait avoir des assurances auprès des factions soudanaises, probablement de Tourabi", dont Khalil Ibrahim, a, par le passé, été le secrétaire particulier.

 

"Khartoum est le grand gagnant dans cette affaire"

 

Une source proche du dossier confirme que le gouvernement soudanais soupçonne le JEM d’avoir des complices dans l’armée, via Tourabi. "Par cette attaque farfelue, les rebelles voulait permettre un coup d’Etat",  présume Francis Soler.

 

Le JEM n’a jamais caché ses ambitions nationales et, selon plusieurs spécialistes, l’attaque est surtout une affaire intérieure. "Cette attaque n’a rien à voir avec le Darfour. Le JEM a toujours présenté son combat comme un combat national", explique Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Soudan. L’un des principaux chefs du JEM, Abdel Aziz el-Nour Achr, a d’ailleurs confié à Reuters : "Nous essayons de prendre Khartoum. Si Dieu le veut, nous prendrons le pouvoir, ce n'est qu'une question de temps."

 

L’attaque sert également au gouvernement soudanais qui, à en croire plusieurs spécialistes, a stratégiquement laissé arriver les rebelles jusqu’à la capitale pour mieux les arrêter ensuite. Selon un diplomate français, "le gouvernement avait les moyens de savoir que la colonne rebelle arrivait vers la capitale. On peut se demander pourquoi elle n’a pas été arrêtée plus tôt".

 

"Les autorités soudanaises profitent des confrontations pour régler des comptes politiques avec le docteur Hassan al-Tourabi", ex-bras droit du président Omar al-Bechir, emprisonné entre 2004 et 2005 pour tentative de coup d'État et aujourd'hui son principal ennemi, explique Zouheir Latif, journaliste indépendant à Khartoum.

 

Selon Marc Lavergne, "Khartoum est le grand gagnant dans cette affaire".
 

Répondre


Fermer