Du saxophone, quelques notes au piano, des percussions, une tonalité jazz et une voix, pure et profonde, qui s’élève : nous sommes dans la petite boutique d’un marchand de disques du vieux Damas.
Les paroles, familières à l’oreille, sont celles des chansons traditionnelles du répertoire classique syrien. Derrière la voix se cache Lena Chamamyan ; la musique et les arrangements sont signés Basel Rajoub. Un duo d’amis et d’artistes.
Il y a trois ans à peine, cette jeune chanteuse syrienne n’était pas encore connue du public. Aujourd’hui, elle est comparée à la Libanaise Fairouz, diva de la chanson orientale.
De la trompette dans la musique orientale
Elevée dans une famille de mélomanes, Lena Chamamyan baigne dans le chant classique et la musique traditionnelle dès son plus jeune âge. Elle fait ses classes au conservatoire supérieur de musique d’Alep où elle rencontre Basel Rajoub.
Il a commencé par la trompette avant de rejoindre le conservatoire où il étudie notamment le jazz, qu’il fait découvrir à Lena Chamamyan. "J’ai grandi avec la musique orientale traditionnelle, explique-t-elle, mais j’ai aimé le jazz."
Leur "projet musical", basé sur la richesse des mélodies traditionnelles, mêle des influences jazz à l’héritage oriental et arménien. Il y apporte notamment des sonorités peu communes telles que le piano, le saxophone ou d'autres cuivres.
Le résultat de ce mélange innovant, surprenant, ouvre une nouvelle perspective sur le folklore syrien et sa perception. Ils appellent ce cocktail le "jazz oriental". Ce mariage, qu'on aurait pu croire impopulaire, est précisément la clé du succès.
Chamamyan et Rajoub commencent à jouer dans des petits villages, comme pour tester leur projet sur un public particulier. Ils passent l'examen haut la main. "On voulait transmettre l’âme de la tradition par l’harmonie du jazz, et dans les villages, ces gens qui mènent une vie simple ont aimé cette musique simple", explique la chanteuse.
Leur aventure prend un nouveau départ en 2006 quand, accompagnée de son trompettiste Basel Rajoub, Lena Chamamyan remporte la finale de la première édition du Prix Radio Monte Carlo Moyen-Orient Musique organisée au Centre Culturel Al Hussein à Amman.
Ce prix lui permet d’enregistrer un premier album, Hal Asmar el Lon, qui devient rapidement un succès, notamment par le biais du bouche à oreille.
Une page Facebook pour faire le lien avec les fans
Internet fédère les admirateurs de la jeune chanteuse, qui enthousiasme bloggeurs et internautes. Il ne s’agit pas uniquement de fan-clubs mais bien plus souvent d’un public averti qui s’échange, outre des opinions sur son travail, les dates de concert de la chanteuse.
Majd Eid est un admirateur de Lena Chamamyan. Il est très présent sur Facebook dans les groupes de fans de la chanteuse. "Les fans de Lena peuvent maintenant prendre facilement contact avec elle, partager ses chansons et avoir de ses nouvelles des quatre coins du monde", explique-t-il.
Elle a d’ailleurs elle-même compris l’importance de ce medium et aime y retrouver ses fans et correspondre avec eux. Elle s’est d’ailleurs constituée une page sur Facebook : "Internet est très utile pour se faire connaître et pour travailler. C’est grâce à Facebook que je sais ce que pensent les fans", affirme-t-elle.
Les sites de partage de vidéos comme Youtube ont eux aussi beaucoup contribué à faire connaître Lena Chamamyan, qui s’étonne : "Nous n’avons même pas posté nos morceaux sur ces sites nous-mêmes !"
L’enfant chérie des critiques
Enfant chérie des critiques musicaux, Lena Chamamyan ne bénéficie pas toutefois de l’exposition médiatique de stars de la chanson arabophone comme Elissa ou Nancy Ajram, que peuvent assurer de grandes maisons de disques telles que Rotana par exemple.
Son second opus, Shamat, s’est révélé aussi prometteur que le premier, avec cette fois des compositions originales pour moitié. Il a été financé par un anonyme. "C’est un choix personnel de notre part que de chercher des labels indépendants : je refuse d’être liée par une quelconque clause d’exclusivité", explique la chanteuse.
Internet permet également aux Syriens expatriés de découvrir cette jeune chanteuse, qu’ils apprécient peut-être même plus que les habitants de Syrie. Il n’est en effet pas si facile de se procurer ses albums.
La chanteuse va jusqu’à renseigner les internautes sur les points de vente de son disque dans le pays où ils se trouvent. Si Lena Chamamyan est si appréciée par la diaspora syrienne, c’est peut-être parce qu’à travers sa voix, les expatriés semblent y retrouver, avec une certaine nostalgie, quelque chose du parfum, de l’âme damascène.













