Pérou - Union européenne
L'Amérique latine reçoit l'UE sur fond de polémique
Vendredi 16 mai 2008
Le cinquième sommet Union européenne-Amérique latine se tient au Pérou. Au programme, le réchauffement climatique et la pauvreté, alors qu'une polémique éclate sur les liens entre Hugo Chavez et les FARC. (Récit : L. Barcellini)
Vendredi 16 mai 2008
Par AFPLes chefs d'Etat de l'Union européenne et d'Amérique latine ont afflué au Pérou pour un sommet dédié vendredi au réchauffement climatique et la pauvreté, qui survient en pleine polémique autour du président vénézuélien Hugo Chavez.
Le dossier explosif des liens présumés entre le Venezuela et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) menace d'éclipser les débats de ce cinquième rendez-vous intercontinental réunissant une cinquantaine de dirigeants.
Un rapport d'Interpol, dévoilé jeudi à Bogota, atteste l'authenticité de documents liant le chef de file de la gauche radicale latino-américaine à la guérilla marxiste, inscrite sur les listes des organisations terroristes de l'Union européenne et des Etats-Unis.
Ces documents, considérés comme des faux par Caracas, ont été retrouvés dans l'ordinateur d'un chef des Farc, abattu lors d'un raid colombien en Equateur qui a provoqué une crise diplomatique en mars dernier.
"C'est un show de guignols qui ne mérite de mon point de vue aucun commentaire sérieux", a rétorqué M. Chavez, qui a longtemps fait planer le suspens sur sa présence à Lima.
La capitale péruvienne devait lui réserver des retrouvailles chaleureuses avec ses alliés bolivien Evo Morales et équatorien Rafael Correa, invités en sa compagnie à un grand rassemblement altermondialiste, à l'issue du sommet.
Le président péruvien Alan Garcia, qui ne cache pas son hostilité envers le régime chaviste, a donné dès jeudi le ton, en reprochant aux régimes populistes d'"administrer la misère".
La rencontre s'annonce d'autant plus explosive que l'homme fort du Venezuela est aussi prêt à régler ses comptes avec la chancelière allemande Angela Merkel, l'accusant d'appartenir à la "même droite qui avait soutenu Hitler".
Fustigée pour avoir exhorté l'Amérique latine à "prendre ses distances" avec Caracas, Mme Merkel est arrivée en début d'après-midi après une tournée au Brésil, où elle a assuré pouvoir "se défendre toute seule".
La relation de M. Chavez avec le chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero n'est pas moins ombrageuse depuis son altercation avec le roi d'Espagne Juan Carlos.
Selon le politologue péruvien Aldo Panfichi, interrogé par l'AFP, le cas du Venezuela pourrait au moins avoir le mérite de "mettre clairement les problèmes sur la table" et de "clarifier les options qui divisent les deux continents".
Dans un climat tendu, la capitale péruvienne a déjà pris l'allure d'un véritable bunker. Missiles anti-aériens, avions de combat, experts en guerre bactériologique, et tireurs d'élite : les autorités ont établi un dispositif de sécurité sans précédent, mobilisant 95.000 militaires.
Le sommet tentera de surmonter les frictions politiques pour faire progresser les accords commerciaux et produire des avancées dans la lutte contre la pauvreté, un thème crucial en Amérique latine.
Cette région, la plus inégalitaire de la planète, compte 194 millions de pauvres, soit plus du tiers de sa population totale, et le dixième de ses habitants y concentre la moitié de la richesse, selon les Nations unies.
La crise alimentaire y suscite des émeutes car la production agricole ne parvient pas à enrayer le fléau de la sous-nutrition, qui touche plus de 50 millions de personnes, provoquant une controverse autour des biocarburants chers au Brésil.
Le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a exhorté jeudi les participants du sommet à fixer une "feuille de route définitive" pour les accords de libre-échange entre les deux continents.
Un appel déjà lancé par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui s'est engagé à "tout faire" pour que la rencontre ne soit pas qu'un "sommet de plus".
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin


