Afrique du Sud
Nouvelles attaques xénophobes en Afrique du Sud
Dimanche 18 mai 2008
Des violences xénophobes, principalement tournées vers des Zimbabwéens, ont éclaté dans un bidonville de Johannesburg. Selon la police, au moins 22 personnes sont mortes, brûlées vives ou rouées de coups. (Récit P. Robert)
Dimanche 18 mai 2008
Par ReutersJOHANNESBURG - Les violences contre les immigrés ont continué de s'étendre lundi dans les faubourgs pauvres de Johannesburg.
Cette vague d'attaques xénophobes a fait au moins 22 morts ces derniers jours et accroît l'instabilité politique dans une Afrique du Sud déjà confrontée à des pénuries d'électricité et à la hausse de l'inflation.
Armés de couteaux, de bâtons ou de bidons d'essence, des groupes d'habitants des quartiers pauvres s'attaquent aux travailleurs immigrés, originaires pour la plupart du Zimbabwe ou du Mozambique, en les accusant d'alimenter la criminalité et de prendre les rares emplois disponibles.
Des femmes ont été violées, des boutiques et des maisons pillées et, par dizaines, les abris de tôle des bidonvilles ont été incendiés.
La presse locale et internationale a diffusé les photos d'un homme brûlé vif par la foule durant le week-end, des images rappelant le sort parfois réservé aux informateurs présumés de la police durant la lutte contre l'apartheid.
Certaines victimes estiment que des bandes criminelles profitent des incidents pour voler et piller et la police a annoncé l'envoi de renforts dans les quartiers touchés.
"C'est une guerre", déclare Lucas Zimila, un Mozambicain âgé de 60 ans, qui porte à la tête une blessure à la machette de quinze centimètres. Zimila a été attaqué dimanche soir dans sa cabane de Tembisa, au nord de Johannesburg. "Ils m'ont crié de partir, en disant que je n'avais rien à faire ici. Puis ils ont tout brûlé dans ma maison."
Des centaines d'étrangers se sont réfugiés dans des églises et des commissariats de police sud-africains pour se protéger.
"J'ai connu de nombreux camps de réfugiés et cette situation est vraiment similaire", a déclaré Eric Goemare, porte-parole de Médecins sans frontières, à l'agence de presse SAPA. "J'ai soigné des blessures par balles, des personnes battues, des victimes de viols et les gens sont terrorisés."
APPELS AU CALME
Ces attaques ternissent l'image d'un pays autrefois réputé pour le bon accueil réservé aux immigrants et aux demandeurs d'asile, en particulier africains.
La nation arc-en-ciel, qui accueillera la Coupe du monde de football dans deux ans, a toujours vanté son esprit de tolérance depuis la fin de l'apartheid.
Sur une population de 50 millions d'habitants, la population immigrée est estimée à 5 millions, parmi lesquels quelque trois millions de Zimbabwéens qui ont fui en Afrique du Sud en raison de la crise économique et politique dans leur pays.
Cette explosion de violence met aussi en relief le sentiment croissant, parmi la population pauvre, d'avoir été laissée au bord du chemin par la politique de promotion des affaires et de l'investissement mise en oeuvre par le président Thabo Mbeki.
Le chef de l'Etat, affaibli par l'élection de son rival Jacob Zuma à la présidence de l'ANC (Congrès national africain), le parti au pouvoir, en décembre dernier, a ordonné à la police de trouver au plus vite les instigateurs de ces violences.
Le trésorier général de l'ANC Matthews Phosa a réclamé au cours du week-end des élections anticipées, en appelant à l'installation d'une direction forte à la tête du pays.
Nelson Mandela et Desmond Tutu, icônes vivantes de la lutte contre l'apartheid, ont lancé des appels au calme.
Desmond Tutu a notamment souligné que les pays voisins de l'Afrique australe avaient accueilli nombre de Sud-Africains pendant la lutte contre le pouvoir blanc. "Nous ne pouvons pas rembourser notre dette en tuant leurs enfants", a-t-il dit.
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SUR LE TERRAIN
« La flambée des prix a déclenché cette vague de xénophobie » A. Duval Smith, correspondante France 24 à Johannesburg – 19/05 22 :00 (GMT+2)
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