Le décès du chef historique des Farc, Manuel Marulanda, constitue un coup dur pour la guérilla, confrontée aux désertions et à la disparition de plusieurs dirigeants, ce qui pourrait l'inciter à négocier pour régler le conflit colombien et le dossier des otages, selon les experts.
"C'est un fait de la plus haute importance car Marulanda était le mythe fondateur des Farc", affirme Alejo Vargas, politologue à l'Université nationale de Bogota.
Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont annoncé dimanche la mort de leur leader, décédé d'un arrêt cardiaque le 26 mars à 80 ans, ainsi que la désignation comme successeur d'Alfonso Cano, l'idéologue de la guérilla, dont il représente l'aile modérée.
Les Farc, qui luttent contre les autorités colombiennes depuis 1946, réclament la libération de 5OO guérilleros détenus, en échange d'un groupe de 39 otages, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, enlevée il y a plus de six ans alors qu'elle postulait à la présidence du pays.
"Cano peut avoir une plus grande marge de manoeuvre pour un échange (d'otages) et le processus de paix, mais il doit faire face à un défi interne, celui de maintenir la cohésion", selon M. Vargas.
L'ex-haut commissaire du colombien pour la paix, Camilo Gomez, qui participa aux négociations de paix avortées entre le gouvernement de Andres Pastrana et les Farc entre 1998 et 2002, estime que le décès de Marulanda est le "coup le plus fort" jamais encaissé par la guérilla.
"Marulanda donnait une cohésion à la guérilla, il écoutait toutes les opinions et définissait une seule position. C'était l'homme historique, le fondateur, celui qui avait le dernier mot", poursuit-il.
Selon Carlos Lozano, directeur de l'hebdomadaire communiste Voz et l'un des rares à avoir réalisé une interview de Marulanda, sa mort laisse "un grand vide" au sein des Farc et va "affecter la prise de décision" de ses dirigeants.
La disparition de "Tijofijo"("en plein dans le mille"), intervient après la mort du numéro 2 de la guérilla, Raul Reyes, abattu le 1er mars lors d'un raid colombien en Equateur.
Elle fait aussi suite à une série de désertions dans les rangs des rebelles, dont la récente défection d'une de ses dirigeantes emblématiques, Nelly Avina, dite "Karina".
Directeur de la Fondation Sécurité et Démocratie, un institut d'études privé de Bogota, Alfredo Rangel considère que la mort de Marulanda porte le "coup le plus dévastateur au moral de la guérilla et à sa détermination à poursuivre la lutte armée".
Un avis que ne partage pas forcément l'ensemble des experts du dossier, à l'image du général Manuel Bonnet, ancien chef des forces militaires colombiennes: "celui qui est mort était le symbole de la guérilla, mais sur le plan militaire, tout continuera comme avant".
"Croire que les Farc vont disparaître avec la mort de Tirofijo, c'est prendre ses désirs pour des réalités", renchérit l'analyste politique, Vicente Torrijos, professeur à l'Université privée de Rosario.
Toutefois, la désignation de son successeur, qui représente davantage la branche politique du mouvement que son bras armé, pourrait ouvrir la voie à une solution pacifique.
"Avec les nouvelles générations de la direction, qui appréhendent la réalité avec un certain pragmatisme, il est possible d'ouvrir un processus de paix", concède le général Bonnet.
"On pourrait penser que la ligne politique, qui était en compétition avec l'aile militaire, a fini par s'imposer, ce qui serait une bonne nouvelle pour un échange humanitaire", a lancé l'ancien président colombien Ernesto Samper (1994-1998).














