15 avril. Le Nisshin Maru, le navire amiral de la flotte baleinière japonaise, rentre à Tokyo après cinq mois de chasse dans l’Antarctique. Un mois plus tard, Greenpeace Japon porte plainte contre douze membres de l’équipage. L’ONG dénonce un trafic de chair de baleine. Preuve avancée : un carton, intercepté par l’organisation, qui contient 23,5 kilos de viande salée. "Ce carton plein de viande de baleine devait être expédié au domicile d’un membre d’équipage", explique Junichi Sato, responsable du Projet Océans chez Greenpeace Japon. "Quatre autres colis ont été ainsi envoyés par courrier chez des membres de l’équipage. Nous estimons que c’est une preuve des grosses quantités de viande de baleine dérobées pendant la campagne de chasse."
La valeur de la viande interceptée, la partie la plus grasse et donc la plus chère de la baleine, atteint environ 2000 euros. Kyodo Senpaku, armateur et affréteur du navire, réplique qu’il est de tradition de laisser un peu de viande aux marins. Mais selon l’informateur de Greenpeace, cette pratique est différente de celle du "cadeau d’après-chasse".
"A bord du Nisshin Maru, si l’équipage se compose de 150 personnes, je pense que 120 à 130 sont impliquées", rapporte cet homme, sous couvert d’anonymat. "Chacun emporte chez soi 200 à 300 kilos de viande ou de bacon de baleine. C’est de la viande qui n’est pas répertoriée dans les statistiques de la chasse." Une enquête doit être ouverte pour savoir si cette viande était destinée au marché noir. Le sujet est particulièrement sensible. La dernière campagne a été plus critiquée et plus perturbée que jamais par les organisations de défense de l’environnement.
Le Japon chasse officiellement à des fins scientifiques, mais les autorités reconnaissent que la viande des cétacés est consommée, pour une quantité d'environ 4000 tonnes chaque année. "L’Institut de recherche des cétacés fait appel à une société tierce qui s’occupe d’écouler la viande sur le marché, vers des distributeurs, des cantines scolaires, des restaurants, des hôpitaux", concède Tsuyoshi Iwata, le responsable adjoint de la Division des pêches en haute mer au sein de l’Agence des pêches du Japon. La viande est également commercialisée dans les supermarchés, fraîche ou séchée. Les restaurants s’approvisionnent sur le marché de Tsukiji. Ils proposent ensuite la viande en steak, en sashimi, ou de la langue ou du bacon, comme on le voit sur le menu d’un des plus fameux restaurants de baleine de la capitale. Chaque plat coûte environ 10 euros. Des passants consultent le menu, mais, aux dires du critique gastronomique Manabu Tanaka, la viande de baleine n’est plus aussi recherchée qu’autrefois. "Jusqu’aux années 50-60, on mangeait régulièrement de la baleine. On en trouvait dans les cantines des écoles, c’était habituel", dit-il. "Les gens de cette génération sont habitués, mais pour ceux d’après, comme il y a eu des restrictions de chasse, ils ont perdu l’habitude".
Un sondage publié en début d’année par Greenpeace montrait que seuls 31% des Japonais approuvent la chasse. 87% des personnes interrogées ignoraient qu’une partie de ces campagnes est d’ailleurs financée par leurs impôts.













