Le prix Nobel de la paix sud-africain Desmond Tutu a déploré jeudi "le silence et la complicité" de la communauté internationale face à la situation à Gaza, une attitude qui fait "honte".
"Mon message à la communauté internationale est que notre silence et notre complicité, particulièrement sur la situation à Gaza, nous fait honte à tous", a affirmé l'archevêque anglican lors d'une conférence de presse à Gaza à l'issue d'une visite de trois jours à la tête d'une mission du Conseil de l'ONU pour les droits de l'Homme.
"Gaza a besoin de plus d'engagement du monde, particulièrement de ceux qui font la paix", a-t-il ajouté, en décrivant "une situation abominable" à Gaza, bouclé par Israël depuis près d'un an.
La mission conduite par Mgr Tutu est venue dans la bande de Gaza pour préparer un rapport sur la mort de 19 civils palestiniens dans un bombardement israélien en novembre 2006.
L'avocate et universitaire britannique Christine Chinkin, qui fait partie de la mission, a estimé de son côté qu'Israël pourrait être tenu pour responsable d'un "crime de guerre" pour ce drame et "peut-être de crime contre l'humanité".
"Ce que nous avons vu révèle de nombreuses preuves concernant au moins la possibilité d'un crime de guerre. Cela nécessite plus d'enquête mais je dirais certainement que le concept de punition collective dans une situation d'occupation constitue une notion de crime de guerre et peut-être de crime contre l'humanité", a-t-elle dit.
La mission de l'ONU est arrivée mardi dans la bande de Gaza par le terminal de Rafah, à la frontière entre le territoire palestinien et l'Egypte, exceptionnellement ouvert pour eux.
Israël refuse depuis un an et demi aux membres de la mission un visa d'entrée, arguant que cette instance de l'ONU, basée à Genève, lui est idéologiquement hostile.
Invoquant les Ecritures saintes et Dieu, Mgr Tutu, une figure de la lutte ayant mis fin au régime d'Apartheid en Afrique du sud, a appelé Israël à lever le siège et le blocus de la bande de Gaza et supplié, de manière très émotionnelle, Israéliens et Palestiniens à faire la paix.
Le blocus "constitue une violation flagrante des droits de l'Homme. Il est contraire à l'enseignement des Ecritures invoquées par les juifs et les chrétiens".
"Ces Ecritures parlent d'un Dieu de l'exode, notoirement en faveur des faibles, des opprimés, de la souffrance, de l'orphelin, de la veuve, de l'étranger", a-t-il dit, avant d'ajouter: "Ce siège est contraire à la tradition juive de se ranger du côté de l'opprimé".
"S'il vous plaît, s'il vous plaît, Israéliens, Palestiniens, pour l'amour du futur, pour votre propre amour, pour l'amour de Dieu, (...) mettez fin à l'injustice et asseyez-vous pour discuter", a-t-il encore lancé.
Affirmant que la "culture de l'impunité des deux côtés" devait cesser, il a poursuivi: "une vraie sécurité et une paix réelle ne s'obtiendront pas par le fusil. Elles viendront grâce à des négociations".
"La paix ne peut s'instaurer que quand des ennemis s'assoient et discutent", a-t-il ajouté.













