Vendredi 05 décembre 2008

En Europe, des grèves contre la flambée du prix du pétrole

Vendredi 30 mai 2008

Les pêcheurs italiens, portugais et espagnols ont entamé une "grève illimitée" contre la flambée du pétrole. Alors que Bruxelles n'a pas annoncé de mesures, les gouvernements tentent de faire des propositions. (Récit : V. Giebel)

Vendredi 30 mai 2008

Pour comprendre les enjeux de la crise, lisez notre entretien avec Jean-Pierre Favennec, économiste à l'Institut français du pétrole

 

 

La question de la flambée du pétrole est "d'actualité brûlante" et nécessite une réaction. Voilà tout ce qu’ont pu dire les ministres européens en charge de la compétitivité, face au mécontentement des populations touchées de plein fouet par un cours du pétrole Brent à plus de 125 dollars le baril. Mais Bruxelles est attendu, à présent, sur des mesures très concrètes.

 

En Espagne, la grève des pêcheurs était "totale" vendredi matin, a indiqué un représentant des pêcheurs catalans. "Cela pourrait avoir des répercussions non seulement en Espagne, mais également sur toute la chaîne de production en Europe", explique Adeline Percept, correspondante de FRANCE 24 à Madrid.

 

Les pêcheurs portugais et italiens se sont aussi ralliés au mouvement et ont entamé une "grève illimitée", à l’image de leurs collègues espagnols. La veille, en Bulgarie, environ 150 camions ont défilé sur le boulevard circulaire de Sofia, demandant au gouvernement la "maîtrise de la hausse spéculative du prix du diesel".


Aux Pays-Bas, des panneaux sur les routes indiquent : "La coupe est pleine, le réservoir est vide". En Autriche, le gouvernement a annoncé qu'il allait débourser 60 millions d'euros pour financer une série de mesures pour réduire les frais de transports.

En France, 200 agriculteurs bloquent depuis jeudi et "pour une durée illimitée" le dépôt pétrolier de Villette de Vienne (est) pour réclamer une aide du gouvernement. Les marins-pêcheurs français ont certes repris le travail, mais ils poursuivent de nombreuses actions, surtout dans l'ouest.

Réactions partout dans le monde

La crise ne touche pas seulement les pêcheurs, agriculteurs et transporteurs en Europe. En Indonésie, la réduction des subventions publiques a provoqué une hausse de près de 30 % des carburants et mis le feu aux poudres. Sur l'île de Sumatra, des étudiants en colère ont tenté de bloquer le convoi du vice-président Jusuf Kalla, tandis qu'à Surabaya, deuxième ville du pays, des centaines d'étudiants et de pêcheurs ont bloqué une autoroute.

Des avocats ont par ailleurs engagé devant la justice une action collective contre le président Yudhoyono "au nom du peuple", pour obtenir des compensations contre la hausse du carburant.

Taïwan et l'Inde ont à leur tour baissé leurs subventions des carburants, ce qui fait là aussi, monter les prix à la pompe.

Une hausse spéculative ?

Plusieurs gouvernements tentent de satisfaire immédiatement les revendications, en proposant d’augmenter l’offre ou d’alléger la taxation du pétrole. La ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, a saisi ses homologues du G8 pour leur demander d'appeler les pays producteurs à "accroître leur production afin de calmer les tensions sur les marchés". L'Opep a répondu qu’il n’y avait pas besoin d'augmenter la production de pétrole cette année.

Aux Etats-Unis, les regards se portent plutôt vers les marchés. Le prix du baril de pétrole y est passé de 50 dollars au début de l’année 2007 à plus de 130 dollars au mois de mai 2008 sur le marché de New York. L'agence américaine de régulation des marchés des matières premières (CFTC) a engagé une enquête sur une éventuelle manipulation du prix du pétrole sur les marchés américains. 

Agir sur tous les plans

A ces réponses internationales s’ajoutent des mesures incitatives locales. Le président français Nicolas Sarkozy a émis l’idée de plafonner en Europe le prélèvement de la TVA sur les carburants. Une proposition d’abord fraîchement reçue. Mais le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a jugé vendredi que l'idée "mérite réflexion".

En France, après l’enveloppe budgétaire promise aux marins-pêcheurs, le gouvernement tente de satisfaire à présent les routiers. Le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a annoncé qu'un amendement serait voté pour "obliger les chargeurs à payer le surplus pétrole", sous peine de sanctions pénales.

Réponse immédiate des routiers : ce n’est "que du marketing afin de faire croire à l'opinion publique que le gouvernement s'occupe de la crise et dissimuler ainsi la vérité des choses", a répliqué l'OTRE, Organisation des transporteurs routiers européens. 

Londres cherche également à agir sur tous les plans. Brown a annoncé vouloir augmenter la production en mer du Nord, tout en incitant à un changement des habitudes de consommation à long terme. Le gouvernement britannique prévoit notamment l'amélioration de l'isolation des maisons, le développement de microsystèmes de production d'énergie et une campagne d'information.


 

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