02 juillet 2008 - 04H51
- France - Nicolas Sarkozy - Union européenne

Guerre des mots entre Mandelson et Sarkozy
Le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, est chargé des négociations avec l'Organisation mondiale du commerce. Il estime que les critiques formulées par Nicolas Sarkozy à son encontre ont affaibli la position de l'UE.

Lisez notre dossier spécial sur la présidence française de l'Union Européenne.

 

Le président français et le commissaire européen au commerce ont échangé des amabilités ces deux derniers jours. Nicolas Sarkozy a dégainé le premier, en critiquant la façon dont Peter Mandelson et le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) Pascal Lamy mènent les négociations à l’OMC, les accusant de brader les intérêts européens.

 

Peter Mandelson s’en est immédiatement défendu. Lors d’une interview accordée à la BBC, mardi soir, il a jugé "déplacés"  les commentaires du président français. Pire, il accuse Nicolas Sarkozy de "saper" la position européenne à l’OMC, "à un moment très très crucial". C’est-à-dire à quelques semaines de la poursuite des négociations du cycle de Doha à Genève. 

"Pas de réduction de la production agricole"

C’est donc dans un climat tendu que s’ouvre la présidence française de l’Union européenne. Nicolas Sarkozy, qui débutait cette présidence par une interview sur la chaîne nationale française France 3, lundi soir, s’est expliqué : "Dans un monde où 800 millions de pauvres gens ne mangent pas à leur faim, où il y a un gosse toutes les trente secondes qui meurt de faim, on ne me fera pas accepter la réduction de la production agricole sur l'autel du libéralisme mondial", a-t-il déclaré.

En fait, Paris s’inquiète surtout de voir le négociateur européen à l’OMC et son directeur général accélérer le dernier round de négociations, pour obtenir un accord avant les élections présidentielles américaines, alors même que le cycle de Doha aurait dû aboutir en 2004. Le risque, argumente M. Sarkozy, c’est d’accepter une baisse de la production agricole européenne et donc, dit-il, de brader les intérêts européens.

 

Ce n’est pas la première fois que le président français et le commissaire européen au commerce s’envoient des piques sur le sujet. Voilà deux semaines, Nicolas Sarkozy a accusé Peter Mandelson d’être responsable du non irlandais au Traité de Lisbonne, le 12 juin dernier. Son argumentation ? Les Irlandais craignent qu'un compromis à l’OMC ne menace l'élevage bovin et la production laitière. 

 

Chacun ses chiffres


Du point de vue français, les négociations sur le commerce mondial vont amener l’Europe à diminuer de 20 % la production agricole européenne et de 10 % les exportations, ce qui mettra au chômage 100 000 agriculteurs en Europe. Des chiffres que M. Mandelson juge obsolètes. Selon lui, la baisse de production agricole n’excéderait pas 1,1 % et seuls 2,5 % des agriculteurs se retrouveraient au chômage d’ici 2014.

Paris n’est cependant pas seul à refuser une baisse des subventions accordées aux agriculteurs, dans un contexte de flambée des prix des produits alimentaires de base. C’est également la position des Etats-Unis et de plusieurs autres Etats européens. 

Le commissaire européen au commerce a prévenu que les récents commentaires du président Sarkozy allaient rendre "les choses plus dures" pour lui, mais "pas impossible".

 

 

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