Déterminé à poursuivre son enquête sur la disparition du journaliste Guy-André Kieffer à Abidjan en 2004, le juge parisien Patrick Ramaël a convoqué comme témoins l'épouse du président ivoirien Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, et le ministre d'Etat chargé du Plan.
Journaliste indépendant enquêtant sur diverses malversations en Côte d'Ivoire, notamment dans la filière cacao, Guy-André Kieffer a été enlevé le 16 avril 2004 à Abidjan. Il aurait été abattu par ses ravisseurs. Son corps n'a jamais été retrouvé.
Simone Gbagbo et Paul-Antoine Bohoun Bouabré, actuel ministre d'Etat chargé du Plan et du Développement, sont convoqués jeudi par le magistrat, selon des sources proches du dossier, confirmant une information de RFI.
Selon l'une de ces sources, le magistrat entend par ces convocations "maintenir la pression" sur cette affaire alors que la France, à l'issue d'une visite en juin du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, compte "tourner la page" de la crise entre Paris et Abidjan, tout en affirmant ne "rien oublier" du passé.
On ignorait dans l'immédiat si Mme Gbagbo et le ministre avaient l'intention de répondre à cette convocation. L'épouse du président ne bénéficie pas de l'immunité dont jouit son mari, selon cette source, contrairement au ministre.
Pour les parties civiles, ces convocations sont une satisfaction. "Cela fait plus d'un an que nous avons demandé au juge l'audition de Mme Gbagbo, dont le nom apparaît dans cette affaire depuis le début", s'est réjouie Osange Silou-Kieffer, épouse du journaliste.
Selon les enquêteurs français, Guy-André Kieffer a été enlevé par un commando dirigé par Jean-Tony Oulaï -membre des services spéciaux et mis en examen en France- sur un parking de supermarché du centre d'Abidjan alors qu'il avait rendez-vous avec Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo.
Les enquêteurs ne soupçonnent pas le couple présidentiel d'être impliqué directement dans cette affaire, mais certains cadres du régime liés aux milieux d'affaires, notamment ceux du cacao.
Le magistrat pourrait interroger Mme Gbagbo sur ses liens éventuels avec Jean-Tony Oulaï, selon une source proche du dossier. "L'un des témoins (Berté Seydou, chauffeur de Oulaï, ndlr) dit qu'Oulaï a eu une conversation téléphonique avec Simone Gbagbo au moment de l'enlèvement", a affirmé cette source.
S'agissant de Paul-Antoine Bohoun Bouabré, le magistrat chercherait à en savoir plus sur le passage de Michel Legré au bureau du ministre dans l'après-midi qui a suivi l'enlèvement et la remise par son directeur de cabinet d'une forte somme d'argent.
Le beau-frère de Simone Gbagbo est mis en examen depuis octobre 2004.
Selon une source proche du dossier, M. Bohoun Bouabré, soupçonné d'être impliqué dans des affaires de corruption au sein de la filière café-cacao, serait actuellement en disgrâce auprès du président ivoirien.
Malgré une "implication plus nette de la France qu'à une certaine époque", Bernard Kieffer, frère du journaliste, craint "que cette affaire soit liquidée sur l'autel de la réconciliation entre la France et la Côte d'Ivoire, qu'elle soit passée par pertes et profits".
"Tant que la vérité ne sera pas faite, M. Gbagbo en entendra parler tous les jours, toutes les semaines", a-t-il affirmé à l'AFP.
Dans un entretien à RFI en avril, Laurent Gbagbo, qui qualifie Patrick Ramaël de "don Quichotte", s'est déclaré prêt à être entendu "si on (lui) demande".













