23 juillet 2008 - 13H52
- Crimes de guerre - Radovan Karadzic - Serbie - TPI

Karadzic veut assurer lui-même sa défense
L'ancien chef politique des Serbes, Radovan Karadzic, indique qu'il compte se défendre lui-même devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye, comme l'avait fait avant lui le défunt président serbe Slobodan Milosevic.

 

Radovan Karadzic, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie inculpé de génocide, tentait mercredi, deux jours après son arrestation, de retarder son transfèrement devant la justice internationale à La Haye où il veut assurer lui-même sa défense.

"Karadzic aura une équipe de juristes en Serbie qui l'aidera dans sa défense, mais il se défendra lui-même devant le Tribunal pénal international (TPI)", a indiqué son avocat, Me Svetozar Vujacic, qui doit déposer vendredi un recours contre le transfèrement de son client.

En vertu de la loi serbe, après le recours de l'avocat de Karadzic contre son transfèrement, un panel de juges aura trois jours pour se prononcer.

En assurant lui-même sa défense devant le TPI, qui l'a inculpé il y a 13 ans de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, Karadzic suivra l'exemple du défunt président serbe Slobodan Milosevic et de l'ultranationaliste Vojislav Seselj, actuellement jugé à La Haye.

En 1995, le TTPI a inculpé Karadzic notamment pour son rôle dans le massacre de 8.000 hommes et adolescents musulmans à Srebrenica, dans l'est de la Bosnie.

Karadzic, qui n'a pas eu de contacts avec son épouse Ljiljana Zelen-Karadzic, sa fille Sonja et son fils Sasa au cours de ses années de clandestinité, insiste pour les revoir avant d'être transféré à La Haye.

Sonja Karadzic Jovicevic a demandé à Miroslav Lajcak, le Haut représentant international en Bosnie, la permission de pouvoir quitter la Bosnie et rendre visite à son père. Les Karadzic sont privés de passeports depuis janvier.

"Je demande à M. Lajcak (...) de nous permettre de nous rendre à Belgrade, car c'est vraisemblablement la dernière chance de voir mon père", a-t-elle déclaré à l'AFP.

Le bureau de M. Lajcak avait indiqué mardi qu'il allait analyser prochainement si les sanctions contre les Karadzic allaient être levées ou maintenues.

Le transfèrement de Karadzic pourrait avoir lieu "durant le week-end ou au début de la semaine prochaine", a estimé Bruno Vekaric, porte-parole du procureur serbe pour les crimes de guerre, à la chaîne de télévision B92.

L'arrestation de Radovan Karadzic, l'un des fugitifs les plus recherchés au monde, a valu à la Serbie les félicitations de l'Union Européenne (UE), des Etats-Unis et de nombreux autres pays.

Elle était une des conditions pour que la Serbie puisse, à terme, intégrer l'UE, et désormais les autorités serbes attendent des Européens un geste en retour.

Rasim Ljajic, le ministre serbe chargé de la coopération avec le TPI, a rappelé que Belgrade, depuis la chute du régime autoritaire de Slobodan Milosevic en 2000, avait transféré 44 inculpés à La Haye. Il a qualifiées d'"injustifiées et sans fondement" les accusations selon lesquelles la Serbie ne coopère pas suffisamment avec la justice internationale.

"Après l'arrestation de Karadzic, ces stéréotypes ne tiennent plus", a-t-il dit à la télévision d'Etat serbe (RTS).

Mais certains Européens ne semblent pas encore prêts à accélérer l'intégration de la Serbie et veulent maintenir la pression sur Belgrade pour obtenir l'arrestation de l'autre grand fugitif des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, l'acolyte militaire de Karadzic.

Mercredi, la presse continuait de s'étonner de l'incroyable transformation physique de Radovan Karadzic qui, amaigri, portant une épaisse barbe blanche et de longs cheveux blancs, était devenu méconnaissable.

Radovan Karadzic était parvenu à duper tout son entourage et vivait dernièrement à Belgrade, en compagnie d'une femme d'une quarantaine d'années, identifiée par la presse comme Mila.

Il utilisait de faux papiers au nom de Dragan Dabic et pratiquait la médecine alternative comme psychiatre, une profession qu'il avait exercée avant de se lancer dans la politique.

Sous ce nom, Karadzic a mis sur internet une biographie fictive afin de détourner d'éventuels soupçons des autorités. Il y affirme être né dans le centre de la Serbie, avoir fait des études à Moscou, voyagé en Inde et au Japon avant se spécialiser en Chine dans différentes méthodes de médecine alternative.

 

Pour aller plus loin :

 

Lisez le commentaire de Jean-Bernard Cadier, spécialiste de politique internationale à FRANCE 24 : Karadzic : il était plus que temps et envoyez-nous vos réactions.

 

Lisez le blog de Caroline de Camaret : "Karadzic n'est pas le ticket d'entrée dans l'UE"

 

Et lisez le portrait de Ratko Mladic, un criminel toujours en fuite

 

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