Moscou pourrait ravitailler ses bombardiers stratégiques à Cuba, à quelques dizaines de kilomètres seulement de côtes américaines, d’après le quotidien russe Izvestia, proche du Kremlin. La crise des missiles de 1962, lorsque des missiles nucléaires soviétiques avaient brièvement été pointés vers les Etats-Unis, vient immédiatement à l’esprit.
Pour l'heure, les Etats-Unis ne veulent pas réagir à cette information non confirmée par le gouvernement russe. Mais un général américain a déclaré, mardi, que la "Russie franchirait une ligne rouge pour les Etats-Unis".
"Il ne s’agit pour l’instant que d’une annonce verbale, commente Jean-Jacques Kourliandsky, chargé de recherche à l'Iris sur les questions ibériques. On est loin de la crise des missiles de Cuba." En octobre 1962, Washington et Moscou s'étaient opposés sur la question des missiles nucléaires soviétiques déployés sur l'île cubaine à portée directe du territoire américain, plaçant le monde au bord d’une guerre nucléaire.
"Plus ennemis, mais partenaires"
"C’est une annonce symbolique", commente Alain Blum, directeur du Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (Cercec). Cette décision est, en fait, une réplique au bouclier antimissile américain en Europe. A plusieurs reprises, le président Dmitri Medvedev a déclaré que la Russie prendrait des contre-mesures en cas de déploiement du bouclier américain en Europe. "C’est aussi une annonce qu’il faut replacer dans le contexte : le pays est en train de se replacer, depuis cinq ans, sur le devant de la scène internationale", ajoute le chercheur.
"On n’est pas dans une logique de guerre froide." Le spectre du monde bipolaire, toujours présent dans les esprits, est bien révolu, comme l’a déjà fait savoir Vladimir Poutine. En octobre 2007, l’ex-président, devenu Premier ministre en mai, avait comparé la dispute entre Moscou et Washington sur le bouclier antimissile américain à la crise de Cuba de 1962, tout en soulignant qu'elle ne pouvait pas se répéter car Russie et Etats-Unis n'étaient "plus ennemis, mais partenaires".
Moyen de pression
Empressé de redevenir un leader sur l'échiquier mondial, Moscou profite de ses ressources énergétiques, comme le pétrole et le gaz, deux secteurs dans lesquels les Etats-Unis ne sont plus aussi performants. En témoigne l’actuelle visite du président vénézuélien Hugo Chavez à Moscou pour consolider la coopération énergétique entre les deux pays. Pour autant, la Russie ne s’est jamais rangée derrière les discours anti-américains du président vénézuélien. "Pour la Russie, le Venezuela est avant tout un partenaire économique", souligne Jean-Jacques Kourliandsky.
"Moscou ne se rapproche pas particulièrement de l’Amérique latine, elle cherche plutôt de nouveaux alliés en Asie comme l’Inde ou encore la Chine", précise-t-il. Pour Alain Blum, la Russie joue à nouveau un rôle clé dans un monde multipolaire mais il ne prendra pas la tête d’un groupe d’opposition anti-américain. "Le pays sera plutôt un partenaire parmi d’autres d’un groupe qui se voit en contrepoids des Etats-Unis." Si l’information sur le ravitaillement cubain est confirmée, ajoute-t-il, elle devrait surtout servir de moyen de pression pour négocier sur d’autres dossiers.













