Ecoutez l'interview en anglais d'Omar Sosa (musique extraite du disque Afreecanos, 2008, Ota Records et Harmonia Mundi) :
L'un invoque les esprits des ancêtres africains. L'autre évoque son coup de foudre pour la terre rouge du Mali. Le pianiste Omar Sosa et la chanteuse Dee Dee Bridgewater ont convoqué l'Afrique au festival de Marciac, dans le Gers. Le voyage vers leurs univers musicaux, mardi 5 août au soir, s'est fait au milieu d'éléments naturels déchaînés. Le concert a dû s'interrompre une heure pour laisser l'orage déverser ses trombes de pluie et de vent. Mais ni l'un ni l'autre des musiciens ne s'est démonté. Ils disent avoir trouvé leur "chez-soi" dans la musique du continent noir et rien ne pouvait les en détourner.
Omar Sosa communiait avec le ciel. Alors que le chapiteau de six mille places tanguait sous le vent, le tonnerre et les rafales de pluie, le pianiste cubain jubilait à l'écoute de "mother nature" : "Cette tempête était une bénédiction", s'enthousiasme-t-il, lors d'une interview accordée le lendemain du concert. "Nous vivons habituellement si loin de mère-nature et de ce qui nous constitue - l'eau, l'air et le feu !"
La fascination d'Omar Sosa pour l'Afrique est entière. Mystique. Sans retenue. "Quand je pense que je vais mourir sans avoir pu entendre toutes les traditions musicales en Afrique, cela me donne le blues !", se lamente-t-il.
Dans les pas de Randy Weston
Le cordon ombilical entre la musique cubaine apprise à l'école de La Havane et les mélopées africaines s'établit lors d'un voyage au Congo Brazzaville. Le pianiste expérimente le surnaturel au contact d'une troupe de danse qui l'initie à la transe et au vaudou.
"Il y a vingt ans, les Cubains ne réalisaient pas ce que les Africains pouvaient apporter à la musique carribéenne. Maintenant c'est à la mode, mais à l'époque, nous côtoyions à la Havane de nombreux Nigérians, Camerounais, Kenyans, sans chercher à rencontrer leur musique." Les artistes qu'il s'est adjoints - le chanteur et percussionniste sénégalais Mola Sylla, le bassiste du Mozambique Childo Tomas, les Cubains Leandro Saint-Hill et Julio Barreto, respectivement flûtiste-saxophoniste et batteur -, ont été choisis pour leur capacité à perpétuer une tradition musicale ancienne et à la faire dialoguer avec des matériaux contemporains, jazz et latinos.
Comme chez le pianiste Randy Weston, son "père spirituel", Omar Sosa superpose. Entremêle. Fusionne. "On ne s'en rend pas toujours compte, mais trois ou quatre cultures peuvent cohabiter dans un même morceau !", répète-t-il souvent. Pas de leader écrasant, pas de contraintes enfermantes, la musique d'Omar Sosa s'improvise sur l'instant. Le pianiste de 43 ans s'émerveille sur scène devant l'osmose obtenue. "Aujourd'hui, le jazz est devenu très intellectuel. J'ai envie de retrouver la beauté des racines africaines, sa danse irrésistible, sa transe."

Dee Dee Bridgewater sur la scène du festival de Marciac (photo : F. Vernhet / Jazz in Marciac)
Dee Dee au Mali
Pour Dee Dee Bridgewater aussi, l'Afrique est dansante. Mais pas de réelle "fusion" musicale. Plutôt une cohabitation festive, avec pour convives une dizaine de musiciens du Mali et du Sénégal : percussionistes, joueurs de balafon et de cora, chanteurs de renom tels que Mamani Keita et Kabine Kouyate. "Je suis attirée par la rythmique africaine. J'aime que ça bouge !".
Son amour de l'Afrique s'est déclaré au Mali, en enregistrant son plus récent album, Read Earth. Un voyage qu'elle avait mûri depuis des années. "Je savais depuis longtemps, dès 2001, alors que je préparais mon disque de mélodies de Kurt Weill, que c'est là, en Afrique que je me sentirais bien. Avec l'âge, j'avais de plus en plus le besoin de m'y confronter."
Dee Dee Bridgewater ne fait pas table rase du passé pour autant. Elle a une mémoire des incursions africaines du jazz et amène les compositions de Wayne Shorter à se frotter à la tradition ancestrale des griots maliens. Le feu prend.
Sa rencontre avec les musiques traditionnelles maliennes trouve grâce aux yeux du monde du jazz. "Dee Dee semble enfin réconciliée avec elle-même", écrit Alex Dutilh, dans le mensuel Jazzman. "J'ai observé le parcours musical de Dee Dee", nous confie Omar Sosa à la table du petit déjeuner. "Et avec ce projet malien, je sens qu'elle dit : 'je suis de retour à la maison'. J'ai assisté aux jam sessions, au New Morning à Paris, qui ont préparé le disque Read Earth. Elle est en contact avec la terre."
La chanteuse projette de revenir à la maison en septembre. Elle ira à Memphis, dans le Tennessee, la ville de son enfance. Pour se saisir du blues de ses ancêtres. Et trouver, là encore, ce quelque chose qui la lie immanquablement à l'Afrique.














