20 août 2008 - 20H28
- Dmitri Medvedev - Justice - Russie - Vladimir Poutine

La crise en Géorgie pourrait tirer d'affaire Khodorkovski
La demande de libération anticipée de Mikhael Khodorkovski, ex-PDG de Ioukos emprisonné depuis 2003, pourrait être l'occasion pour le président Medvedev de redorer l'image de son pays à l'étranger, entachée par la crise en Géorgie.

Le prisonnier le plus célèbre de Russie va peut-être sortir de prison. Mikhael Khodorkovski, ex-patron du géant de l’énergie Ioukos, est entendu jeudi 21 août par un tribunal régional pour une demande de libération anticipée.
 
Celui qui est considéré comme le symbole des oligarques profite du droit, à partir de quatre années d’emprisonnement, de faire une telle requête. Derrière les barreaux depuis 2003 pour fraude, évasion fiscale et "crimes financiers", une première demande avait été rejeté fin 2007. Cette fois-ci elle a été acceptée.
 
"La crise en Géorgie a terni l’image de la Russie à l’étranger, libérer Khodorkovski pourrait adoucir les angles", analyse Regina Smyth, professeur en sciences politiques spécialiste de la Russie à l’Université de l’Indiana.
 

"Doublement coupable"

Un test d’indépendance politique pour le nouveau président Dmitri Medvedev, tant les déboires juridiques de Mikhael Khodorkovski sont liés à prédécesseur Vladimir Poutine. "Medvedev renforcerait son caractère légaliste à l’opposé de la posture guerrière d’un Poutine", souligne Regina Smyth. Pour l’ancien numéro un russe, "Khodorkovski est doublement coupable : des charges qui pèsent contre lui, et politiquement", résume-t-elle.
 
Lors de son accession au pouvoir en 2000, Vladimir Poutine réunit les oligarques au Kremlin. "Il leur a dit qu’ils pouvaient continuer à diriger leur empire économique, mais sans toucher au politique", raconte Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales).

Mikhael Khodorkovski n’obtempère pas. Il commence à financer des partis d’opposition, lance une croisade anti-corruption et plaide pour la privatisation d’oléoducs. "Mais surtout, il critique la politique étrangère s’attaquant donc au domaine régalien par excellence", souligne Jacques Sapir.
 
Le Kremlin réagit et lance une campagne judiciaire qui aboutit après deux ans, en 2003, au démantèlement de Ioukos et à une peine de huit ans de prison pour son patron.
 
"C’est aussi un symbole qu’on a mis en prison, et un symbole qui pourrait être libéré", estime Regina Smyth. Symbole en Russie et à l’étranger. Car la perception de Mikhael Khodorkovski diffère radicalement qu’on soit Russe ou pas. Intimement lié dans l’esprit russe aux dérives de l’époque de Boris Eltsine, il est considéré comme "le plus grand des voleurs des années 90", selon Jacques Sapir.

Nouvelles charges

 
Mais à l’international, les avocats de l’oligarque le présentent comme un prisonnier politique. "Il est devenu l’acte fondateur de la dérive autoritaire de Vladimir Poutine aux yeux de l’occident", résume Regina Smyth. "Les Russes ne peuvent pas avoir une vision juste, les médias sont contrôlés par le pouvoir", affirme à France 24 Robert Amsterdam, l’avocat canadien de Khodorkovski.

Sa libération anticipée pourrait être un signe que le nouveau président enverrait à l’étranger. Reste qu’elle ne signifierait pas la fin de l’histoire. De nouvelles charges, le vol d'"actions détenues par l'Etat " et le détournement de 350 millions de tonnes de pétrole ont été retenues contre lui fin juin et son nom est cité dans une affaire d’assassinat.
 
"Le pouvoir russe a tout mis en place pour que l’affaire Ioukos ne soit jamais finie", conclut Jacques Sapir.

 

MaJ: Mikhal Khodorkovski n'a finalement pas été libéré à l'issue de l'audience. Ces avocats ont prévenu qu'ils allaient faire appel de la décision dans le délai légal de 10 jour.

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