24 août 2008 - 15H38
- Afghanistan - Canada - France - Nicolas Sarkozy

La France sur les pas du Canada en Afghanistan
Le décès des parachutistes français, le 19 août, près de Kaboul, a suscité interrogations et exaspérations de l'opinion publique française. Au vue de l'expérience canadienne, ce drame était pourtant prévisible. Explications.

Regardez les deux reportages consacrés aux soldats français engagés en Afghanistan, "24 heures avec un para français en Afghanistan" et "L'Afghanistan, une guerre des ombres".

 

 

"Tous les débats qui ont traversé l’opinion canadienne sont prémonitoires", affirme le chercheur Paul Vallet, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris.

 

L’expérience canadienne pourrait bien servir d’avertissement à la France, dont 700 militaires d’élites sont désormais déployés dans un des secteurs les plus meurtriers d’Afghanistan.

 

En 2005, le  Premier ministre canadien Paul Martin, soucieux de raccommoder les relations canado-américaines, envoie près de 2 500 troupes canadiennes dans le sud de l’Afghanistan, à Kandahar, leur bastion. Au printemps 2006, son successeur, le conservateur Stephen Harper, autorise ces troupes à combattre auprès des forces américaines, puis de l'Otan. Le contingent canadien était limité à 900 soldats depuis le début de la mission canadienne en 2002.

 

Entre 2006 et 2008, les combats dans des conditions extrêmement difficiles ont coûté la vie à plus de 80 militaires. Très impopulaire, cette guerre a aussi obligé le gouvernement canadien à déployer toute la diplomatie et la persuasion dont il disposait pour contrer une opinion publique de plus en plus réticente.

 

Clairement, les Canadiens n’ont pas cru à l’argument humaniste. Dès 2007, 60 % de l’opinion s’opposent à l’intervention en Afghanistan. Début 2008, le gouvernement, en difficulté alors même qu’il doit renouveler son engagement militaire à l’Otan, menace de quitter l’Afghanistan si les alliés n’envoient pas des renforts dans les zones les plus "chaudes", c’est-à-dire au sud du pays.

 

Même histoire côté français

 

Le renforcement des troupes françaises en Afghanistan a deux ans de retard par rapport aux Canadiens mais répond au même schéma.  En avril 2008, le président Nicolas Sarkozy prend la décision de déployer l’armée française, jusque là cantonnée dans les environs de la capitale Kaboul, dans la province de Kapisa, beaucoup plus dangereuse.

 

"Il s’agissait pour le président de se montrer solidaire des autres armées déployées, notamment les Britanniques, les Néerlandais et les Canadiens", explique Pierre Vallet.

 

Comme au Canada, cette décision avait alors suscité la polémique, nombreux accusaient le chef de l’Etat d’être à la botte de Washington.

 

Lors de l’annonce, le 19 août, de la mort des dix paramilitaires, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner explique la mission française en invoquant les même idéaux pronés par le gouvernement canadien: "Il faut bien comprendre que nous nous battons aux côtés des Afghans contre l'extrémisme, contre les attentats, contre la régression et pour la démocratie qui s'est déjà installée".

 

"Le discours du ministre Kouchner est l’écho de ce qui se disait au Canada il y a quelques années", assure Frédéric Mérand, professeur de science politique à l’université de Montréal. "C’est un discours qui a aujourd’hui disparu au profit d’un discours beaucoup plus pragmatique sur l’influence de cette région sur la sécurité mondiale."

 

Nicolas Sarkozy court-il lui aussi le risque de s’affaiblir en menant les troupes françaises au combat en Afghanistan ? A court terme, assure Frédéric Mérand, les pertes militaires pourraient provoquer une réaction de solidarité avec l’armée. D’autant que la France, contrairement au Canada, a l’habitude de combats meurtriers. Mais "à long terme, affirme-t-il, l’argument de la veuve et de l’orphelin ne tiendra pas."

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