L'ex-Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a annoncé lundi que son parti, la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), quittait la coalition, au pouvoir depuis les législatives de février, et rejoignait l'opposition, après un désaccord persistant avec le Parti du peuple pakistanais (PPP), la formation de la défunte Benazir Bhutto.
"Aucun des engagements qu'ils avaient pris n'ont été tenus, a déclaré Nawaz Sharif lors d'une conférence de presse à Islamabad. Ce désaccord nous a obligé à quitter la coalition, à retirer notre soutien à la coalition et à rejoindre l'opposition."
Le retrait du deuxième parti de la coalition (en nombre de sièges à l’Assemblée nationale) devrait rendre plus délicate encore la tâche du gouvernement emmené par le PPP, majoritaire au Parlement grâce à l’apport de voix de plusieurs autres petits mouvements.
"Avec le départ de Nawaz Sharif, la coalition gouvernementale perd une de ses figures, d’autant qu’il emmène avec lui ses neuf ministres. Le gouvernement ressemble désormais à une coquille vide et on se demande, ici, comment le gouvernement pourra tenir jusqu’à la présidentielle du 6 septembre", souligne Matthieu Mabin, correspondant FRANCE 24 à Islamabad.
Le parti de Sharif présentera un candidat à la présidentielle
Nawaz Sharif a, en outre, annoncé que son parti présentera un candidat à la présidentielle contre le leader du parti de Benazir Bhutto, assassinée le 27 décembre dernier. Le candidat de la PML-N sera Saeed uz Zaman Siddiqui, un ancien président de la Cour suprême, a précisé Nawaz Sharif.
Face à lui, le candidat à la présidence du PPP sera le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari. Les parlementaires du PPP l’avaient désigné, vendredi, au cours d'une réunion du comité central exécutif du parti.
Lundi dans un message télévisé, M. Zardari a lancé un appel à M.Sharif pour qu'il revienne sur sa décision.
"Nous sommes attristés par le départ de M. Sharif. Nous voulons aller de l'avant ensemble pour régler les problèmes de la nation. Nous demandons à M. Sharif de revenir au gouvernement", a-t-il dit.
Le Pakistan est déchiré depuis de longs mois par de vives tensions et désaccords politiques qui ont débouché sur la démission, il y a une semaine, du président Pervez Musharraf, au pouvoir depuis sept ans. L’ex-chef de l’Etat avait annoncé son départ de la présidence se sentant menacé d'une procédure de destitution.
Les prérogatives du président et la réintégration des juges au centre des désaccords
Le PPP et Nawaz Sharif s'opposent depuis plusieurs semaines sur d'importants dossiers, la question des pouvoirs du président et la réintégration des juges révoqués par le président Musharraf cristallisent notamment les tensions entre les deux formations politiques.
Nawaz Sharif s’était montré intransigeant sur la limitation des prérogatives du président et insisté pour que le nouveau chef de l'Etat renonce à son droit, instauré par Pervez Musharraf, de dissoudre le Parlement.
Nawaz Sharif, ancien Premier ministre renversé en 1999 par Pervez Musharraf, demande également que les deux parties négocient une résolution ordonnant la réintégration des 60 magistrats évincés par l'ex-président et qu'elles la présentent au plus tôt devant le Parlement.
Accusé de traîner les pieds sur ce dossier, le PPP pourrait en effet craindre que la réintégration de ces magistrats ne mène à une remise en cause de l’amnistie dont bénéficie Asif Ali Zardari dans des affaires de corruption.
Dans une interview téléphonique accordée vendredi 22 août à FRANCE 24, Nawaz Sharif avait rappelé : "Nous nous sommes engagés devant le peuple pakistanais à remettre sur pied le système judiciaire et à réhabiliter les juges. C’était l’un des points centraux de l’accord de coalition. Mais si nous devons quitter le gouvernement, nous deviendrons un simple parti d’opposition. Nous ne ferons rien pour déstabiliser le gouvernement en place".
Une situation sécuritaire délicate
L'annonce de Nawaz Sharif intervient au pire moment : les Taliban pakistanais ont juré d'intensifier la vague d'attentats qui a déjà fait près de 1 200 morts dans tout le pays en un peu plus d'un an.
Washington, principal bailleur de fonds du pays, accentue la pression sur le Pakistan, seule puissance militaire nucléaire du monde musulman et allié-clé dans sa "guerre contre le terrorisme".
En effet, les Etats-Unis exigent que le gouvernement issu des législatives de février, qui négociait jusqu'alors un accord de paix avec "ses" Taliban, combatte plus efficacement Al-Qaïda et les Taliban afghans dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan.
"Pour les Etats-Unis et les Européens, c’est le concours de l’armée dans la lutte contre le terrorisme qui compte avant tout. Nous ne devons pas oublier qu’une vaste opération militaire contre des militants islamistes a entraîné le déplacement de près de 200 000 personnes et fait 700 morts depuis le 6 août dans la province de Bajaur, dans le nord-ouest du pays", indique Mariam Abou Zahab, chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (CERI - Sciences Po), interrogée par FRANCE 24.
Le Pakistan doit élire le 6 septembre le successeur de Pervez Musharraf. Selon la Constitution pakistanaise, le nouveau chef de l'Etat est désigné par les deux assemblées parlementaires réunies en Congrès et par les quatre assemblées provinciales. Les candidatures seront validées le 28 août et aucun retrait ne pourra être accepté après le 30 août.














