"C'est un jour historique pour notre peuple", avait déclaré Sergueï Bagapch après l'annonce de la reconnaissance d'indépendance de l'Abkhazie par Moscou. Une indépendance déclarée alors que des soldats russes sont présents sur le territoire de la région séparatiste.
"Nous avons simplement conclu un accord avec la Russie en toute conscience. Nous préférons les soldats russes que les soldats géorgiens, qui ont tué nos civils innocents. Il n'est cependant pas question de s'unir avec la Fédération de Russie", a déclaré mercredi le leader abkhaze sur FRANCE 24.
Toujours à propos de l'indépendance, le leader souligne : "Si l'Europe civilisée a reconnu le Kosovo le lendemain de sa déclaration d'indépendance, vous pourrez comprendre, si vous connaissez l'histoire de notre pays, que nous avons historiquement beaucoup plus de droits d'avoir l'indépendance. Il s'agit de rétablir notre Etat".
"Il n'y a pas eu de nettoyage ethnique"
Répondant aux questions de Sylvain Attal sur les relations de Soukhoumi avec Moscou et notamment sur la question des passeports russes (90% des Abkhazes en possèdent un), M. Bagapch précise : "Il n'est pas question de nous unir à la Russie [...] Nous n'en avons pas l'intention. Nous avons pris les passeports russes tout a fait consciemment car la vie en Abkhazie après la guerre civile était très dure et seule la Russie nous est venue en aide. C'est un pays ami et nous lui sommes reconnaissant."
"Il n'y a pas eu de nettoyage ethnique. Simplement, les Géorgiens savaient très bien ce qu'ils avaient commis en Abkhazie et ils ont préféré partir tout seuls. [...] Il y a des accords de Moscou en 1994 qui disent que les Géorgiens qui souhaitent revenir le peuvent. Ceux qui ont commis des crimes de guerre ne reviendront pas", se défend par ailleurs le leader abkhaze.
Il met en avant le rapport de forces, déséquilibré, entre l'Abkhazie et la Géorgie : "Nous ne sommes que 100 000, comment voulez-vous que l'on affronte 4 millions de Géorgiens ?"
"Ce sont les Etats-Unis qui décideront si la Géorgie entrera dans l'Otan"
La Russie a reconnu mardi la déclaration d'indépendance des deux républiques séparatistes, au contraire des États-Unis et de l'Union européenne qui ont vivement fait part de leur désaccord. La tâche s'annonce donc difficile pour exister dans les affaires internationales, mais le leader abkhaze se veut rassurant : "Je ne pense pas que nous soyons isolés. Les régimes passent, les dirigeants passent, les présidents passent. Nous ne pensons pas que notre voie sera facile. Il va falloir que nous prouvions que nous sommes en train de bâtir un Etat civilisé et démocratique."
Sur l'éventuelle adhésion de la Géorgie à l'Otan, Sergueï Bagapch se démarque des positions russes : "C'est la Géorgie qui doit décider de la voie qu'elle va prendre. Je ne suis pas du tout choqué, je voudrais même qu'elle adhère à l'OTAN." Et d'ajouter : "Ce n'est pas la Géorgie, ce n'est pas l'Union européenne qui décide, ce sont les Etats-Unis qui décideront si la Géorgie entrera dans l'Otan".













