28 août 2008 - 15H51
- France - Immigration

La fin programmée du plus grand camp rom de France
Quelque 24 familles roms d'un bidonville de la banlieue nord de Paris vont bénéficier d'un plan de réinsertion sociale. Elles seront les seules. Les autres membres de la communauté sont sommés de quitter la France.

Aurelia Couaci, mère rom de trois enfants, est en colère. Dans quelques jours, elle devra quitter le camp de Saint-Ouen, dans la banlieue nord de Paris. "J’ai deux enfants scolarisés, pourquoi ne m’ont-ils pas choisi ?" questionne-t-elle. A ses côtés, ses amies opinent de la tête et, comme elle, ne comprennent pas. Aurelia Couaci compte parmi les 500 personnes exclues du projet d’insertion sociale et professionnelle proposé par la Ville et qui doivent à présent quitter le pays. De gré ou de force.

 

Seules 24 familles habitant le plus grand bidonville de la capitale ont été sélectionnées pour ce projet. Elles vont pouvoir loger dans bungalow installé dans un lotissement flambant neuf de Saint-Ouen, ainsi que disposer d’opportunités d’emplois. Pour ces familles, qui vivaient dans des cabanons en bois et en tôle sans eau ni électricité, ce programme d’insertion sociale constitue une amélioration notable de leurs conditions de vie.

 

Mais pour les autres familles, l’avenir est tout autre. La ville de Saint-Ouen a décidé de démolir le camp pour construire des logements sociaux. Si certains Roms ont accepté une aide au retour, d’autres, à l’instar d’Aurelia Couaci, ont décidé de rester en France. "Là-bas, il n’y a pas de travail, pas d’argent", affirme-t-elle, tout en concédant que le travail se fait aussi rare en France. Cette mère de famille fait un peu de couture et de blanchisserie. Son mari, lui, travaille sur des chantiers. "Je ne comprends pas pourquoi nous devons partir. Je ne vole pas, je veux travailler."

 

La Roumanie a rejoint l’Union européenne (UE) en 2007. En tant que citoyens d’un membre récent de la communauté, Aurelia et ses compatriotes du campement peuvent bénéficier d’un permis de travail. Selon Coralie Guillot, qui intervient dans le camp pour Parada, une association d’aide aux enfants roumains, beaucoup d’hommes trouvent des emplois non déclarés sur des chantiers, tandis que les femmes mendient ou font des ménages."

 

 

"C'est la fin"

 

Le bidonville a déjà commencé à se vider. Un homme détruit son cabanon. "C’est la fin", lance en regardant Sorin State, un Rom qui a été choisi par le projet d’insertion sociale de la Ville.

 

L’homme est assis avec sa femme et ses amis autour d’une camionnette. De la musique gitane s’échappe du véhicule. "C’est la préfecture qui décide, lance Maria State. Mais j’aime vivre en France. En Roumanie, il n’y a pas de travail, pas d’argent, rien à manger".

 

Lundi, les 24 familles désignées quitteront le camp pour rejoindre un nouveau lieu où elles vivront temporairement dans des caravanes avant d’emménager dans le village d’insertion. Sorin State croise les mains et sourit : "Après ça, c’est fini."

 

Maria et Sorin State ont hâte de déménager. Maria pense chercher un travail de femme de ménage et Sorin, qui travaille dans le bâtiment, se réjouit à l’idée d’avoir l’eau courante et l’électricité.

 

Ni Aurelia ni Maria ne comprennent pourquoi certains ont été choisis et pas d’autres. En août 2007, l’association Pact Arim 93 a mené une enquête afin de sélectionner les bénéficiaires du projet. Parmi les critères d’immigration indispensables : l’usage de la langue française, le fait d’avoir des enfants scolarisés et des qualifications professionnelles.

 

 

"Ils veulent revenir ici"

 

 

D’après Coralie Guillot, de l’association Parada, la plupart des Roms expulsés resteront en France ou reviendront après leur retour en Roumanie. "Cette situation dure depuis des années, ils reviennent toujours", souligne-t-elle, avant d’ajouter : "la moitié du camp s’est déjà installée sur un autre site."

 

 

Coralie Guillot estime qu’il faut trouver une solution pour ces gens déterminés à rester en France. "Les Roms veulent construire leur vie ici et ils n’abandonneront pas cette idée."

 

Selon elle, la plupart des parents dont les enfants sont scolarisés ont bénéficié du programme d’insertion, mais "nous comprenons la déception des familles qui n’ont par été retenues". Elle pense que les villes et le département de Seine-Saint-Denis devraient travailler à trouver une issue à la situation des Roms, afin que cesse leur dérive d’un camp à l’autre.

 

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