Le choc de la guerre

FRANCE - AFGHANISTAN
Le vif débat suscité par le reportage controversé de l’hebdomadaire Paris Match révèle à quel point la France semble peu préparée à affronter une nouvelle réalité : en Afghanistan, elle est en guerre.
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La publication du reportage de Paris Match sur les Taliban qui ont tué les soldats français le 18 août suscite une émotion considérable. Le débat passionné sur l’opportunité de publier ce genre de photos et ce genre de reportages est à la hauteur de l’émotion.

 

[Photo extraite, ci-dessus, de l'article de l'hebdomadaire Paris Match, intitulé "La parade des Taliban avec leurs trophées français". Dans la série de clichés publiée, on peut voir des hommes revendiquant l'attaque contre les militaires français, arborant ostensiblement des armes et autres effets ayant appartenu à ses soldats.]
 
Ces photos choc et ce reportage donnent une nouvelle réalité à un événement qui était resté un peu virtuel. C’est un peu comme si le pays était secoué une seconde fois par la mauvaise nouvelle de la mort de ces dix soldats français.

 

De fait, la vraie mauvaise nouvelle qui secoue la France à l’occasion de ce reportage, c’est le fait que la France est en guerre. Ce qui est relativement nouveau dans l’histoire récente du pays.

 

Or, quand on est en guerre :
 
-Il y a des souffrances humaines. Quand on annonce dix soldats morts cela veut dire dix familles qui pleurent et on les entend aujourd’hui.


-Il y a de la propagande de part et d’autre. Les Taliban utilisent clairement ce reportage à des fins de propagande.


-Il est enfin très difficile de démêler le faux du vrai. On ne saura jamais précisément ce qui s’est passé ce 18 août sur cette route de montagne. Aucun juge d’instruction n’ira enquêter sur la mort de ces dix jeunes Français.


La société française est en train de découvrir ou de redécouvrir tout cela. Elle n’est pas la première. La France a perdu dix soldats le 18 août ce qui porte à 24 le nombre de morts en Afghanistan, à comparer aux 116 morts britanniques et aux 580 morts américains. La France n’est pas la seule à être confrontée à cette réalité.

 

Ce reportage montre également combien l’Etat-major de l’armée française aura du mal à fournir une version officielle et surtout à s’y tenir.


Dans quelles circonstances exactes sont morts ces soldats ? Des circonstances atroces, forcément. Étaient-ils suffisamment équipés et soutenus ? Bien-sûr que non. L’Etat-major essaie de tout maîtriser y compris les versions officielles mais, en temps de guerre, on ne peut pas tout maîtriser.

 

 

Cette controverse souligne enfin l’embarras du pouvoir politique qui a tant de mal à réconcilier la réalité afghane avec une opinion française peu consciente des risques réels. Sur FRANCE 24 la semaine dernière, le ministre de la Défense Hervé Morin préférait parler de "pacification" que de "guerre". Interrogé ce jeudi sur les photos de Paris Match, Nicolas Sarkozy a répondu : "J’ai parfaitement conscience de la gravité de tout cela."


Comme si la France découvrait (ou redécouvrait) ce que veut dire être en guerre.

 

Jean-Bernard Cadier

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