07 Octobre 2008 - 20H51
- Mauritanie

Affrontements entre policiers et partisans de l'ex-président
Alors que l'Union africaine demande le retour du président renversé le 6 août, des échauffourées ont éclaté à Nouakchott entre la police et des manifestants s'opposant au coup d'Etat de la junte. Ils ont été dispersés à coup de matraques.

Des échauffourées ont opposé mardi à Nouakchott des policiers et des manifestants opposés au pouvoir militaire au moment où l'Union africaine (UA) demandait une nouvelle fois la libération du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, renversé le 6 août par un coup d'Etat.
   
Dans le centre de la capitale mauritanienne, en fin d'après-midi, des escouades de policiers casqués ont dispersé à coups de gaz lacrymogène et de matraques des groupes de sympathisants du président déchu qui exhibaient son portrait, ont constaté des journalistes de l'AFP.
   
Des jeunes lançaient en retour des pierres sur les forces de l'ordre, mais la plupart des manifestants fuyaient simplement quand les policiers les pourchassaient autour du rond-point de la Polyclinique et dans les ruelles sablonneuses alentours.
   
"A bas Aziz, vive Sidi", criaient des hommes et des femmes, demandant clairement le départ du pouvoir du chef de la junte, le général Mohamed Ould Abdel Aziz.
   
"On a été au collège de la démocratie (avec l'élection de mars 2007) mais on est revenu au niveau maternelle! Les gens ne réclament pas le retour du président pour l'amour de Sidi ou par haine d'Aziz, mais tout simplement parce la population a choisi Sidi et qu'il faut faire respecter ce choix", a déclaré à l'AFP un informaticien de 35 ans, Cheikh Dico.
   
"Les militaires ont menti en 2005 en disant qu'ils apportaient la démocratie. Eux-mêmes ont mis Sidi comme président en 2007, ils n'ont même pas été capables d'attendre cinq ans pour que leur mensonge éclate", a ajouté cet homme, satisfait que la population "se réveille".
   
Six centrales syndicales, appelant à "résister à la dictature" militaire en Mauritanie, avaient annoncé qu'elles maintenaient leur appel à manifester mardi à Nouakchott, en dépit de l'interdiction de toutes manifestations par la junte.
   
Mais en fin d'après-midi, elles ont subitement changé de stratégie. "Aujourd'hui, nous avions décidé de maintenir notre programme de manifestations mais nous avons changé carrément de formule pour passer d'une marche pacifique à une confrontation", avait prévenu le secrétaire-général de la Confédération libre des travailleurs de Mauritanie, Samory Ould Beye, interrogé par l'AFP.
   
Il avait jugé impossible de laisser la junte "placer le pays dans un état d'exception sans raison".
   
Depuis Addis Abeba, l'UA a de son côté réitéré sa position sur la crise mauritanienne et demandé le rétablissement du président renversé, à l'issue de consultations mardi avec des responsables de la junte mauritanienne.
   
Le président de la Commission de l'UA, Jean Ping, "a saisi l'occasion de la rencontre qu'il a eue à Addis Abeba avec une délégation dépêchée par les autorités issues du coup d'Etat pour réitérer la position de l'UA", selon un communiqué de l'organisation continentale.
   
"Eu égard à l'absence d'avancée dans la restauration de l'ordre constitutionnel (...), le président de la Commission soumettra, en temps opportun, des propositions concrètes sur la marche à suivre", selon le texte.
   
L'UA avait exigé le 22 septembre le rétablissement du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions le 6 octobre "au plus tard", évoquant des "risques de sanctions et d'isolement" pour les putschistes s'ils ne satisfaisaient pas à cette "exigence".
   
Une vingtaine de sénateurs mauritaniens ont de leur côté lancé une initiative, dite de la "3e voie", pour sortir de la crise qu'ils résument dans le slogan "ni les militaires, ni Sidi" (le président renversé).
 

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