Un juge fédéral a ordonné la libération, sur le sol américain, de 17 Chinois Ouïgours détenus à Guantanamo depuis 2002.
Cette décision de la justice civile américaine, première de la sorte depuis l'ouverture de Guantanamo, déplaît fortement à Washington.
"En réponse à la décision d'aujourd'hui, nous allons interjeter appel en urgence" auprès de la cour d'appel fédérale de Washington, a aussitôt déclaré le ministère américain de la Justice dans un communiqué.
Selon le gouvernement américain, seul l'exécutif a le pouvoir de relâcher des détenus de Guantanamo à l'intérieur des frontières des États-Unis. Il estime également que cette décision représente un grave danger pour la sécurité nationale parce qu’elle pourrait servir de précédent pour d'autres détenus.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont salué cette décision. "Le juge a eu raison d’ordonner la libération de ces prisonniers" a déclaré à FRANCE 24 Gabor Rona, directeur juridique de Human Rights First. "Toute la théorie selon laquelle le gouvernement peut détenir qui il veut sous prétexte qu'il mène une guerre contre le terrorisme est fausse à l’origine." "Le gouvernement a déjà annoncé qu’il ferait appel. La décision finale a encore un long chemin à faire", a-t-il ajouté.
Le casse-tête de ces détenus ouïgours
La libération de ces 17 Chinois Ouïgours pourrait ouvrir une brèche pour d'autres détenus de Guantanamo, parmi lesquels des Libyens et des Algériens qui, comme les Ouïgours, sont persécutés dans leurs pays d'origine.
Le cas de ses détenus ouïgours, issus d’une minorité turcophone et musulmane de l’ouest de la Chine qui réclame plus d’autonomie, est en réalité la cristallisation d'un véritable casse-tête pour l’administration Bush depuis plusieurs années.
En 2004, le gouvernement américain avait déjà admis que cinq de ces Chinois ne constituaient pas un danger. Mais sachant qu’ils risquent emprisonnement et tortures s’ils retournent dans leurs pays, l’administration américaine avait refusé de les renvoyer chez eux. L’Albanie avait alors accepté de les accueillir.
Le 30 septembre dernier, le gouvernement a achevé de blanchir la totalité des 17 Ouïgours encore detenus de l'accusation de "combattant ennemis", mais, aucun pays ne semble vouloir prendre le risque de mécontenter le gouvernement chinois en leur donnant asile.
Une décision tant attendue
Faisant fi de ce problème géopolitique, les ONG de défense des droits de l’Homme, elles, applaudissent chaudement cet arrêt qui rappelle en particulier que la détention pour une durée indéfinie et sans motif est bannie par la Constitution américaine.
"La décision d'aujourd'hui est une très grande victoire pour la loi et pour les libertés fondamentales (...). La cour de justice américaine a enfin affirmé qu'il y avait des limites au pouvoir exécutif et que finalement la Constitution américaine signifiait quelque chose", juge Larry Cox, directeur exécutif d’Amnesty International USA.
Pour Gabor Rona, la situation pourrait se résoudre sous la prochaine administration américaine. "Il n’y aura certainement pas de décision finale avant la présidentielle de novembre", affirme-t-il.
Au sujet de l’influence d’Obama ou de McCain sur l’affaire des détenus de Guantanamo, Gabor Rona rappelle que "les deux candidats ont déclarés qu’ils voulaient fermer Guantanamo. Mais je peux comprendre quand les gens disent qu’une administration Obama pourrait être plus encline à relâcher les prisonniers sur le territoire américain".













