11 Octobre 2008 - 03H00
- Libye - Pétrole - Suisse

Tripoli annonce des représailles économiques contre Berne
La Libye a annoncé le retrait de tous ses avoirs des banques suisses et a confirmé l'arrêt de ses livraisons de pétrole, en représailles à la brève détention, en juillet, à Genève, de l'un des fils du colonel Kadhafi, Hannibal.

La Libye a annoncé jeudi soir le retrait de tous ses avoirs dans les banques suisses et a confirmé l'arrêt de ses livraisons de pétrole à la confédération helvétique, en représailles à la brève détention en juillet d'un fils du numéro un libyen Mouammar Kadhafi à Genève.

"La Grande Jamahiriya (libyenne) a décidé d'arrêter l'approvisionnement de la Suisse en pétrole brut et le retrait des avoirs libyens dans les banques suisses, qui s'élèvent à 7 milliards de dollars", a rapporté dans la nuit de jeudi à vendredi l'agence officielle libyenne Jana.

Il a été décidé "également l'arrêt de tous les aspects de la coopération économique avec la Suisse", en protestation selon Jana, contre les "mauvais traitements" infligés "à des diplomates et des hommes d'affaires libyens de la part de la police" genevoise.

L'agence Jana fait allusion à l'arrestation à Genève de Hannibal Kadhafi et son épouse Aline à la suite d'une plainte pour mauvais traitements de deux anciens domestiques.

Ces mesures seront levées "quand les raisons et les motivations de ces pratiques seront connues", a ajouté l'agence.

En première réaction, le président de la Confédération helvétique Pascal Couchepin a minimisé vendredi les conséquences de la suspension des livraisons du pétrole libyen sur l'économie suisse.

"La situation sur les marchés du pétrole n'est actuellement pas tendue, les prix montrent qu'il y a suffisamment de pétrole sur le marché. Donc, il n'y a pas de danger pour la Suisse", a déclaré M. Couchepin à la télévision suisse germanophone.

Même si l'économie helvétique n'est pas menacée, "cela ne nous est jamais égal quand un pays, avec lequel nous essayons d'entretenir des relations amicales, prend des mesures contre la Suisse", a ajouté M. Couchepin. "Mais nous pouvons accepter cela sans problème, s'ils agissent ainsi malgré notre attitude positive", a-t-il insisté.

Au lendemain de la libération sous caution de Hannibal et son épouse, Tripoli avait déjà brandi la menace pétrolière, sans la mettre à exécution, tout en prenant des mesures de rétorsion de moindre importance.

Les liaisons aériennes entre les deux pays ont été ainsi réduites, les entreprises suisses en Libye ont reçu un ordre de fermeture et l'octroi des visas aux ressortissants suisses a été suspendu.

Le Département fédéral des Affaires étrangères déconseille depuis le début de la crise aux citoyens suisses de se rendre en Libye. Sur son site internet, il affirme que la Libye réagit "avec diverses mesures à l'encontre des personnes de nationalité suisse et des entreprises suisses établies en Libye, comme par exemple l'arrestation de citoyens suisses ou l'entrave aux activités commerciales".

Début septembre, la crise semblait pourtant en voie de règlement après un mois et demi de tensions, suite au retrait de la plainte des deux domestiques --une Tunisienne et un Marocain-- qui ont finalement été indemnisés, ce qui a permis de classer le dossier judiciaire, comme le demandait la Libye.

Cependant, outre l'abandon des poursuites, Tripoli exigeait des "excuses" et, au titre de représailles, continue toujours d'empêcher deux ressortissants suisses de quitter la Libye.

Au total, la Suisse importe chaque année 2,5 millions de tonnes de brut en provenance de Libye. En comptant tous les besoins en produits pétroliers et dérivés (11,5 millions de tonnes annuellement), ce volume ne constitue que 20% des besoins du pays.

Hannibal, 32 ans, qui accuse la police de l'avoir maltraité lors de son interpellation, a déjà été poursuivi à Paris pour des violences sur sa compagne en 2005 et interpellé en 2004 pour avoir dévalé les Champs-Elysées à 140 km/h au volant de sa Porsche.
 

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