Malgré les mesures d'urgence prises cette semaine, l'Islande semblait incapable vendredi de sortir de la crise financière et, circonstance aggravante, plusieurs pays, Grande-Bretagne en tête, exigent que ce pays assume ses responsabilités envers les épargnants à l'étranger.
"Cela va être très, très difficile pour l'Islande", prévient Gunnar Haraldsson, directeur de l'Institut national économique, soulignant que le pays nordique cumule jour après jour les handicaps.
Selon lui, la décision du gouvernement islandais de prendre le contrôle des trois principales banques, avec une reprise en main des activités sur le marché national et la cession de leurs actifs, est une "bonne chose".
"Si nous n'avions pas l'environnement international actuel, le gouvernement pourrait sans doute sortir le pays de la crise. Mais tout est interdépendant et ce n'est malheureusement pas qu'un problème islandais", dit-il.
Pire, selon lui, le différend opposant Reykjavik au Royaume Uni sur le gel de comptes bancaires de clients britanniques d'une filiale d'une banque islandaise, risque de précipiter l'île vers la faillite.
Depuis mardi, les clients britanniques de la banque Icesave, l'une des filiales britanniques de Landsbanki, nationalisée, n'ont plus accès à leur compte bancaire. Selon les médias britanniques, plus de 300.000 Britanniques y détiennent un compte pour un encours total estimé à 5,1 milliards d'euros.
"La presse (islandaise) évoquait ce matin une exigence de 20 milliards de livres (25 milliards d'euros), même si nous ne payons pas la moitié de la somme, c'est une catastrophe", relève l'économiste.
Les Pays-Bas font également pression sur l'Islande pour que ce pays garantisse les comptes d'épargne bloqués des clients néerlandais de la banque Icesave.
En Islande, les employés du secteur bancaire en lambeaux ne savaient toujours pas vendredi combien d'entre eux allaient se retrouver sans emploi, ni à quelle échéance.
Urdur Gunnarsdottir, porte-parole du Premier ministre Geir Haarde, a reconnu que la situation était floue.
"Personne ne sait" combien d'emplois vont être supprimés, a-t-elle déclaré à l'AFP, assurant que tout le monde bénéficierait de l'assurance chômage. Selon elle, il y aura au moins plusieurs centaines de licenciements. Les économistes avancent plus de 1.500 suppressions d'emplois sur les 8.700 du secteur.
Cette crise est "sans précédent", a reconnu le chef du gouvernement vendredi lors d'une conférence de presse.
Ce week-end, il s'efforcera de trouver le meilleur compromis financier avec les autorités britanniques qui ont envoyé vendredi une délégation en Islande.
Il a également affirmé que les relations étaient enfin apaisées entre les deux pays pays après avoir reçu une lettre de Gordon Brown.
"Nous sommes désormais en mesure de commencer un travail sur des bases amicales", a-t-il expliqué.
"J'écris pour exprimer mon inquiétude sur les conséquences de l'action prise par les autorités islandaises en lien avec le système bancaire et mon espoir que ce problème puisse être résolu aussi vite que possible", a écrit M. Brown dans cette lettre adressée à M. Haarde datée de vendredi dont l'AFP a eu copie.
"En vue de nos bonnes relations bilatérales et des excellentes relations au sein des Etats de l'EEE (espace économique européen), nous espérons vraiment qu'il sera possible de résoudre la situation rapidement et sur des bases constructives et de coopération", ajoute-t-il.
Quant aux Islandais, ils ont exprimé vendredi leur malaise en manifestant devant la banque centrale pour demander la démission du gouverneur, considéré comme responsable de l'effondrement du système bancaire.
Ancien Premier ministre conservateur du pays nordique (1991-2004), David Oddsson a été l'artisan de la libéralisation du secteur financier dans les années 90. Il a publiquement reçu vendredi le soutien du chef du gouvernement.













