Face à la recrudescence des attaques dans le golfe d'Aden, certains armateurs choisissent d'emprunter la route maritime du Cap de Bonne Espérance, un détour long et coûteux qui ne les met pas complètement à l'abri de pirates de plus en plus hardis.
Coup sur coup, le norvégien Odfjell et le danois A.P. Moeller-Maersk, deux gros acteurs du transport maritime, ont annoncé cette semaine que tout ou partie de leurs flottes passeraient désormais au large de l'Afrique du Sud plutôt que par la mer Rouge, dont les approches sont infestées de pirates, et le canal de Suez.
D'autres armateurs comme Frontline, compagnie enregistrée aux Bermudes, qui possède l'une des plus importantes flottes mondiales de pétroliers, envisagent de leur emboîter le pas si la sécurité n'est pas rapidement rétablie au large des côtes somaliennes.
Selon le Bureau maritime international (BMI), 94 bateaux ont été attaqués par des pirates somaliens depuis le début de l'année, 38 ont été détournés et 17 sont toujours sous leur contrôle.
Considéré comme plus sûr, le détour via Bonne Espérance allonge le trajet de cinq à quinze jours supplémentaires selon le port de départ, la destination finale et la vitesse du navire, et génère un gros surcoût pour les armateurs.
"Le coût d'exploitation d'un navire de taille conséquente est d'ordinaire de 6.000 dollars par jour", a expliqué à l'AFP Arild Wegener, patron de la cellule sécurité de la Fédération norvégienne des armateurs.
"Si l'on ajoute à cela d'autres facteurs tels que des clauses contractuelles avec le client et les assurances, on arrive vite à un demi-million de dollars", a-t-il ajouté.
Un surcoût que l'économie d'un onéreux passage par le canal de Suez, la route la plus courte vers l'Europe, est loin de compenser.
"Et il n'est pas sûr que le client soit très content si le retard bouleverse toute sa chaîne logistique", a précisé M. Wegener.
Côté armateurs, on explique que mieux vaut une marchandise qui arrive à bon port en retard qu'une marchandise aux mains des pirates.
"Nous avons pris notre décision par égard pour la sécurité des équipages", a déclaré à l'AFP le directeur général d'Odfjell, Terje Storeng. "Mais c'est aussi pour protéger la cargaison. Les clients ne peuvent pas vraiment s'en plaindre".
Selon M. Storeng, aucun navire de sa compagnie n'a encore dû faire le détour par le Cap de Bonne Espérance et il est "trop tôt" pour chiffrer le surcoût, une information de toute façon trop sensible pour être communiquée.
Odfjell dit espérer que ses clients accepteront de mettre la main à la poche, ce qui est loin d'être acquis.
Emprunter la route du Sud africain n'évite pas non plus tous les risques. Les pirates se sont emparés du Sirius Star, superpétrolier saoudien chargé de deux millions de barils de brut détourné le 15 novembre à plus de 450 milles nautiques (800 km) de la ville kényane de Mombasa, alors qu'il faisait route vers Bonne Espérance.
Opérant à partir de bateaux-mères, les pirates ont considérablement élargi leur rayon d'action et peuvent frapper en pleine mer.
Dans le cas du Sirius Star, "la position géographique de l'attaque a été quelque peu un choc", a admis M. Wegener.
Pour de nombreux armateurs, une approche militaire plus musclée est la seule réponse possible. "C'est la seule solution", a déclaré à l'AFP Martin Jensen, directeur par intérim de Frontline.
L'Union européenne et plusieurs pays ont décidé d'envoyer des navires de guerre dans la zone pour renforcer les flottes déjà sur place.
"C'est prometteur", a estimé M. Storeng qui compte reprendre le trajet par le golfe d'Aden "dès que les conditions de sécurité le permettront".
Pour la Fédération des armateurs allemands, "la seule solution à court terme est une protection militaire par des navires de guerre".
"A long terme bien sûr, il faut aider la Somalie", a déclaré son porte-parole, Max Johns.













