25 février 2008 - 23H11
- Barack Obama - États-Unis - Hillary Clinton

Obama - Clinton : et le programme?
Les deux prétendants à l’investiture démocrate, Hillary Clinton et Barack Obama, se différencient autrement que par leur stratégie de communication politique. Voici un comparatif de leurs deux programmes.

Pour voir les sites Internet des candidats :

Hillary Clinton

Barack Obama

 

 

 

Difficile de classer Barack Obama. Alors qu’il a toujours voté avec la gauche du parti au Sénat depuis son entrée en 2004, il veut à présent démontrer ses capacités à rassembler largement divers électorats américains, même la frange conservatrice. Ses conseillers viennent d’horizon divers.

 

Au cours de ses meetings, il n’insiste pas sur les points de son programme qui le classent à gauche (comme la peine de mort, cf ci-dessous), tend la main à ceux qui ont approuvé la guerre en Irak et gomme les divergences politiques du pays. « Il n’y a pas une Amérique de gauche et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique », martèle-t-il.

 

A la veille des primaires dans des Etats industriels tels que l’Ohio et la Pennsylvanie, son discours s’est toutefois teinté de préoccupations sociales. Il s’est notamment attaché à dénoncer les effets pervers de la mondialisation et de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena). Il détaille peu son programme lors des meetings, ce qui lui est amplement reproché par ses adversaires.

 

La position de Hillary Clinton est plus claire. La lisibilité de son programme est au centre de sa campagne. « Nous allons souligner les différences, faire la comparaison (entre nos programmes), pour donner un vrai choix », clame-t-elle. La candidate aime se présenter comme une experte des questions économiques et diplomatiques. Avec une difficulté : devoir assumer le bilan de son mari durant les années 1993-2001.

 

Une comparaison entre les sites Internet des deux candidats révèle cette différence d’approche. Quand les thématiques d’Obama sont présentées pêle-mêle par ordre alphabétique, les sujets développés par Hillary Clinton sont classés par ordre d’importance : les classes moyennes, l’assurance maladie, la guerre en Irak et le réchauffement climatique.

 


QUESTIONS ECONOMIQUES

Les enjeux économiques sont devenus centraux dans la campagne pour l’investiture démocrate. Sur son site Internet, Hillary Clinton classe le pouvoir d’achat des classes moyennes au premier rang de ses priorités. Elle promet d’alléger la pression qui pèse sur les ménages fragilisés par la crise des "subprime" et d’empêcher les saisies immobilières. Elle souhaite annuler les avantages fiscaux accordés par George W. Bush aux foyers gagnant plus de 250 000 dollars.
Son programme prévoit plusieurs interventions directes de l’Etat dans l’économie : des subventions pour les foyers les plus pauvres, des investissements dans les énergies nouvelles, un meilleur financement de l’assurance chômage. Enfin, elle promet des dégrèvements d’impôts pour les classes moyennes, tout en assurant que les déficits publics seront réduits.

 

Hillary Clinton se trouve cependant dans une position délicate, à devoir assumer les choix économiques de son mari lors de son double mandat (1993-2001), en particulier la « Rubinomics », du nom du ministre du Trésor de Bill Clinton, Robert Rubin. Cette pensée économique consistait à réduire les déficits publics et à jouer la carte de la mondialisation, quitte à essuyer par la suite les conséquences pernicieuses de la globalisation. Cette politique est maintenant remise en question par les intellectuels démocrates.

 

A mesure que la campagne avance, et alors que la crise économique menace les Etats-Unis, Barack Obama s’attelle à construire un argumentaire qui contrecarre l’avance de Hillary Clinton. Tout comme elle, il promet des baisses d’impôts pour les ménages aux revenus moyens, et l’annulation du fameux "cadeau fiscal" de George W. Bush aux ménages très aisés. Barack Obama ne promet pas d’enveloppes budgétaires, à la différence de son adversaire. Il prévoit cependant un plan de "grands travaux" à hauteur de 60 milliards de dollars sur dix ans, financés par le retrait d’Irak. Enfin, il semble moins à cheval que Clinton sur l’équilibre des finances publiques.

 


ASSURANCE MALADIE

C’est le grand thème de campagne de Hillary Clinton. Et l’un des principaux points mis en avant par son équipe pour marquer sa différence avec Barack Obama. La prétendante à l’investiture démocrate prône la mise en place d’une assurance maladie obligatoire pour tous les Américains. Ils auraient à choisir entre les assurances privées déjà en place et celle proposée par l’Etat. Estimé à 110 milliards de dollars par an, son projet de couverture maladie serait financé par les employeurs et par le gouvernement. L’Etat trouverait les fonds nécessaires en revenant sur les fameux "cadeaux fiscaux" accordés par George Bush et en faisant des économies dans le système actuel. Hillary Clinton avait déjà œuvré pour une assurance maladie universelle lors du mandat de Bill Clinton, mais ce plan avait échoué en 1994.

De son côté, Barack Obama promet une couverture maladie obligatoire pour les seuls enfants. Son projet coûterait entre 50 et 65 milliards de dollars, soit deux fois moins que les projets proposés par sa rivale. Tout comme Hillary Clinton, il compte financer ce programme par une augmentation de la fiscalité des ménages gagnant plus de 250 000 dollars, et par la taxation des grandes entreprises.

 

LA GUERRE EN IRAK

C’est le troisième thème majeur de la campagne, et Barack Obama a l’avantage. Il avait plaidé contre la guerre en Irak dès 2002 et voté au Sénat contre le renfort des troupes américaines. Le prétendant à l’investiture démocrate envisage un retrait rapide des forces armées américaines, en laissant un petit nombre de soldats sur place, pour combattre le terrorisme et oeuvrer à la réconciliation politique. "La solution n’est pas militaire", plaide-t-il. Obama est favorable en revanche à un redéploiement des troupes en Afghanistan.

Hillary Clinton présente le même programme de retrait des troupes d’Irak. Avec un calendrier à l’appui : les premiers départs de soldats américains se feraient dans les deux mois qui suivent le début du mandat ; le retrait quasi-total interviendrait d’ici 2013. Clinton ne jouit cependant pas de la même crédibilité que Barack Obama, puisqu’elle avait approuvé l’invasion de l’Irak en 2003. Elle a déclaré depuis qu’elle aurait agi différemment si elle avait eu connaissance de ce qu’elle sait maintenant.

 


LA QUESTION IRANIENNE

Hillary Clinton et Barack Obama sont tous deux favorables aux sanctions économiques pour faire pression sur l’Iran et ne s’interdisent pas d’avoir recours à la force armée. En revanche, Clinton et Obama se différencient sur un point : la première refuserait de rencontrer le président Ahmadinejad, tandis que le second est prêt à le rencontrer sans pré-requis.

 

 


IMMIGRATION

Les deux candidats envisagent une régularisation massive des sans-papiers. Hillary Clinton parle d’incitation à "sortir de l’ombre". "Nous avons besoin de savoir qui vit dans notre pays", explique-t-elle. Cela inclut des sanctions plus lourdes envers les entreprises qui emploient des clandestins. Obligation serait faite aux étrangers en situation irrégulière voulant passer dans la légalité de payer une amende et d’apprendre l’anglais. Les deux candidats sont favorables au renforcement des contrôles à la frontière mexicaine. Barack Obama est en revanche seul à envisager l’octroi du permis de conduire aux immigrés clandestins, papier qui peut servir de pièce d’identité.

 

 

MONDIALISATION ET LIBRE-ECHANGE

L’accord de libre-échange en Amérique du Nord, l’Alena, qui lie les Etats-Unis, le Canada et le Mexique depuis 1994 est l’objet de toutes les critiques. L’équipe de Barack Obama va jusqu’à dénoncer des propos pro-Alena tenus par l’équipe adverse. Selon un rapport tout récent de l'association de défense du secteur manufacturier (AMTAC), le libre-échange aurait fait perdre à l'Ohio 23,3 % de ses emplois manufacturiers entre 2000 et 2007. "Mme Clinton fait tout ce qu'elle peut en campagne pour se distancer de l'Alena", a souligné Obama. "Hier, elle a dit que l'Alena avait été 'négocié' par le premier président Bush, et non par son mari (Bill Clinton). Mais soyons clair : c'est son mari qui a fait ratifier l'Alena", a-t-il déclaré.

 

 

ENVIRONNEMENT ET RECHERCHE

Les deux candidats sont favorables à l’instauration d’un marché du CO2 aux Etats-Unis pour inciter les entreprises à polluer moins (le système oblige une entreprise polluante à racheter son "droit à polluer" auprès d’entreprises qui n’émettent pas de gaz à effet de serre). Obama et Clinton ont soutenu la loi de 2007 visant à réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 (sur la base des chiffres de 1990) et promettent de la mettre en œuvre.

Hillary Clinton et Barack Obama proposent de doubler le budget de la recherche fondamentale sur cinq ans et d’investir prioritairement dans les technologies des bio-carburants et des énergies renouvelables. Ils promettent tous deux de libérer la Maison Blanche des idéologies conservatrices et religieuses influentes sous les mandats de George W. Bush.

 

 


PEINE DE MORT

Hillary Clinton est favorable à la peine de mort. En tant que "First Lady", elle a défendu un projet visant à élargir la liste des crimes fédéraux pour lesquels un prisonnier peut être condamné à mort. Barack Obama assure que la peine de mort "est peu utile pour dissuader de commettre un crime" mais ne fait pas campagne contre.

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