06 mars 2008 - 11H37
- Littérature

Appel au boycott en provenance du monde arabe
Critiquant le choix d'Israël comme invité d'honneur, nombre d'éditeurs et d'écrivains arabes s'apprêtent à boycotter la 28ème édition du Salon du livre de Paris, prévue du 14 au 19 mars.
Le président israélien Shimon Pérès doit inaugurer le 28e Salon du livre de Paris, qui met à l’honneur, pour son soixantième anniversaire, la littérature israélienne. Cette invitation a provoqué un boycott de la part de pays musulmans ou d’associations d’écrivains arabes. Pensez-vous que cette réaction soit justifiée ? Ou pensez-vous que culture et politique doivent fonctionner séparément ? Envoyez vos questions en cliquant sur ‘réagir’. Veuillez indiquer depuis quel pays vous nous répondez. Vos réactions peuvent être utilisées dans notre émission Le débat de FRANCE 24, à 19h10 (GMT+1). Toutes les réactions susceptibles de contenir des propos à caractère insultant ou raciste ne seront pas publiées.

 

Lancé depuis Rabat par l’Organisation panislamique des sciences et de la culture (ISESCO) et relayé par l’Union des écrivains palestiniens, l’appel au boycott semble avoir reçu un écho favorable. Le ministère de la Culture libanais a indiqué qu’il "[s’abstiendra] cette année de participer pour protester contre la décision des organisateurs de nommer Israël comme invité d’honneur à l’occasion du 60ème anniversaire de sa création".
 
Contacté par FRANCE 24, Smail Améziane, directeur des Editions Casbah à Alger, explique sa position : "Nous nous abstenons de participer au nom du devoir de solidarité avec les populations civiles palestiniennes de Gaza".
Même son de cloche chez l'écrivain palestinien Mohamed Hafez Yaacoub. Dans un entretien accordé à FRANCE 24, il estime que le boycott ne vise pas directement les écrivains israéliens : "Personnellement, je suis contre le boycott du Salon du livre. Au contraire, il faut profiter de cette tribune pour parler des 60 ans de la "nakba" (catastrophe) palestinienne". Et d’enchaîner : "En fêtant les 60 ans d’Israël, la France adopte une position extrêmement négative vis-à-vis de la Palestine et envoie un message d’indifférence à son peuple". 
 
Regrets  et étonnement
 
Du côté israélien, c’est la désolation qui domine. S’exprimant au téléphone pour FRANCE 24, Nina Ben Ami, porte-parole de l’ambassade d’Israël en France, ne comprend pas la position des éditeurs arabes. "Il est regrettable qu’un conflit militaire et politique puisse s’immiscer dans un contexte culturel. Il faut dialoguer et s’ouvrir aux autres pour que les choses avancent. Le boycott n’est pas le meilleur moyen politique qui marche. Il est dépassé". Sa collègue Anita Mazor, chargée de communication, abonde dans le même sens : "C’est vraiment triste. Mais il faut savoir que ce n’est pas tout le monde qui boycotte. Il y aura bel et bien des éditeurs et des écrivains arabes aux côtés de leurs collègues d’Israël".
 
Au Syndicat national de l’édition, l’organisateur du salon, le sentiment oscille entre regret et étonnement. S’exprimant au téléphone pour FRANCE 24, Christine de Mazières, déléguée générale, refuse que  le Salon du livre devienne l’otage des querelles politiques. "Nous ne voulons pas que cet événement influe négativement sur l’événement". Et de s’interroger : "Pourquoi les pays du Maghreb, qui avaient accepté au départ de participer alors qu’ils savaient que c’est Israël qui est l’invité d’honneur, ont-ils brusquement changé d’avis ?".
 
Ont-ils subi depuis des pressions politiques de la part de leurs gouvernements ? Christine de Mazières ne veut pas entrer dans ce jeu. Elle juge que le Salon du livre est avant tout une fête pour la jeunesse et les amoureux de la littérature : "L’absence des pays arabes est regrettable, mais ne va pas porter atteinte au déroulement du Salon. D’ailleurs, nous nous attendons à une affluence record cette année". Et de soutenir avec un brin d’amertume : "Ce Salon aurait pu être une belle occasion pour les auteurs arabes et israéliens de débattre et d’échanger sur les questions d’actualités et proche-orientales. D’ailleurs, la majorité des écrivains invités est partisane de la paix et milite pour la création d’un Etat palestinien au plus vite".
 
Regrettant le boycott, Christine Albanel, ministre française de la Culture, a néanmoins affirmé que "la France [entendait] poursuivre cette politique d'accueil de toutes les littératures, sans exclusive ni interdits, conformément à sa tradition d'ouverture et d'échanges".
 
 

 

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