Dimanche 20 juillet 2008

COMORES - ENVOYE SPECIAL

Carnet de route aux Comores

Jeudi 27 mars 2008

Avec l’attaque débutée dans la nuit de mardi dans l’île d’Anjouan, les Comores vivent une énième période de troubles. Franck Berruyer, grand reporter à FRANCE 24, s’est rendu sur place. Il nous livre ses impressions sur la situation.

Jeudi 27 mars 2008

L'armée comorienne est passée à l'action mardi contre l'île d'Anjouan, dans l’Océan Indien. Le gouvernement fédéral comorien y mène une opération militaire pour renverser le dirigeant de l'île, Mohamed Bacar. Franck Berruyer, grand reporter à FRANCE 24, s'est rendu dans l'archipel. Arrivé le 8 mars, il rend compte de la situation jour après jour, malgré les difficultés matérielles : "Je viens de naviguer deux heures au fond d'une barque de pêche. Mon dos est cassé et le matériel dans un sac étanche. J'ai terminé de monter un sujet à 1h du matin, il est 7h…. ".

Mercredi 26 mars


Note : en raison de difficultés techniques liées à l'opération militaire en cours à Anjouan, Franck Berruyer n'a pas pu nous faire parvenir son dernier carnet de route. En attendant, vous pouvez consulter les dernières vidéos (en liens à droite de la page). Si vous avez des questions sur la situation aux Comores, envoyez-les en cliquant sur 'Réagir' en bas de la page. Franck Berruyer y répondra dès que possible. 


Lundi 24 mars

 

Ca fait plusieurs jours que nous attendons une attaque "imminente" par des troupes de l’Union africaine sur l’île rebelle d’Anjouan. Puis finalement, on a entendu que ça y est, ils se préparent à embarquer.

 

Comme eux, j’étais sur l’île principale de l’archipel, Mohéli. Je ne voulais pas rater l’offensive, donc j’ai embarqué dans une "kwassa kwassa", la barque rapide locale, pour rentrer rapidement à Anjouan.

 

Avant de partir ce matin, nous avons vu des troupes de l’UA embarquer sur deux navires et prendre la direction d'Anjouan. L'armada a pris le large. D’autres troupes se préparaient pour embarquer dans trois autres navires.

 

Maintenant on les attend. Je ne bouge plus jusqu'au débarquement.

 

Ici sur Anjouan, tout est calme. Les magasins sont ouverts et les pêcheurs ont pris la mer comme d’habitude….

 

 

Mercredi 12 mars

 

Anjouan, cette île-prison comme la décrit la presse des Comores, est bien tentante. On préfère éviter l'avion pour ne pas être embêté.

 

C'est dans notre tenue de mercenaire préférée que l'on prend la mer en "kwassa kwassa", des barques de pêche transformées en transport de passagers. Jusqu'à 40 personnes s’y entassent pour passer clandestinement sur l'île française de Mayotte. Sur la plage, caché par des palmiers, un gendarme en civil est venu surveiller notre embarquement mais nous avons passé le message.

 

La marée est basse mais la mer bien formée.

 

Le patron de la barque nous avait parlé de 1h30 de navigation mais nous passons 2h30 de tape-fesses dans les vagues. On finit sous une belle pluie tropicale avec mes deux camarades de croisière, journalistes à l'AFP. Nous arrivons au grand port d'Anjouan. Je suis venu ici il y a 20 ans, le décor n'a pas beaucoup changé, si ce n'est une montagne de containers sur le quai. Il y a 20 ans, j'avais donné mes chaussures à un gamin qui me les demandait.

 

Sous la pluie, il y a toujours deux enfants qui vendent des cacahuètes, nous sommes leurs seuls clients. Un gendarme nous attend pour nous conduire à la présidence.

 

Les routes sont aussi défoncées que dans les autres îles mais ici, il y a de l'électricité. Par contre, il n’y a plus de téléphone, toutes les communications ont été coupées.

 

Nous finissons par croiser le cortège du président, assis à l'arrière d'une vieille 605 blindée, avec pick-up de sécurité et gyrophare. Il nous salue avant notre rendez vous. La scène est assez surréaliste.

 

L’île respire la misère, sous la pluie, l'air est noir, la cendre volcanique est partout. C'est triste une plage de sable noir.

 

   

Anjouan la rebelle

 

Anjouan était le repaire préféré de Bob Denard, le mercenaire, le vrai. Il craignait cette île, il fallait y entrer mais surtout en sortir. Tout le monde a une anecdote à vous raconter, comme ce ministre qui vous confie qu'il avait vendu sa voiture à Denard. Aujourd'hui, l'homme fort d'Anjouan c'est le colonel Bacar. Dans la Grande Comore, il est présenté comme un quasi-dictateur.

 

Il nous reçoit avec la volonté de transparence. Il veut communiquer. Son entourage est plus qu'au petit soin. On nous remet des communiqués dans des enveloppes si lourdes qu'on a tous cru qu'elles contenaient de l'argent. L'homme est séducteur, intelligent, il a le regard perçant. Aujourd'hui, malgré la chronique d'un débarquement annoncé, c'est jour de conseil des ministres à Anjouan.

 

8 mars. Arrivée aux Comores

 

Je suis arrivé aux Comores samedi.

 

Cette ancienne colonie française est bien délaissée. Il n’y a même plus de vol direct pour la France, alors que la communauté d'expats comoriens est très importante en France, notamment à Marseille.

 

On ne rencontre pas un Comorien qui n'a pas de la famille en France.

 

Les Comores, c'est Kafka au niveau des papiers. On n’obtient qu’un visa de 5 jours à l'aéroport, qu'il faut faire prolonger en ville. Peut-être craignent-ils toujours les mercenaires. Ils ont essuyé 19 tentatives ou coups d'Etat réussis en 20 ans.

 

Heureusement c'est un petit pays, les ministres sont accessibles.

 

 

 

Arrivée à Moroni

 

Première impression : le pays ne va pas bien.

 

La route du bord de mer est défoncée, on roule au pas et c'est encore pire en centre ville. Ce sont les Chinois qui sont en train de refaire la chaussée et il y a du travail. Ce sont eux qui ont construit le palais des congrès et ce sont les Arabes du Golfe qui investissent dans les hôtels en construction du bord de mer. On a l'impression que tout est à reconstruire.

 

L'électricité va et vient. Les coupures rythment la vie. Une vie qui est chère pour les Comoriens de la Grande Comore. Il n’y a pas de port en eau profonde. Sur les murs, quelques graffitis anti-français viennent rappeler que le pays est en crise.

 

La crise est ouverte avec l'île voisine d'Anjouan. Les Anjouanais sont partout sur les marchés, dans les commerces de rue, on les appelle ici les Chinois. Dès qu'on leur pose des questions sur leur île, la plupart ne veulent pas parler. Ceux qui osent le faire, face à la camera, sont très virulents contre le régime du colonel Bacar, le président d'Anjouan.

 

A l'hôpital, quelques victimes de tabassage racontent comment ils ont été frappés à Anjouan à cause de leurs idées. L'hôpital de la capitale est dans un sale état, une femme crie derrière les rideaux.

 

J’ai une discussion avec un médecin qui me raconte qu'il préfère exercer dans son pays que prendre des gardes à Paris : Au moins, il a l'impression de vraiment servir à quelque chose. Partout des affiches rappellent que le paludisme et le cholera tuent encore ici.

 

 

Ile de Mohéli

 

 

Ici on se déplace en petit avion alors qu'il n’y a qu’un bras de mer à traverser.

 

L'île se voudrait un paradis de l'éco-tourisme avec ses tortues et ses chauves-souris. C'est vrai que c'est très rustique, les moustiques se régalent avec les Blancs.

 

Mais pas le temps de faire du tourisme…

 

L'armée comorienne se prépare ici depuis deux mois mais elle semble vouloir accélérer le rythme. Ce n’est pas facile de trouver les officiers. Ils ont réquisitionné un hôtel de bord de plage. L'après-midi tout le monde fait la sieste, on les comprend, la chaleur est intenable : dès que l'on bouge, on est trempé.

 

Ici aussi, la population regarde passer, avec le regard curieux, des blancs sur des motos. On doit vraiment avoir l'air de mercenaires.

 

L'armée comorienne veut nous montrer qu’ils ont envie de bien faire : exercice, défilé, on se croirait au Droit de savoir. Anjouan est à portée de vue. Les militaires ont loué de vieux cargos rouillés pour partir à l'assaut de l'île rebelle. Le débarquement est annoncé. On attend désormais les soldats africains.

 

 

 

 


    Vidéo

    • REPORTAGE

      L'heure des comptes (Envoyé spécial : F. Berruyer)

    • L'ARMEE COMORIENNE PROGRESSE

      Reportage : Franck Berruyer (25/03/08)

    • REPORTAGE

      Les combats se durcissent (Envoyé spécial: Frank Berruyer) 25/03/2008

    • DES TRACTS POUR PREVENIR DE L'ASSAUT A VENIR

      Reportage de Franck Berruyer (24/03/08)

    • SUR LE TERRAIN

      Notre envoyé spécial Franck Berruyer est à Anjouan. (24/03/08 13h GMT+1)

    • Entraînement militaire avant le jour J

      Reportage de Franck Berruyer (23/03/08)

    • LES TROUPES DE L'UA ARRIVENT A MOHELI

      Reportage de Franck Berruyer (20/03/08)

    • En attendant le débarquement

      Toujours pas de feu vert pour le débarquement sur l'île d'Anjouan

    • DANS LA MEDINA D'ANJOUAN

      L'opinion des habitants de l'île sur le conflit avec le gouvernement central des Comores (Reportage : F. Berruyer) 15/03

    • LE GOUVERNEMENT BACAR

      Le colonel Bacar et ses ministres se préparent à l'assault des militaires comoriens et de l'UA (Reportage Franck Berruyer)

    • RENCONTRE AVEC BACAR

      Rencontre avec le maître de l'île d'Anjouan, le colonel Mohamed Bacar (Reportage Franck Berruyer)

    • LES VICTIMES DU REGIME BACAR

      Témoignages des victimes du régime du colonel Bacar (Reportage Franck Berruyer)

    • PREPARATION MILITAIRE

      Les militaires comoriens et de l'Union africaine se préparent à donner l'assault de l'île d'Anjouan (Reportage Franck Berruyer)

Images


 

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