18 mars 2008 - 10H32
- Comores - Union africaine

Anjouan : en attendant le débarquement
Depuis plus d'un mois et demi, 400 militaires comoriens sont cantonnés à Mohéli. Ils attendent l'arrivée des renforts de l'Union africaine pour prendre d'assaut l'île d'Anjouan. (Reportage : F. Berruyer)

Sur l'île comorienne de Mohéli, des gendarmes désoeuvrés, vautrés sur des paillasses ou des briques, regardent un mauvais film de kung-fu. A côté, des militaires s'entraînent à l'usage des masques à gaz et au maintien de l'ordre, impatients d'en découdre.
   
"Nous faisons des exercices tous les jours, pour occuper les hommes, éviter l'ennui et l'inaction. Le moral jusqu'à présent est bon", confie à l'AFP le lieutenant Cheikh Mohamed de la gendarmerie comorienne.
   
Au pas de charge, masqués, les gendarmes se regroupent dans une petite pièce où un sous-officier lance deux grenades lacrymogènes. L'atmosphère est étouffante. On ne voit plus rien dans l'épaisse fumée jaunâtre. Un jeune gendarme panique et sort en courant.
   
"C'est de l'aguerrissement, quand nous serons à Anjouan, nous pourrons avoir à utiliser les gaz soit pour déloger des gens de certains bâtiments, soit s'il y a des manifestations", explique le lieutenant Abdillah Yusuf.
   
L'Union africaine (UA) a décidé de soutenir militairement une opération du gouvernement fédéral comorien pour démettre le colonel Mohamed Bacar, qui dirige Anjouan depuis mars 2002, mais dont la réélection en juin 2007 n'est reconnue ni par l'Union des Comores, ni par l'UA.
   
Depuis plus d'un mois et demi, 400 militaires comoriens de l'Armée nationale de développement (AND), soldats et gendarmes, sont cantonnés à Mohéli en vue de l'opération amphibie pour déloger Bacar du pouvoir.
   
Mandatés par l'UA, des soldats tanzaniens et soudanais sont arrivés aux Comores pour l'intervention. Des militaires sénégalais doivent les rejoindre.
   
Dans le camp de Mohéli, des tentes sont dressées, des abris couverts de palmes et des sanitaires ont été installés pour les hommes. Tous les locaux de la brigade de Bonovo sont occupés, remplis de sacs kakis et d'armes.
   
L'état-major est installé dans un hôtel à la sortie de Fomboni, la capitale de Mohéli, la plus petite et la moins développée des trois îles de l'archipel comorien, et qui compte 45.000 habitants.
   
Les militaires, bien encadrés par leurs officiers, ne s'expriment pas volontiers sur cette longue attente, ou répètent la version officielle, comme ce jeune gendarme qui affirme: "je suis prêt pour le débarquement, je n'ai pas peur".
   
Mais l'ennui est omniprésent, même chez les officiers supérieurs impatients d'en découdre qui estiment qu'ils n'avaient pas besoin d'attendre les forces de l'UA pour intervenir à Anjouan.
   
Les hommes se lassent de ne pas voir leurs familles et d'attendre, d'autant que les messages annonçant l'imminence de l'offensive se sont multipliés, mais l'échéance a été à chaque fois repoussée.
   
"Les civils aussi s'impatientent. Notre île est petite et il y a souvent des disputes entre les jeunes et nos militaires: des histoires de filles, des provocations parce que l'attaque n'a pas encore commencé", explique le député comorien Mohamed Oukacha.
   
"Comme les prix ont augmenté récemment, les gens ont vite fait le lien avec la présence de l'armée ici, bien que les autorités de Mohéli aient auparavant autorisé la hausse des prix, mais cela ajoute au mécontentement", ajoute-t-il, notant que l'armée dépense aussi localement pour son approvisionnement.
   
A Itsamia, dans le sud de l'île, les villageois aussi sont mécontents. "La présence de l'armée bloque nos activités," déplore l'un d'entre eux. "Comme c'est une zone militaire, les touristes ne peuvent plus venir et même la maison des tortues (une des attractions de l'île au moment de la ponte) a été réquisitionnée".
   
La population supporte en outre le poids économique des déplacés venus d'Anjouan, qui craignent l'attaque, et depuis peu, une augmentation de la criminalité.

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