2017, naissance d'un nouveau monde politique en France

En France, l’année 2017 a été marquée par l’effondrement des partis traditionnels et la disparition des anciennes figures politiques. Alors que l’année précédente, beaucoup imaginaient pour mai 2017 un nouveau duel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, c’est finalement le jeune et sous-estimé Emmanuel Macron qui l’a emporté. Retour en images sur une année politique pleine de rebondissements.

L’année politique a en réalité démarré dès le 27 novembre 2016 avec la victoire de François Fillon à la primaire des Républicains. Les électeurs de droite ont en effet été les premiers à montrer que les Français voulaient du changement pour 2017, en éliminant les deux favoris de ce scrutin, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre Alain Juppé.

Fragilisé par un quinquennat compliqué et durant lequel il n’a pas réussi à inverser la courbe du chômage, François Hollande sent monter le désir de renouvellement des Français et annonce, le 1er décembre 2016, qu’il renonce à se porter candidat à un nouveau mandat. Inédite dans la Ve République, son annonce est un coup de tonnerre.

Au terme d’une campagne expresse et plus ouverte que jamais pour la primaire de la gauche, Benoît Hamon crée la surprise en battant, le 29 janvier, l’ancien Premier ministre Manuel Valls. Comme les électeurs de droite qui ont choisi un candidat profondément conservateur, les électeurs du camp opposé choisissent un candidat profondément ancré à gauche. Le choix de la clarté pour Les Républicains comme pour le Parti socialiste.

Le casting connu, la campagne présidentielle peut enfin démarrer. Mais celle-ci est dès le début bouleversée, le 25 janvier, par les révélations du Canard enchaîné au sujet de l’emploi supposé fictif de Penelope Fillon, l’épouse du candidat Les Républicains. Ce dernier traînera comme un boulet cette affaire et les autres révélations qui suivront, jusqu’à son élimination dès le premier tour de la présidentielle, une première dans l’histoire du principal parti de droite.

Avec François Fillon empêtré dans les affaires et Benoît Hamon en proie aux divisions de la gauche, les partis traditionnels sont en recul et ce sont les candidats auto-proclamés "anti-système" – Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron – qui s’imposent dans la campagne. Selon le mot du candidat de La France insoumise, "le dégagisme est à l’œuvre" en France.

Longtemps favorite des sondages en 2016 pour arriver en tête du premier tour, la candidate du Front national est à la peine en 2017. Marine Le Pen parvient malgré tout à se hisser au second tour en mobilisant sur le ras-le-bol des Français et en jouant la carte des perdants de la mondialisation, mais sa campagne ne prend pas. Sa prestation lors du débat de l’entre-deux-tours face à Emmanuel Macron, le 3 mai, annonce son naufrage.

À 39 ans et avec un parti tout juste créé un an plus tôt, Emmanuel Macron remporte, le 7 mai, l’élection présidentielle. Il symbolise le désir de renouvellement de la classe politique des électeurs et de leur lassitude vis-à-vis des partis traditionnels. Sa victoire est suivie, en juin, par un raz-de-marée de La République en marche aux élections législatives. Le nouveau président de la République "et de droite et de gauche" dispose désormais d’une majorité écrasante à l’Assemblée nationale.

Le succès d’Emmanuel Macron est en partie dû à sa capacité à profiter des divisions au sein de la gauche et de la droite. Après avoir fait exploser le Parti socialiste durant la campagne présidentielle, il s’attaque aux Républicains. La formation de son gouvernement, le 17 mai, avec un Premier ministre, Édouard Philippe, et un ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, issus de la droite, crée une fracture chez LR, que les résultats des législatives aggraveront. La recomposition du paysage politique est profonde.

Le nouveau chef de l’État s’impose rapidement sur la scène internationale en s’emparant de tous les sujets, n’hésitant pas à profiter de l’affaiblissement des États-Unis dû à la présidence de Donald Trump. Ainsi, sur le climat, Emmanuel Macron prend la parole, le 1er juin, deux heures à peine après l’annonce du désengagement de Washington de l’Accord de Paris, en lançant un appel à la communauté scientifique américaine : "Make Our Planet Great Again".

En France, Emmanuel Macron ne perd pas une seconde pour appliquer son programme : loi de moralisation de la vie politique, dédoublement des classes de CP en zones REP+, ordonnances réformant le Code du travail, loi antiterroriste, vote du budget 2018 supprimant l’ISF et une partie de la taxe d’habitation. La transformation du pays est en marche, affirment les Macronistes.

Face à ces nombreux chantiers menés tambour battant, l’opposition semble paralysée. À droite, le parti Les Républicains est à la peine pour contester des mesures, comme la réforme du Code du travail qu’il souhaitait voter en cas de victoire de François Fillon. Le Front national se déchire sur la ligne à adopter concernant l’euro, entraînant le départ de son numéro deux, Florian Philippot. À gauche, le PS, qui n’a plus qu’une trentaine de députés, est encore sonné, tandis que La France insoumise, malgré l’activité de ses députés dans l’Hémicycle et dans la rue, constate son impuissance face au rouleau-compresseur LREM.

Laurent Wauquiez est élu le 10 décembre à la tête du parti Les Républicains après une campagne marquée par un discours très ancré à droite, avec des thèmes comme l’identité nationale, les valeurs, l’euroscepticisme, l’immigration, l’insécurité, et en jouant sur l’opposition supposée entre Français des centres-villes à l’aise avec la mondialisation et ceux de la France périphérique qui en seraient les victimes.