2017 : fins de règnes et pouvoirs balbutiants en Afrique

L'année 2017 a vu le départ, volontaire ou forcé, de trois présidents africains au pouvoir depuis des décennies, et la contestation populaire et politique de trois autres. Mais une fin de règne ne s’accompagne pas forcément de changements dans la gouvernance de ces pays.

Gambie : Yahya Jammeh, agrippé au pouvoir jusqu’au bout

Stupéfaction en Gambie, le 1er décembre 2016, lorsque Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 1994, accepte sa défaite à l'élection présidentielle. Las, une semaine plus tard, il conteste les résultats. C’est le début d’une longue crise politique et d’une succession d’initiatives des pays voisins pour lui faire changer d’avis. Son opposant, élu, est contraint de prêter serment depuis le Sénégal, alors que des troupes missionnées par la Cédéao entrent en Gambie. Le 21 janvier, Yahya Jammeh, parvenu à un accord avec les présidents mauritanien et guinéen, quitte le pays pour la Guinée équatoriale avec, dans ses valises, plus de 50 millions de dollars détournés des caisses de l’État.

Gambie : Adama Barrow, le novice en politique

Il devait faire office de figurant. Désigné candidat d’opposition du Parti démocrate unifié en octobre 2016, après l’arrestation de son leader historique, ce novice en politique, qui a fait fortune dans l’immobilier, est pourtant élu président de la Gambie en décembre 2016 face à Yahya Jammeh. Après la crise politique née du refus de ce dernier de quitter le pouvoir, Adama Barrow hérite de la tâche délicate de redresser un pays rongé par la pauvreté et où les droits de l’Homme sont fréquemment bafoués.

Angola : José Eduardo dos Santos, un héritage dilapidé

Le président angolais de 75 ans, affaibli par la maladie, prend sa retraite en août après 38 ans passés au pouvoir. Il laisse derrière lui un pays plongé dans une pauvreté extrême et englué dans une crise économique provoquée par la chute des prix du pétrole. Son clan tout-puissant, enrichi grâce à la rente pétrolière et une corruption endémique, reste en place : ses proches gardent des postes clés au sein de l’administration. Mais dès son arrivée au pouvoir, son successeur Joao Lourenço rebat totalement les cartes.

Angola : Joao Lourenço, le dauphin par défaut prompt à tuer le père

Apparatchik du tout-puissant parti angolais MPLA, l’ancien ministre de la Défense est désigné à contrecœur, fin 2016, par Dos Santos pour lui succéder. Peu de temps après sa prestation de serment, le 26 septembre, il livre un réquisitoire contre la corruption, et promet d’ambitieuses réformes. Il déjoue très vite tous les pronostics en détricotant l’héritage de son prédécesseur : le 15 novembre, il limoge sa fille Isabel dos Santos, PDG de la compagnie pétrolière nationale, après avoir remercié plusieurs proches du patriarche.

Zimbabwe : Robert Mugabe, le dinosaure qui s’incline devant le "crocodile"

Dans la nuit du 14 au 15 novembre, l’armée prend le contrôle du Zimbabwe. Acculé, lâché par son parti, le plus vieux président du monde, âgé de 93 ans dont 37 au pouvoir, refuse de démissionner. Le 18 novembre, fait historique, des dizaines de milliers de Zimbabwéens défilent dans les rues pour réclamer son départ. Quatre jours plus tard, le "camarade Bob", qui a conduit son pays à la ruine, capitule. "Héros de l’indépendance" respecté, il profite d’une retraite dorée à plus de 150 000 dollars mensuels, assortie d’un bonus de 10 millions de dollars.

Zimbabwe : Emmerson Mnangagwa, du neuf avec du vieux

Début novembre, Robert Mugabe limoge son vice-président Emmerson Mnangagwa. Pour le "crocodile", c’est la goutte d’eau : il participe au coup d’État de l’armée qui conduit à la chute du "camarade Bob". Investi le 24 novembre, le nouveau président promet des réformes et un changement très attendu par les Zimbabwéens. À 75 ans, ce pilier du régime a participé à la dérive autoritaire des dernières décennies, et les caciques du parti au pouvoir et de l’armée sont toujours en place.

Togo : Faure Gnassingbé, discret mais inébranlable

Le 6 septembre, des dizaines de milliers de partisans de l’opposition défilent dans les villes du Togo pour réclamer l’alternance politique, dans un pays dirigé depuis 1967 par la famille Gnassingbé (Eyadema, décédé en 2005, et son fils Faure, qui lui a succédé). C’est le début de marches quasi-hebdomadaires pour exiger des réformes constitutionnelles promises par le régime, ou réclamer le départ du président. Le gouvernement a promis d'organiser un référendum pouvant limiter les mandats présidentiels, mais la mesure ne serait pas rétroactive, permettant à Faure Gnassingbé de se présenter aux scrutins de 2020 et de 2025.

RD Congo : Joseph Kabila pas prêt à céder son trône

Au pouvoir depuis la mort de son père en 2001, Joseph Kabila termine son deuxième et dernier mandat le 19 décembre 2016. Après son refus de quitter le pouvoir, un accord conclu avec l’opposition le 31 décembre 2016 prévoit des élections pour la fin de l’année suivante. Mais le dialogue s’enlise, et les manifestations sont interdites et réprimées alors qu’une nouvelle échéance fixe les élections à la fin 2018. L’opposition refuse le nouveau calendrier et appelle à la transition avant cette date, mais, divisée, elle peine à mobiliser.

Paul Biya défié au Cameroun anglophone

La minorité anglophone du Cameroun, qui s’estime marginalisée dans le pays et réclame le respect de ses spécificités culturelles, proteste contre le président Paul Biya depuis la fin 2016. Le mouvement de revendication s’est en partie transformé depuis en crise sécessionniste, faisant des dizaines de morts parmi la population et les forces de l’ordre. Une contestation qui prend une ampleur inédite pour le président de 84 ans, en place depuis 1982, alors qu’il prépare l'élection présidentielle d’octobre 2018.