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Dernière modification : 16/01/2014

In Amenas : "Comment les terroristes ont-ils pu entrer sur le site ?"

Le 16 janvier 2013 débutait la prise d'otages sur le complexe gazier d'In Amenas, en Algérie, durant laquelle 38 travailleurs occidentaux et un Algérien ont perdu la vie. Un an après, une rescapée et le fils d'un otage tué témoignent pour FRANCE 24.

Responsable de l’antenne médicale du complexe gazier d’In Amenas dans le sud de l’Algérie, Murielle Ravey était la seule femme expatriée à travailler sur le site. Il y a un an, au deuxième jour de l'attaque terroriste contre la raffinerie, l'infirmière a réussi miraculeusement à échapper au massacre exécuté par des dizaines de terroristes. Une quarantaine de ses collègues, pris au piège, n’ont pas eu cette chance et ont été tués.

À 5h50, le 16 janvier 2013, lorsque l’alarme générale retenti, Murielle Ravey enfile par réflexe sa tenue de protection chimique et incendie. "On ne sait pas ce qui se passe et on attend les informations de la salle contrôle de l'usine pour savoir quel est le problème, pourquoi il y a cette alarme, raconte-t-elle à FRANCE 24. Il y a un ingénieur du service qui court vers nous et qui nous dit 'C'est une attaque terroriste, c'est une attaque terroriste ! Je les ai vus. Ils sont armés. Ils arrivent. Cachez vous !'"

Près de 800 personnes travaillaient alors sur le site dont 140 étrangers d'une dizaine de nationalités. Le complexe gazier et pétrolier est aussi vaste que le Luxembourg. Au moment de l’attaque, Murielle Ravey est à quelques kilomètres de la base de vie. Elle entend les tirs, les explosions. Grâce à sa radio, elle apprend que l'usine est en feu et que des otages sont exécutés. Après 25 heures d'angoisse, elle choisit de s'évader. Des collègues algériens la cachent au milieu de leur groupe, se glissent sous la clôture et sortent bras levés pour ne pas être confondus avec des terroristes par l'armée algérienne.

Les militaires sont entièrement responsables de leur sécurité car aucune arme n’est autorisée à l’intérieur du site. "Quand je suis arrivée, j'ai justement posé la question de la sécurité. On était en Algérie. La Libye n'était pas loin... On m'a toujours répondu que je ne devais pas m'inquiéter dans la mesure où le site était ultra-sécurisé par l’armée", se souvient Murielle Ravey. "On m’a expliqué que l'armée faisait des patrouilles, qu'il y avait aussi des véhicules postés sur les plateaux, des drones qui surveillaient la région et donc qu’en aucun cas on aurait de problèmes. La principale question qui me hante, c'est comment est-il possible que ces terroristes soient arrivés aussi facilement et aient pu entrer dans le périmètre de l'usine et de la base de vie sans que personne ne puisse les détecter ?", s'interroge-t-elle.

"Pour l’instant, il n’y a pas de coopération"

Depuis l'attaque terroriste, l’ancienne employée du site gazier ne peut toujours pas reprendre le travail. Elle s'est isolée près du cercle polaire et a terminé la co-écriture d’un livre intitulé "In Amenas, histoire d'un piège”. Après cette enquête journalistique très détaillée, elle attend l’ouverture d'une investigation internationale : "Ce que je souhaite, c'est que le gouvernement algérien communique toutes les informations qu'il a eu lorsque les terroristes ont été interrogés. Je pense qu'il a des informations à divulguer. Pour l'instant, il n'y a pas de coopération".

Florian, le fils de Yann Desjeux, l'otage français assassiné pendant l'attaque, en sait quelque chose. Contre toute attente, pendant un an, les neuf pays endeuillés n'ont pas conjugué leurs efforts pour mener une enquête. C'est donc seul que ce jeune homme a essayé de retracer les événements tragiques. "Au moment où j'ai vu le cercueil de mon père entouré d'une quarantaine d'autres cercueils, où j'ai vraiment compris qu'il y avait eu un massacre, je me suis fait la promesse de découvrir ce qui s'était passé", explique-t-il.

Florian Desjeux décide alors de mettre son activité professionnelle entre parenthèses et passe un an à mener sa propre enquête. "Au bout d'un moment, on a l'impression d'avoir travaillé sur ce site. On récolte tellement de documents, d'articles, de témoignages que l'on se rend compte que les choses n'allaient pas bien depuis très longtemps. On se demande même si ce n’est pas logique qu'il y ait eu une attaque à un moment donné", estime-t-il.

De graves problèmes de sécurité

Florian Desjeux a découvert que des revendications sociales ignorées de longue date avaient considérablement dégradé le niveau de sécurité du complexe : "On sait par exemple que des personnes rentraient sur le site, alors que c'est complètement illégal, sans prévenir les chefs de la sécurité. On sait aussi qu'il y avait pas mal de troubles, de chauffeurs de bus et de 4x4 qui menaçaient les expatriés de mort si jamais ils continuaient à travailler sur le site".

Malgré les nombreuses alertes formulées à la direction du site par son père, alors chef adjoint de la sécurité, aucune mesure de protection supplémentaire n’avait alors été accordée. "Les terroristes sont arrivés avec des feuilles, des noms, des numéros de chambre, des numéros de téléphone. Les terroristes avaient même les adresses des domicile des Norvégiens en Norvège, souligne Florian Desjeux. Donc ce sont des gens préparés qui connaissaient le site déjà par cœur. Ils savaient où se déplacer et qui aller chercher. Ils savaient que cette journée-là énormément de représentants, de VIP étaient là. Tout cela, on ne le sait pas si on n'a pas de complicité à l'intérieur."

Le parquet de Paris a ouvert le 6 janvier une information judiciaire contre X. La justice française a enfin eu accès aux procès-verbaux d'audition des trois terroristes survivants du commando. Il faut désormais que les autorités algériennes acceptent que les juges français puissent enquêter sur place. Jusqu’à présent, elles n’ont pas encore livré leur version des faits.
 

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