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Dernière modification : 30/04/2014

Élections en Irak : la rancœur entre chiites et sunnites au cœur de la campagne

© FRANCE 24

FRANCE 24 a rencontré quelques-uns des 9 000 candidats en lice pour les législatives irakiennes du 30 avril. À travers leurs discours, les clivages et les rancœurs entre chiites et sunnites restent très présents.

L'Irak s'apprête à renouveler, mercredi 30 avril, les 328 sièges de son Parlement dans un climat de violences intercommunautaires sans précédent depuis 2008. Sans surprise, l'enjeu de ces législatives, les premières sans la présence des troupes américaines, est le poste de Premier ministre. Accusé d'être sectaire et tyrannique à l'égard de la communauté sunnite, répressif à l'encontre de ses rivaux chiites, le chiite Nouri al-Maliki, au pouvoir depuis huit ans, est le grand favori du scrutin

L'actuel chef de gouvernement a principalement axé sa campagne sur la sécurité, le thème qui préoccupe ses partisans. Des chiites très sensibles au "Tous ensemble contre le terrorisme" sur lequel surfe Nouri al-Maliki pour se maintenir au pouvoir. Plusieurs attentats ont visé des bureaux de vote, lundi 28 avril, jour de l'ouverture du scrutin pour les forces de sécurité. Ces violences ont fait 79 morts ces dernières 24 heures.
 
FRANCE 24 a rencontré quelques-uns des 9 000 candidats en lice pour ce scrutin. À travers leur discours transparaissent les clivages et les rancœurs entre chiites et sunnites.
 
Parmi eux, Mohammed al-Ogaili, candidat de la coalition de l'État de droit qui est dirigée par Nouri al-Maliki. Inconnu il y a peu, son portrait est partout dans les rues de Bagdad. Plus de 13 000 voix seront nécessaires à cet ingénieur pour qu'il soit élu. "Je veux aider la nouvelle génération à se construire. Ma génération est celle de la guerre Iran-Irak, de la guerre du Koweït, de l'embargo, de l'occupation aussi. Et ces évènements nous ont profondément marqués", explique le candidat, à des hommes influents d’un quartier à l'est de la capitale.
 
Al-Maliki, favori malgré son impopularité
 
Du côté d’Abou Ghraib la sunnite, l'heure est au ressentiment. Située entre la ville de Fallouja, aux mains des djihadistes depuis trois mois, et Bagdad, cette localité dangereuse est connue pour sa prison éponyme. L'an dernier, plus 500 détenus d'al-Qaida s'en sont échappés. Alors, par crainte d'autres assauts, elle a été vidée de ses prisonniers.
 
Pas de quoi perturber le député sunnite Talal al-Zobaie, visé à deux reprises par des kamikazes. Ardent défenseur de sa communauté, nostalgique du régime de Saddam Hussein, il fait campagne dans son propre fief. Dans sa ligne de mire, le gouvernement à majorité chiite avec à sa tête le Premier Ministre al-Maliki. "Aujourd'hui, les habitants de l'ouest de l'Irak pensent qu'à tout moment ils peuvent être exécutés, à tout moment insultés, à tout moment emprisonnés voire même tués n'importe quand dans la rue, indique-t-il à FRANCE 24. C'est une situation épouvantable ! Nous n'acceptons pas que les gens soient emprisonnés et tués en raison de leur croyance ou de leur origine, nous n'accepterons jamais cela !".
 
À Sadr City, bastion pauvre de l'imam radical chiite Moqtada al Sadr, le ressentiment est aussi grand à l'égard de Nouri al-Maliki. Abou Ghassan a passé plus d'un an derrière les barreaux pour avoir attaqué les troupes américaines en 2009. Ancien milicien du Mahdi, il accuse le Premier Ministre de s'en être pris "aux vrais résistants chiites plutôt que d'avoir brisé les reins d'al-Qaïda".
 
Il n’est pas sûr que les candidats qui se présentent sur sa liste puissent faire le plein de voix dans cette localité. "J'ai 50 ans et j'ai des petits-enfants. Qu’ai-je fait pour être humilié par al-Maliki de la sorte ? Il n'a rien fait durant des années ! Et nous avons peur que le sang irakien ne coule encore. Assez de sang !", clame Abou Ghassan.
 
Toutefois, malgré cette impopularité, Nouri al-Maliki pourrait, par un jeu d'alliances, remporter un troisième mandat consécutif. L'absence d'opposition structurée, dotée d'un véritable programme d'unité nationale transcommunautaire, joue en sa faveur. 

Par FRANCE 24 , Anne-Sophie LE MAUFF

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