Diplomatie - États-Unis - Iran - Nucléaire
Le conflit irano-américain vu par la presse arabe
Friday 18 juillet 2008
Si l'Iran semble souhaiter une normalisation avec Washington, l’option militaire semblait la plus probable il y a encore quelques jours. Passage en revue de la presse arabe, reflet des angoisses dans les pays de la région.
Friday 18 juillet 2008
Par Alaa Al-Hathloul (texte)La presse arabe n’a pas hésité à se montrer inquiète à propos de l’attitude du président iranien Mahmoud Ahmadinejad et a même redouté une attaque américano-israélienne contre l’Iran. Le monde évolue : les Américains montrent un changement d’approche vis-à-vis de l’Iran avec la possibilité d’ouvrir une section diplomatique américaine à Téhéran pour la première fois depuis trente ans. Pendant les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis, les pays du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Emirats arabes unis, Bahreïn et Oman) ont veillé à ne pas afficher leur opposition à la menace iranienne. Ils n’ont pas abordé la question ; les officiels n’ont fait aucune déclaration ni avant ni après l’apaisement.
Si les dirigeants arabes préfèrent le silence, la presse arabe de son côté se faisait l’écho des rumeurs d’une guerre imminente.
Les journaux accordent une place importante à l’analyse de la politique et de la stratégie iranienne. Des éditoriaux prévoyant une éventuelle attaque contre l’Iran fleurissent tous les jours. Tariq al-Houmid, rédacteur en chef du journal panarabe Asharq al-Awsat financé par l’Arabie saoudite, titre le 9 juillet "Est-ce que la guerre approche ?" (en arabe). Cet article, publié le jour où l’Iran a procédé à des tests missiles Shahab, rappelle que les Américains et les Britanniques ont mené des opérations dans le Golfe afin de protéger les installations pétrolières.
Al-Houmid rapporte le sentiment des leaders arabes : "Certains dirigeants craignent même une guerre en septembre ou octobre." Les réactions publiées sur le site révèlent l’état d’esprit général d’un public inquiet pour l’avenir. Un internaute du Maroc écrit : "Un article effrayant, nous les Arabes, nous ne possédons pas la clé de l’avenir. La vraie force, c’est d’être raisonnable." Un autre lecteur renchérit : "J’ai lu l’article plusieurs fois, la situation est vraiment tendue, cela me fait penser à l’année 2003 lorsque les Américains ont attaqué l’Irak." Une question revient à plusieurs reprises : "Est-ce qu’on est prêt, est-ce qu’on a des refuges, et comment faire pour se mettre à l’abri ?"
De son côté, le directeur de la chaîne d’information Al-Arabiya, Abdurahman al-Rasheed, a même déjà baptisé la prochaine guerre "La bataille du détroit d'Ormuz" (en arabe). Ce détroit reliant le Golfe à la mer d’Oman (une partie de l’océan Indien) constitue un passage obligé pour le commerce international ; plus de 30% des navires transportant du pétrole y transitent. Al-Rasheed consacre également des articles dans le quotidien Asharq al-Awsat à l’histoire moderne et à la politique de l’Iran. "Dans les années 70, le Shah d’Iran s’est autoproclamé le policier du Golfe afin d’assurer le fonctionnement du détroit", se souvient-il. "Actuellement ce sont les Iraniens qui menacent de fermer le détroit d’Ormuz", poursuit-il. Un changement d’attitude qui effraye les dirigeants du Golfe.
La chaîne Al-Arabiya a diffusé un reportage en deux parties les 9 et 10 juillet sur la révolution iranienne. Simple documentaire historique, ou coïncidence politique ?
"Plans de précaution et distribution des médicaments de potassium"
Le journal libanais al-Akhbar (en arabe) couvre amplement les tensions entre l’Iran d’un côté et les Etats-Unis et Israël de l’autre. Mais très peu d’éditoriaux ont été publiés sur une éventuelle guerre dans la région. Le politicien libanais Issam Naaman estime que les Américains optent plutôt pour une sanction financière. "L’option militaire est coûteuse", estime-t-il dans un article publié le 10 juillet. Selon lui, les Américains se dirigent vers une "guerre financière contre les pays ‘voyous’".
Les Koweitiens à leur tour se préparent activement à se protéger. Une source du ministère de la Santé koweitien a confié au journal Al-Watan : "Nous sommes concernés si le réacteur iranien Buchahar est attaqué. Nous avons établi des plans de précaution et distribué dans tous les hôpitaux des médicaments de potassium en cas d’une radiation nucléaire."
Mais la plupart des Etats arabes ne laissent pas apparaître leur hostilité envers l’Iran. Dans cette guerre silencieuse, l’Arabie saoudite n’hésite pas à publier un communiqué de presse évoquant la libération de deux bateaux de pêche iraniens qui ont été arraisonnés dans ses eaux territoriales. Une affaire médiatisée mais pas unique : "Les cas d'entrée illégale de bateaux de pêche dans les eaux territoriales sont courants entre les deux pays voisins", affirme le général Abderrahman al-Brahim, chef des garde-frontières de la province Orientale en Arabie saoudite. Si Riyad n’est pas accoutumée à communiquer sur chaque incident, l’Arabie espère par ce geste un apaisement de la tension qui règne sur la région.
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