Echec de l'OMC : et maintenant ?
L'échec des négociations de l'OMC à Genève met entre parenthèses le cycle de Doha. Pour combien de temps ?
Echec de l'OMC : et maintenant ?
Par Baptiste Fallevoz
Le cycle de Doha est-il mort ?
Disons plutôt que le nouvel ordre commercial mondial tant espéré vient d’être cryogénisé.
Durant les neuf jours de discussion, des concessions ont été faites et des compromis trouvés. Pourtant, ces accords ne pourront être appliqués. Pascal Lamy l’a rappelé. En l’absence d’accord global, tout est annulé.
Une annulation au goût amer pour de nombreux acteurs, au premier rang desquels certains agriculteurs. Agriculteurs qui souhaitent exporter leur production, sans profiter des subventions gouvernementales. On les retrouve dans des régions très variées : le Brésil, l'Uruguay, l'Australie, le Canada, l'Afrique, et même certains pays européens. Les pays les moins avancés comptent également parmi les principales victimes.
Avec cet échec, ils ne peuvent toujours pas lutter contre la concurrence des produits subventionnés. D’autre part, le maintien de barrières douanières élevées les empêche de conquérir les marchés des pays riches.
Des pays riches qui font la tête pour ce qui concerne l’industrie ou les services. Un accord global leur aurait permis d’accéder plus facilement aux marchés des pays émergents.
A qui profite l’échec de Genève ?
Les grands gagnants sont les "agriculteurs subventionnés". Il y en a notamment en Europe (particulièrement en France), et aux Etats-Unis. Leurs subventions aux exportations ne sont, pour l’heure, pas vraiment remises en cause.
Les pays qui imposent des barrières douanières élevées aux importations se frottent également les mains. Il y a, par exemple, la Suisse, le Japon ou l’Inde qui souhaitent coûte que coûte défendre leur production locale.
Les négociations repartent-elles de zéro ?
Peut-être pas, mais il faudra du temps pour que tout le monde accuse le coup. Certains pays semblent plus volontaires que d’autres pour reprendre les négociations. C’est le cas de l’Australie et du Chili qui veulent fédérer d’autres nations autour d’eux.
En attendant, le risque est d’assister à une multiplication d’accords bilatéraux, plus faciles à obtenir. Multiplication aussi des conflits à régler devant les instances arbitrales de… l’OMC. A l’heure de la flambée des prix des denrées alimentaires, tout cela ne favorisera pas des moyens d’action cohérents.


