Vendredi 05 décembre 2008

Hans-Gert Pöttering, président du Parlement européen

Vendredi 10 octobre 2008

L'Allemand Hans-Gert Pöttering préside le Parlement européen depuis janvier 2007. Il revient sur les solutions possibles au niveau européen pour faire face à la crise financière et prône l'unité face aux risques de faillites. (Partie 1/2)

Vendredi 10 octobre 2008




Regardez la deuxième partie du Talk de Paris en cliquant ici.

 

M. Ulysse Gosset.- Merci d’être ici dans les studios de France 24. Avant de revenir sur la crise financière, je voudrais avoir votre réaction à l’attribution du prix Nobel de la paix qui vient d’être décerné au Finlandais Martti Ahtisaari, grand médiateur du Kosovo, de la crise en Indonésie, et qui a participé à la mise en place de l’indépendance de la Namibie. Quelle est votre réaction aujourd’hui en tant que président du Parlement européen ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Je pense que c’est une très bonne décision que Martti Ahtisaari soit le prix Nobel de la paix. C’est un grand homme d’Etat, un grand Européen, et je pense qu’il a eu le prix Nobel parce que c’est un homme de paix et qu’il représente les meilleures valeurs de l’Union européenne. Je suis donc ravi que Martti Ahtisaari ait reçu ce lauréat.
 

M. Ulysse Gosset.- Et surtout dans cette période où l’on reparle de récession, de risques de guerre, de conflits, c’est un signal pour dire "il faut négocier à tout prix, il faut des médiateurs pour assurer la paix dans le monde".

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Bien sûr, nous avons besoin de médiateurs, nous avons besoin d’une position forte de l’Union européenne. Par exemple, pendant la crise géorgienne nous étions présents. Martti Ahtisaari est un exemple prouvant que l’Europe a de grandes personnalités, de grands médiateurs, et le prix Nobel qu’il a reçu est un prix pour l’Europe aussi et pour les valeurs qui nous unissent.

M. Ulysse Gosset.- Très bien, alors revenons maintenant à l’actualité du jour : la dégringolade des marchés, les milliards arrivent comme par miracle, 700 milliards de dollars aux Etats-Unis, 500 milliards de livres en Grande-Bretagne, 300 ou 400 milliards en Irlande, la France a également des plans de sauvetage des banques, on se demande d’où vient tout cet argent et on se demande surtout qui va rembourser la dette, qui va payer et que fait le Parlement européen. Qu’est-ce que vous dites aujourd’hui, quelle est votre action, et comment essayez-vous de contribuer à rétablir la confiance en Europe et dans le monde face à la crise ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Je pense que la première leçon à tirer de cette crise financière, de la mondialisation du marché, c’est qu’aucun pays de l’Union européenne, aucun pays des 27 ne peut choisir sa propre voie . Ni la France, ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne, aucun. Donc il nous faut une position unie, et mon conseil c’est que nous devons avoir confiance en nous. Imaginons que nous n’ayons pas une devise forte, l’euro. Il y a eu une grande bataille chez moi à savoir si oui ou non nous devions abandonner le deutschemark. Mais nous avons l’euro maintenant, et de grandes personnalités comme Helmut Kohl, François Mitterrand et d’autres ont fait en sorte que l’on puisse avoir une Banque centrale avec un grand président français Jean-Claude Trichet, donc nous avons un euro stable. Et sans l’euro, je pense que les turbulences seraient encore plus grandes. Sachant que nous avons fait ce qu’il fallait en créant cette devise stable en Europe, cela devrait nous donner confiance en nous : si nous avons la volonté politique, nous trouverons les bonnes solutions. L’heure de l’Union européenne est arrivée, c’est le bon moment pour que la France ait justement la présidence, avec le Nicolas Sarkozy qui essaye réellement d’avoir une position unie en Europe. Et je crois qu’au sommet européen qui aura lieu mercredi et jeudi et où le président du Parlement européen que je suis fera un discours, qu’il y aura un signe de confiance et que nous avons besoin aujourd’hui d’une action commune en Europe pour les procédures de supervision du système bancaire, plus de contrôle et plus de transparence. L’heure de l’Europe et de l’Union européenne est arrivée.
 
M. Ulysse Gosset.- C’est d’autant plus l’heure de l’unité et de l’Europe nécessaire que les petits épargnants sont très inquiets. Je vous propose à cet égard d’écouter l’un des représentants des associations des usagers des banques, Serge Lemaître, qui va s’adresser à vous, écoutons-le ensemble.

 

M. Serge Lemaître.- Les usagers sont actuellement ceux qui sont le plus exposés, durement frappés par cette crise financière qui menace de devenir une crise économique. Ma question est simple: que pouvons-nous attendre, que peuvent-ils attendre, du Parlement européen. Quelles initiatives seront prises dans les temps à venir ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Oui, en tant que parlementaires européens nous disons depuis plusieurs années, en faisant le suivi de la situation financière dans le monde et de la mondialisation, qu’il nous faut une réaction européenne. Nous avons demandé à plusieurs reprises à la Commission d’avoir un système de supervision, des dispositions dans ce sens. Malheureusement la Commission européenne ne nous a jamais donné de propositions. Ce n’est pas le moment de critiquer qui que ce soit mais c’est un fait. La Commission n’a jamais fait de proposition parce que certains pays ne voulaient pas avoir de politique unie. J’attends donc du sommet de mercredi et jeudi que maintenant il y ait un accord entre les vingt chefs d’Etat. Il nous faut avoir une action commune en Europe avec un système de supervision (hier d’ailleurs, le Parlement européen a demandé de nouveau à la Commission de proposer ce système). J’espère que ce signe de confiance viendra du sommet.

 

M. Ulysse Gosset.- Mais vous êtes le Parlement, vous êtes le peuple d’Europe, les peuples d’Europe ; pourquoi la Commission ne vous a pas écouté ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Comme je viens de dire, ils dépendaient en quelque sorte de certains pays qui ne voulaient pas dans le passé de ces procédures.

M. Ulysse Gosset.- Lesquels ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Ne critiquons pas les pays maintenant, il nous faut une unité entre tous les pays qui contribuent à une solution ; je pense que tous les pays s’en rendent compte plus ou moins maintenant, même ceux qui étaient hésitants dans le passé, par exemple nos amis britanniques. Maintenant le Premier ministre Brown, Nicolas Sarkozy, le président de la France, Angela Merkel, chancelière de l’Allemagne, savent tous qu’il faut une approche européenne. Le temps est passé, il ne faut pas d’action isolée par chaque pays, même de grands pays comme la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie, ne peuvent pas faire chemin seuls. Si nous voulons avoir un accord sur le plan international, nous devons d’abord nous prononcer en tant qu’Européens et nos partenaires américains ont besoin d’une réponse unie de la part de l’Europe, parce que cela irait également à l’encontre des intérêts des Etats-Unis.
 
M. Ulysse Gosset.- Lorsqu’il y a eu ce mini sommet, ce G4 à Paris, lorsque Nicolas Sarkozy a réuni Gordon Brown, Angela Merkel, 4 partenaires plus le président de la Banque centrale et M. Juncker, président de l’Eurogroupe, vous avez critiqué ce sommet en disant : « ce n’est pas possible de décider à 4, il faut décider à 27. » Quel est le message que vous adressez au président Sarkozy là-dessus ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- C’est votre interprétation en disant que c’était une critique, j’ai simplement dis que 4 chefs d’Etats ne peuvent pas prendre de décision pour les 27 de l’Union européenne, ce n’est pas une critique en soi. C’est un conseil, c’est ma responsabilité, c’est ce que je crois. Je pense que c’était utile d’avoir cette réunion mais ils ne peuvent que faire des propositions, et au sein de l’Union européenne, il faut que ça soit dans un sommet, en présence des 27 et des institutions européennes, et c’était le seul conseil que je me suis permis de donner mais je n’ai pas remis en question la réunion. C’est toujours bien d’avoir des propositions et il faut faire face aux grands défis mais les décisions doivent être prises par les 27.
 

M. Ulysse Gosset.- Et avant de revenir sur votre propre carrière politique à la tête du parlement : vous avez longtemps été député, vous n’avez pas regretté en tant qu’Allemand et en tant qu’Européen, grand Européen, l’attitude d’Angela Merkel qui refusait de s’associer aux propositions de Nicolas Sarkozy sur l’existence d’un plan ? Pourquoi cette dispute franco-allemande au moment où on a vraiment besoin d’unité ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Je ne pense pas qu’il y ait une dispute franco-allemande. Quand quelqu’un d’un pays fait une proposition (à savoir s’il y avait réellement une proposition pour 300 milliards d’euros, les réponses de certaines parties du gouvernement français disaient qu’il n’y avait pas de proposition… mais partons du principe qu’il y en avait une). Je ne pense pas que dans ce cas, ou dans d’autres, on puisse se dire que tout le monde se mette d’accord sur une proposition. L’Union européenne est très complexe. Il faut discuter des grandes questions et il faut que les institutions européennes et les autres pays participent. Il faut du dialogue, de la négociation. Et vous ne pouvez pas vous attendre en une heure d’avoir l’accord sur une proposition mise sur la table. Il nous faut ce temps et je suis très content maintenant qu’Angela Merkel, chancelière de l’Allemagne et Nicolas Sarkozy, président de la France et président du Conseil européen jusqu’à la fin de l’année, se soient mis d’accord pour qu’il y ait une parfaite coordination, et c’est la bonne façon de faire. Et les Français avaient toujours raison :il faut une meilleure coordination dans le champ économique et financier. Et les allemands avaient raison : il fallait défendre l’indépendance de la BCE. Et si les deux pays apprennent l’un de l’autre et acceptent la stabilité de l’euro, de la banque centrale européenne et aussi le besoin de coordination, alors je pense que nous serons dans cette configuration.
 
M. Ulysse Gosset.- Alors, un européen et un homme de consensus ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Oui et non. Vous savez, il faut savoir quelle est la bonne direction, le bon sens, et pour moi la direction c’est une Europe communautaire et les pères de cette idée sont deux grands Français, Jean Monet et Robert Schuman. C’est une Europe communautaire, c'est-à-dire que l’Europe doit agir à travers ses institutions européennes. Une commission forte qui défend les intérêts communs de l’Europe, un parlement fort (et le parlement s’est énormément développé depuis 1979 à maintenant) et un conseil des ministres qui est prêt non seulement à voir les intérêts nationaux mais également les intérêts européens. Sur ce plan il n’y a pas de compromis, et ceux qui disent que je suis trop mou sur certaines question ont tort. Mais il faut toujours essayer d’arriver à destination, à bon port, et dans la méthode il faut être flexible, et si vous voulez arriver à vos fins, à vos objectifs, c'est-à-dire dans votre comportement vous pouvez être modéré mais il faut savoir où on veut arriver.

M. Ulysse Gosset.- Est-ce que vous pouvez nous confirmer que le Parlement de Strasbourg va reprendre ses travaux à Strasbourg avec une réparation du fameux plafond qui s’est effondré, que c’est bien Strasbourg le siège du parlement, et que ça continue malgré cet accident ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Oui bien sûr, les experts ont dit qu’après les réparations à Strasbourg l’hémicycle est maintenant rétabli et que nous pouvons de nouveau avoir nos réunions en octobre, en commençant le 20 jusqu’au 24. Nous pouvons avoir notre réunion à Strasbourg, je peux le confirmer, et l’hémicycle est aujourd’hui sûr, aussi sûr que celui de Bruxelles.
 
M. Ulysse Gosset.- Et le parlement européen reste à Strasbourg ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- Et le parlement européen reste à Strasbourg aussi longtemps que prévu dans le traité, et nous devons appliquer la loi de l’union européenne. C’est ma responsabilité en tant que président du Parlement de respecter cette loi. Si nous abandonnons le droit, nous sommes perdus au sein de l’Union européenne. Certains sont mécontents de ci ou de ça mais il faut respecter la loi, c’est un principe de l’union européenne. On peut avoir des différences, on peut avoir des intérêts différents mais il faut respecter la loi. Il n’y a pas de conflits mais du droit, et nous respectons le droit et nous restons à Strasbourg le temps prévu par notre droit.

M. Ulysse Gosset.- Et juste avant de terminer cette première partie, votre priorité pour l’année 2008-2009 pour la session du Parlement c’est quoi ?

 

M. Hans-Gert Pöttering.- C’est le traité de Lisbonne. Il faut une Union européenne forte et le traité de Lisbonne est l’instrument pour avoir cette Europe forte, démocratique, transparente. Il faut le traité de Lisbonne.


     

     

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