RUSSIE
Sans papiers et sans droits à Moscou
Mardi 13 mai 2008
Les travailleurs immigrés sur les chantiers moscovites sont, pour partie, des clandestins. Dans un environnement qui peut s'avérer hostile, ils essaient de sortir de l'anonymat pour obtenir le respect de leurs droits. (Reportage : Romain Goguelin)
Mardi 13 mai 2008
Par Romain Goguelin / FRANCE 246 heures du matin dans un quartier populaire de la capitale russe. Les services d’immigrations font une descente dans un squat de travailleurs sans papiers.
Chaque pièce compte une demi-douzaine de matelas et chacun paie un loyer 70 euros pour vivre dans ce bâtiment insalubre qui doit être en principe détruit.
Ils viennent de toutes les anciennes républiques soviétiques d’Asie Centrale pour travailler sur les chantiers de Moscou.
"Je sais que la moitié des ouvriers sur les chantiers n’ont pas de papiers", explique Jamaat, un ouvrier qui vient du Kirghizstan.
Sans papiers, leurs salaires sont inférieurs aux ouvriers russes et ils n’ont aucun moyen de défendre leurs droits.
"J’ai été roulé", raconte un autre jeune homme. On lui avait promis un salaire de 800 euros, et il n’a rien touché.
Comme il n’a pas de papiers en règle, il risque aujourd’hui d’être expulsé vers le Turkménistan.
Avec la nouvelle législation, il est pourtant facile d’obtenir un permis de travail en Russie.
"L’employeur n’a même pas besoin de demander l’autorisation des services de migrations, il doit seulement les informer qu’il emploie un immigré", explique Svetlana Ganouchkina, la présidente du Comité d’entraide citoyenne.
Sur les chantiers de Moscou, les travailleurs immigrés ne connaissent pas les détails de la législation russe et n’oseraient pas revendiquer des papiers à leurs employeurs.
"Je ne suis pas suffisamment éduqué, avoue Azim, un ouvrier venu du Tadjikistan. Je ne connais pas les lois russes… Mais en tout cas on dit qu’un permis de travail coûte 150 euros…"
Pour sortir de la clandestinité, Gulmira a payé 300 euros ce document qu’elle croyait officiel.
"On m’a dit que ça m’autorisait à vivre et travailler un an en Russie", assure la jeune Kirghize.
En réalité ce faux passeport ne lui donne aucun droit et Gulmira risque elle aussi d’être aujourd’hui expulsée.
Elle partira sans regret : depuis qu’elle est arrivée à Moscou, elle vit dans la crainte d’une agression.
Dans la capitale russe, les groupuscules ultranationalistes défilent pour réclamer le départ de tous les travailleurs étrangers.
Selon les estimations, les travailleurs illégaux en Russie seraient moins de 2 millions, soit à peine 2 % de la population active.
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