Yémen
Quatre rebelles Houthis condamnés à mort au Yémen
Mardi 13 mai 2008
Une cour de justice yéménite a condamné quatre rebelles Houthis à mort, après les avoir tenus pour responsables de la mort de deux soldats en 2007. Cette décision coïncide avec une reprise des affrontements dans le "conflit des Houthis".
Mardi 13 mai 2008
Par Alaa Al-Hathloul / FRANCE 24Le conflit entre le groupe rebelle chiite des Houthis et les autorités yéménites se poursuit violemment ces derniers temps. Des combats, le 5 mai, entre l’armée yéménite et les rebelles dans la province de Saada (nord-ouest) ont fait 19 morts dans le camp des chiites et six blessés du côté de l’armée, selon un responsable local.
Le 12 mai, une cour de justice dans la capitale Sanaa a condamné quatre rebelles à la peine capitale après les avoir tenus pour responsable de la mort de deux soldats lors d'une embuscade en 2007. Trois des rebelles étaient condamnés par contumace.
L’insurrection des Houthis
Le conflit entre l’armée yéménite et les Houthis, qualifié désormais d’insurrection des Houthis, dans la région de Saada (au nord de la capitale Sanaa), n’était au départ qu’une simple agitation locale. En 2003, Houssein Al Houthi, un dirigeant religieux en Saada, président de l’association Forum de la jeunesse croyante, a appelé ses partisans à manifester contre l’invasion américaine de l’Irak.
Selon Sami Noaman, journaliste yéménite, "le gouvernement yéménite voit d’un mauvais œil ces rassemblements anti-américains et craint un développement plus dramatique". Il rappelle que, paradoxalement, Houssein Al Houthi, a fait partie du gouvernement yéménite de 1994. Mais ses prises de position ne plaisaient guère au gouvernement.
Le premier affrontement date du 4 juin 2004 lors d’une manifestation devant l’ambassade américaine. L’armée yéménite avait tiré sur la foule. Bilan : deux morts, dont un adolescent de 15 ans et plusieurs blessés.
Quatre étapes majeures pour comprendre le conflit des Houthis
Le conflit des Houthis a connu quatre étapes ou "guerres", selon le journaliste Sami Noaman.
La manifestation de juin 2004 marque le début de la première "guerre" entre l’armée régulière yéménite et les Houthis sous l’égide de Houssein Al Houthi. Déterminée à éradiquer ces mouvements anti-américains, l’armée yéménite a tué Houssein Al Houthi après trois mois de combats.
Le père de Houssein, Badr al Deenne Al Houthi, prend la relève après l’assassinat de son fils. Les affrontements meurtriers qui débutent en mars 2005 marquent le début de la deuxième guerre contre les Houthis. Elle dure, elle aussi, trois mois et voit la mort au combat du chef de la rébellion, Badr al Deenne Al Houthi.
Moins violente que les deux premières, la troisième guerre débute en janvier 2006 et dure trois mois.
La médiation de Qatar
Des affrontements violents ont eu lieu dans la foulée des élections présidentielles de janvier 2007, provoquant une période de chaos de quatre mois. Face à la gravité de la situation, le Qatar propose sa médiation entre le groupe rebelle et le gouvernement. En agissant de la sorte, le Qatar "est en quête d’un pouvoir et d'une reconnaissance sur la scène internationale", fait remarquer Sami Naoman.
A l’issue de cet arbitrage, un accord a été signé entre le gouvernement yéménite et le groupe des Houthis en juin 2007, mais sans mettre fin aux violences. La clause principale de l’accord prévoit un cessez-le-feu. D’autres clauses "peuvent surprendre", selon Sami Noaman. "L’accord autorise les Houthis à garder le contrôle de certaines grandes régions. Du coup, l’Etat est complètement marginalisé", précise-t-il.
Les Houthis et les chiites du Yémen
Contrairement aux idées reçues, le gouvernement yéménite et les Houthis sont adeptes d’une même confession chiite : le zaïdisme. "Ces affrontements ne signifient pas une oppression contre les zaïdites. Le gouvernement yéménite est à composante zaïdite, tout comme le président en exercice, souligne Sami Nouaman.
Mais, depuis 2004, les Houthis commencent à prôner une ligne politique similaire à celle du Hezbollah, suscitant la méfiance des voisins du Yémen, au premier rang desquels l’Arabie saoudite. Riyad n’hésite pas à faire des pressions sur le gouvernement de Sanaa pour juguler l’influence grandissante des Houthis, selon Sami Noamam.
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