04 juillet 2008 - 03H39
- Colombie

Ingrid "traitée comme un chien" en détention
De passage à l’ambassade de France à Bogota après sa libération, Ingrid Betancourt a donné une conférence de presse. Après cette dernière, elle s’est confiée à France 2 sur les conditions de sa détention.

Analyses, portraits, reportages : retrouvez également notre dossier spécial sur Ingrid Betancourt, otage des FARC.

Envoyez vos réactions après la libération de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt.

"Ce n’était pas un traitement pour un être humain (…) Je n’aurai pas donné le traitement que j’ai reçu à un animal, peut-être même pas à une plante. (…) Il n’y avait que cruauté arbitraire, méchanceté.

Ca a été une école très très dure mais je crois que je sors de cette école plus forte, plus humble, peut-être plus désireuse de donner le meilleur de moi-même. (…) Les détails de la vie quotidienne [que je recevais de ma famille via la radio] étaient pour moi très importants car ils me permettaient de me raccrocher au monde qui avait été le mien, de ne pas oublier qui j’avais été. C’était important parce que j’aurais pu me prendre au jeu. C’est terrible à dire mais quand on vous traite comme un chien, vous finissez par vous comporter comme tel.

Lorsque j’étais là-bas, les mains enchaînées, j’avais des poussées de violence en moi mais je me disais toujours qu’il ne fallait plus que ça existe en moi. Je ne voulais plus sentir ces espèces de spasme de haine, qui de temps en temps me secouaient. Mais je me disais aussi qu’une fois libre, je voudrais être libre de tout, en particulier libre de haine, libre de soif de vengeance. Mais je pense que ce sont des attitudes qui vous rendent esclave. Je pense donc que je suis libre parce que je suis remplie d’espérance, parce que je leur souhaite à chacun d’entre eux le meilleur. Je souhaite que Dieu les porte dans sa miséricorde. J’espère que les FARC vont rectifier leur façon de s’organiser.

"La mort, c'était une option"


J’étais gravement malade [sur les photos datées de novembre 2007]. Ici [à Bogota], ça aurait été quelque chose d’une demi-heure mais dans la jungle, sans médicament, et avec tous les problèmes qui s’ajoutaient les uns aux autres, je ne réussissais plus à m’alimenter, je perdais du poids à vue d’œil, j’avais perdu la capacité de mouvement, j’étais donc prostrée dans mon hamac, j’avais du mal à boire, j’en suis arrivée à une situation véritablement critique. Mais j’ai eu la chance de pouvoir compter sur l’aide et la solidarité d’un de mes compagnons qui était infirmier. Il m’a pris sous sa protection et il a fait ce qu’il fallait faire. Il a eu les gestes adéquats et il a réussi à trouver des médicaments, de la drogue pour moi. (…) C’était un marché noir avec les FARC pour avoir des médicaments, c’était très très très humiliant, très dur. Dans mon cas, l’ordre était de ne pas me donner de médicaments.

Je suis arrivée à un moment où la mort était une possibilité. J’avais vu un de mes compagnons mourir, je savais qu’elle arrivait très vite dans la jungle. La mort arrive de façon soudaine, la nuit. Et je me disais que dans l’état dans lequel mon corps se trouvait, c’est-à-dire sans réaction, c’était une option. Donc j’ai fait un effort spirituel pour me mettre en paix avec moi-même et surtout avec Dieu, et accepter cela comme une possibilité.

Lorsque j’ai écrit la lettre, je voulais libérer ma famille de culpabilité. Je ne voulais pas qu’ils pensent qu’ils avaient raté quelque chose. Je voulais qu’ils soient heureux dans leur vie sans moi, qu’ils vivent cette mort comme une libération, une libération de mon corps qui me faisait tant souffrir, une libération aussi pour eux d’en finir avec cette comédie absurde, ce drame qui n’avait pas de fin. Je pensais que finalement, c’était aussi une option, peut-être meilleure que ce que je vivais à ce moment-là."

Commentaires

pour ingrid

j'ai toujours prie pour ingrid que je connaissais a travers la tele seulement. mais c,est comme si elle etait de ma famille tellement son cas me faisait terriblement mal. et aujourdhui qu'elle est libre je ne peux que remercier le bon dieu.je trouve meme pas mes mots je suis heureuse tout simplement.Ingrid profite de ta liberte et fais tout pour rattrapper le temps perdu avec ta famille surtout avec tes enfants. une amie du senegal
je t'aime et t'apprecie beaucoup.

Joie

Bonjour très chère Ingrid Betancourt bien que je sois en Afrique je regardais France24 à longueur de journée pour voir et êtrz à la page lorsque j'ai regardé votre libération hier Jeudi 03 Juillet 2008 je fu très heureuse de le voir et de savoir que vous êtes saine et sauve car votre détention dans la Jungle m'affligeais et m'attristais bien de chose à vous et beaucoup de courage que Dieu vous protège, vous garde vous et votre famille et qu'il vous garde longtemps en vie

Quand on désire/attend la mort

Bonjour Ingrid,
Lorsque j'ai apprs la nouvelle de votre libération, c'était hier (jeudi, le 3 juillet 2008). Je fus ému aux larmes. Des larmes de bonheur de voir enfin la fin d'une injustice révoltante. Je viens de lire votre témoignage sur un des épisodes de votre séjour dans la jungle colombienne. Quelle prégnance ! Je suis néerlandais l'origine rwandaise. Il m'est arrivé aussi d'envisager la possibilité d'une mort imminente dans un pays en proie à la violence. Contextes différents, sentiments proches.Un autre point commun: la France joue un rôle pour sauver des vies. J'ai écrit ceci dans ce que je considère mes Mémoires, et que j'espère publier un jour:
"La mort était omniprésente ; des hommes tombaient comme des mouches autour de moi. C’est au milieu de ces turpitudes que je songeais sérieusement à ma propre mort que je n’envisageais plus comme une éventualité lointaine. La situation dans laquelle je me trouvais étant sans issue, j’attendais sans angoisse le jour où je reverrais le Créateur. De temps en temps même, je me représentais ce moment comme un passage de l’ombre à la lumière, et je désirais quelquefois cette heure de délivrance.
Je savais que partout la mort fauchait les vies humaines ; que tout le pays ressemblait à un gigantesque cimetière ; et que les survivants enterraient les morts, comme moi, ou comme Tobit dans les temps anciens. J’entendais les gens autour de moi affirmer que Dieu n’existait plus, et s’étonner de ce que ma foi restât inébranlable au milieu de tant d’épreuves. J’étais sûr que, incorruptibles, les âmes des morts entraient dans l’éternité, et cette pensée m’aidait à supporter tous les tourments.

Je vous souhaite beaucoup de bonheur et de succès !

Heureux pour Ingrid

J'ai été ému en apprenant la nouvelle de la libération d'Ingrid. J'ai toujours espéré qu'elle serait libre, Dieu soit loué. J'espère que la libération d'autres otages suivra ! Vive la liberté !!!!

Mme Bétancourt est prête maintenant à réaliser son rêve!

Gloire soit rendu à Dieu pour la libération de Mme Bétancourt. Lorsque je suivais les infos sur sa situation, j'étais desespéré de croire à sa libération après la mort de chef de Farc. C'était dûr vraiment pour elle, car seulement ceux qui ont eu à faire un jour sans liberté peuvent comprendre ce qu'elle a vécu. Et j'apprecie sa gratitude à l'égard du vrai metteur en scène de sa libération " Dieu", la réconnaissance à Dieu ou à autrui ouvre d'autres portes, loin de notre entendement! À mon avis, Mme Bétancourt est maintenant mieux préparée que n'importe quel président pour son expérience à donner des pistes de sorties pour la fin négociée de Farc, et pourquoi pas pour servir son pays dans la magistrature suprême. Elle est préparée à réaliser son rêve!

Joie

Quand j'ai appris la nouvelle, jeudi matin, mon coeur a bondi de joie, et j'ai essuyé des larmes. C'est un vrai miracle que cette libération se soit passée sans encombre, dans les conditions où elle s'est passée. Je comprends qu'Ingrid remercie Dieu.

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