Trop beau pour être vrai
Mardi 08 juillet 2008
Ils devaient être la révolution énergétique du 21e siècle, mais ils n’ont plus la cote. Les biocarburants (ou plutôt agrocarburants pour les initiés) n’ont même plus les honneurs du Parlement européen.
Trop beau pour être vrai
Par Baptiste FallevozMardi 08 juillet 2008
Ils devaient être la révolution énergétique du 21e siècle. Une nouvelle ère d'énergies propres, économiques et inépuisables devait s'ouvrir.
Aujourd'hui, force est de constater que les biocarburants (ou plutôt agrocarburants pour les initiés) n’ont plus la cote... Même plus les honneurs du Parlement européen. Lundi, une commission de députés a appelé à revoir la part obligatoire de biocarburants dans les transports. Un tel retournement de tendance est une première au sein de l’Union. C’est du moins la première fois qu’une commission appelle à modifier les objectifs fixés par Bruxelles pour lutter contre le réchauffement climatique.
Suivez bien la nuance : jusqu’ici, la Commission européenne souhaitait qu’en 2020 la part des biocarburants dans les transports soit de 10 %. Les députés demandent eux, 8 à 10 % d’énergies renouvelables, dont la moitié seulement serait des biocarburants. La nouvelle n’a semble-t-il pas ébranlé les ministres de l'Energie des 27 réunis en conseil informel à Saint-Cloud.
Pourquoi la cote d’amour des biocarburants est-elle en baisse ?
L’argument écologique, d’abord, est de moins en moins persuasif. Pour produire en masse des surfaces agricoles destinées aux biocarburants, il faut des engrais et il faut dégager des parcelles cultivables, quitte à trancher dans les forêts…
D’autre part, les biocarburants ne sont pas une solution radicale à la pollution atmosphérique, loin de là, comme l'indique Le Monde dans son article "Les biocarburants polluent aussi".
Mais c’est pourtant sur le terrain économique que les biocarburants sont le plus critiqués.
Un rapport de la Banque mondiale publié par The Guardian vient confirmer les craintes : biocarburants et flambée des denrées alimentaires sont étroitement liés. Selon l’étude, l’essor des biocarburants serait responsable de 75 % de la flambée mondiale des produits alimentaires. La demande croissante de carburants tirés du colza, du soja ou des céréales ferait flamber les cours et tendrait à raréfier les produits comestibles…
A cela s’ajoutent l’inévitable spéculation et ses conséquences sur les prix. Les biocarburants les plus épinglés sont issus des céréales et des huiles végétales. Des domaines dans lesquels l’Union européenne et les Etats-Unis sont particulièrement impliqués. La production de canne à sucre, dont le Brésil s’est fait une spécialité, est relativement épargnée. De quoi donner un peu d’eau au moulin du président Lula qui plaide la cause des biocarburants devant les pays du G8.

