Justice
La CPI en quête de légitimité
Samedi 19 juillet 2008
En demandant l'inculpation du président soudanais Omar El-Béchir, la CPI jette le trouble au sein de la communauté internationale qui craint, les dirigeants africains en tête, que la procédure ne détériore la situation au Darfour.
Samedi 19 juillet 2008
Par Gaëlle Le RouxLa Cour pénale internationale (CPI) vise, une fois de plus, un pays africain. La demande d’inculpation d’Omar El-Béchir pour crimes au Darfour a frappé la communauté internationale. C’est la première fois que la Cour, seul tribunal pénal international permanent, s’en prend à un président en fonction. Mais ces poursuites posent une nouvelle fois le problème d’une "justice universelle" à l’occidentale.
"Cette demande d’inculpation est une avancée majeure dans la justice internationale", commente sans demi-mesure Jean-Marie Fardeau, directeur de l’ONG Human Rights Watch France. Que la CPI s’attaque à un président en fonction signe, pour lui, la fin de l’impunité systématique des dirigeants.
L’enthousiasme de l’ONG est pourtant loin d’être unanime. Ces poursuites contre le président soudanais n’ont pas exalté les chefs d’Etat occidentaux, pourtant à l’origine de la saisine de la Cour, et ont provoqué l’ire de nombreux dirigeants africains. Tout en défendant "son refus de l’impunité", l’Union africaine (UA) s’est dite "inquiète" des conséquences pour le processus de paix.
"Les populations vont payer le prix fort au Darfour", craint Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS, spécialiste de l’Afrique subsaharienne.
La CPI, un instrument de l’Occident ?
Selon ses détracteurs, outre la mise à mal des négociations diplomatiques dans la région, la décision de la CPI provoque un malaise politique en Afrique. Après les déclarations du procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo, les représentants de l'UA se sont émus que cette affaire, comme les quatre premiers dossiers de la CPI, ne concerne que des conflits africains.
"Pour le tiers monde, la CPI, le droit occidental, s’acharne sur ce continent", affirme Roland Marchal. "L’opinion publique africaine considère la Cour comme un instrument occidental pour recoloniser l’Afrique", ajoute-t-il, précisant que ce discours n’est pas seulement l'apanage des dirigeants, mais aussi celui des populations.
"D’ailleurs, la Cour vise les ennemis des grandes puissances", constate-t-il, notant que l'Angolais José Eduardo Dos Santos n’a jamais été jugé, ni Idriss Déby Itno au Tchad. Puis il ajoute : "Depuis trois jours, la presse locale se demande pourquoi la CPI ne s’occupe pas de l’Irak, de la Palestine…"
Les Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU gardent effectivement une influence non négligeable sur la CPI, de par le mode de saisine de la Cour.
Ce que confirme d’ailleurs Géraldine Mattioli, membre du bureau Justice internationale de Human Rights Watch en Belgique : "Si un pays membre du Conseil de sécurité veut opposer un veto à la saisine de la CPI, rien ne peut l’en empêcher. Faire en sorte, par exemple, que la CPI s’occupe de l’Irak n’est pas gagné. C’est la grande limite de cette Cour".
La CPI, contactée par FRANCE 24, n’a pas souhaité s’exprimer, arguant qu’un organisme judiciaire se doit de laisser de coté les débats politiques.
Deux des trois moyens de saisir la Cour impliquent en effet que l’Etat en cause ou l’Etat dénonciateur ait ratifié le Statut de Rome, qui a donné naissance à la CPI en 1998. Aujourd’hui, 107 pays ont ratifié ce Statut et reconnaissent la légitimité de la Cour. Mais ni le Soudan, les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde n’en font partie. Pour ces Etats, seul le Conseil de sécurité de l’ONU peut saisir la CPI. Ce qui a été le cas du Soudan.
Géraldine Mattioli reste toutefois convaincue de l’indépendance des magistrats. "La décision du procureur contre El-Béchir en est une illustration : les réactions des Etats sont assez tièdes, les diplomates s’inquiètent. Mais cela n’a pas empêché le procureur Ocampo de continuer."
Une mise en application limitée
Avec la demande d’inculpation d’El-Béchir et, le 24 mai dernier, l’arrestation en Belgique du Congolais Jean-Pierre Bemba, la Cour s’enhardit.
L’exécution de ses décisions reste cependant limitée : la CPI ne dispose d’aucune police pour faire appliquer ses ordonnances. Le problème s’est posé en 2007 lorsque deux dignitaires soudanais, Ahmad Harun et Ali Kushayb, ont été placés sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Ces deux haut fonctionnaires n’ont pas été inquiétés outre mesure.
Le problème risque de se poser encore une fois avec Omar El-Béchir, si la CPI décide de délivrer un mandat d’arrêt. La Cour ne pourra alors s’appuyer que sur la bonne volonté de la communauté internationale. Une bonne volonté qui fait parfois défaut. "Au niveau de la coopération juridique ou logistique, le soutien des grandes puissances est mitigé", note Géraldine Mattioli.
Pourtant, Damien Helly, spécialiste de l’Afrique subsaharienne à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, est persuadé que la Cour dispose d’une véritable influence.
"Il ne faut pas sous-estimer l’impact que ce mandat d’arrêt pourrait avoir, s’il est délivré", rappelle-t-il, en citant les exemples de Slobodan Milosevic en ex-Yougoslavie et de Charles Taylor au Liberia. "Il y a eu des conséquences concrètes. Soit des négociations pour des départs en exil, soit des changements de régime avec des soulèvements populaires, soit des négociations diplomatiques sur la gestion du conflit lui-même."
Selon le spécialiste, "si un mandat d’arrêt est délivré contre El-Béchir, il pourrait être mis au ban de la communauté internationale. Les pressions internationales limiteraient sa marge de manœuvre, au moins à l'extérieur. Et la Cour trouve ici une utilité."
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin


23/07/2008 20:36:52 Signaler un abus
Bonne Gouvernance
Par Lumberjack - Washington, DC
Sand trop rentre dans les details, je vous tout simplement exprime o combien courageux et temeraire est la decision du CPI d'inculpe un dirigeant Africain de haut rang. Pour moi cet acte constitue egalement la bonne gourvernance. Nul personne au monde ne doit se sentir au-dessus de la mele. Ceci dit, la CPI ne doit pas se limiter aux grand crimes contre l'huminate mais par contre poursuivre toute personne qui viole les libertes des autres. A bon entendeur, salut!
21/07/2008 23:54:09 Signaler un abus
elargissez votre champs d'action
Par Anonyme - gabon
C'est a saluer la poursuite de la CPI contre un President en fonction ayant commis des crimes et autres(peu importe le chef d'inculpation).Toutefois pour la credibilité de ce tribunal,il faut qu'il s'attaque aux gros poisson.Il y a le cas Bongo Ondimba,President depuis quarente ans et personne ne dit rien.il y a Bush qui declare des guerres fortuites et injustifiées,sans que personne ne dise rien. Et bien mon cher Luis Moreno je loue votre courage mais elargissez votre champs d'action et vous aurez plus de credit et du soutient des sceptiques.
21/07/2008 15:44:22 Signaler un abus
réaction à l'inculpation de monsieur BECHIR
Par Anonyme - abidjan
je me réjouis de cette inculpation et subséquemment du mandat d'arrêt de ce monsieur
j'estime qu'en tant qu'africain , il faut tourner la page de l'autoflagellation et ne pas toujours chercher des excuses aux prédateurs des droits de l'Homme qui s'imagine que le monde se limite à leur petite personne
je partage l'inquiétude de ceux qui craignent que la CPI ne devienne une justice réservée aux seuls africains ,mon opinion est qu'il faut toujours commencer quelque part notamment par le continent africain qui est le théatre des crimes les plus abjects.Pourvu que les dirigeants africains en tirent toutes les conséquences et cromprennent qu'ils n'ont pas nécessairement droit de vie ou de mort sur leurs populations
21/07/2008 08:25:00 Signaler un abus
C.P.I etait un instrument pour les occidentaux.
Par Anonyme - canada
c'est qui m'etone le beni oui,oui de l'europe derriere les etats unis.pourtant E.U ne pas signataire de C.P.I mais il utilise cpi comme il veut.CPI doit s'occupe de problemes palestiniennes et iraquiennes avant de venir en afrique.le mois passe ils sont beaucoup parler de MGUBE pourtant BONGO a 40 ans au pouvoir.un grand dictateur comme DEBY qui tue des politiciens coe BEHIBI , INBI OUMAR, ABASS KOTY etc....
n'ont jamais parler dessus soutenu par la france.
21/07/2008 05:49:52 Signaler un abus
Quand ?
Par talbin - yokohama/japon
Bonjour,
Quand est ce que le Président du TPI va-t-il lancé un mandat d’arrêt international contre Bush et sa clique de criminels en col blanc et en jupon, pour les crimes de guerres et autre exactions commises depuis 2001 et 2002 en Irak et en Afghanistan ? Question sans réponses !
Merci