Dernière modification : 21/07/2008 

- Pakistan


La crainte perdure à Peshawar
La peur hante toujours les esprits des commerçants du bazar de Peshawar, après l'offensive de l'armée dans les faubourgs, suivie d'un accord de paix avec des combattants islamistes qui la troublaient sporadiquement.

Dans les magasins de musique et de vidéo, les pistolets sont dissimulés sous les comptoirs, au cas où, et des postes de contrôles tenus par des policiers armés jusqu'aux dents ont été ajoutés aux carrefours principaux de cette mégalopole de près de trois millions d'habitants saturée de véhicules.

Il y a deux semaines, des chars de l'armée l'ont quittée pour progresser en direction du district de Khyber, dans les zones tribales toutes proches où Washington estime qu'Al-Qaïda et les talibans afghans ont reconstitué leur forces grâce au soutien des talibans pakistanais.

Mais le groupe de militants fondamentalistes visés, celui du seigneur de guerre local Mangal Bagh, était davantage assimilé à un gang tirant profit du passage de la fameuse Khyber Pass, qui relie le Pakistan à l'Afghanistan, et s'était fait une spécialité des kidnapping contre rançon et l'attaque de convois, dont ceux qui ravitaillent les forces internationales présentes en Afghanistan.

Les habitants, comme de nombreux éditorialistes de la presse pakistanaise, ont raillé à l'envi cette "soi-disant offensive" qui ne visait pas les "vrais" talibans, groupe auquel Mangal Bagh, qui avait d'ailleurs ordonné à ses hommes de ne pas combattre, répète qu'il n'appartient pas.

Toutefois, ses hommes faisaient depuis peu régner la terreur dans les quartiers périphériques de Peshawar, où il jurait de restaurer la charia, la loi islamique, allant même jusqu'à se livrer à des enlèvements en plein centre.

"J'ai toujours peur, nous craignons que ces hommes ne reviennent nous chercher", lâche Patras Masih, un balayeur. Il faisait partie d'un groupe de 16 chrétiens kidnappés en plein centre de Peshawar en juin par des hommes de Mangal Bagh, au beau milieu d'une messe.

Ils les ont relâchés le lendemain, invoquant une "erreur", mais non sans les avoir dûment chapitrés sur l'interdiction de boire de l'alcool et fumer du haschisch, raconte Masih, 33 ans.

Cet enlèvement a été l'une des gouttes qui a fait déborder le vase pour le nouveau gouvernement qui négocie depuis trois mois dans les zones tribales des accords de paix avec les talibans pakistanais. Washington, qui n'en supporte pas l'idée, multiplie les pressions sur Islamabad.

Un haut responsable du gouvernement a alors agité la "menace" islamiste sur la ville et les médias occidentaux celle de la "talibanisation" de la seule puissance nucléaire militaire avérée du monde musulman.

L'offensive a été lancée le 28 juin dans le district de Khyber, fief de Bagh, pas un coup de feu n'a été tiré et ce dernier s'est plié en 10 jours à la signature d'un accord de paix au terme duquel il reconnaît le pouvoir de l'Etat.

Malgré l'accord de paix, nombre d'habitants s'interrogent sur leur sécurité à Peshawar. "Cette opération n'était que du vernis, le gouvernement s'en prend aux mauvaises personnes parce qu'il veut apparaître dur", dit Zar Ali Khan, dont la boutique de vidéo du marché de Nishtarabad a été le théâtre d'un attentat à la bombe en 2007, tuant un de ses employés.

Le "business" s'est effondré, déplore-t-il. "Les clients ont la peur au ventre".

Les starlettes de Bollywood ont disparu des murs de ce marché, pourtant dressé depuis des lustres dans l'ombre de la forteresse qui abrite le QG des Frontier Corps, les puissantes troupes paramilitaires de la région.

Les talibans proches d'Al-Qaïda ont lancé une vague sans précédent d'attentats --essentiellement suicide-- qui a fait plus de 1.100 morts dans le pays en un peu plus d'un an. Commandés par Baïtullah Mehsud, proche d'Al-Qaïda, ils continuent de faire régner la terreur dans les zones tribales sans que le gouvernement ne lance d'offensive majeure contre eux, au grand dam de Washington.
 

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