22 juillet 2008 - 19H04
- Agriculture - OMC

Statu quo entre Nord et Sud
Les Etats-Unis proposent d'abaisser à 15 milliards de dollars leurs subventions et le commissaire européen Peter Mandelson parle d'une réduction de 60 % des droits de douanes agricoles européens. Les pays du Sud demandent plus.

Les dernières offres des pays riches pour dégager un accord de libéralisation commerciale tombaient mardi dans des oreilles de sourds à Genève, les pays en développement n'y voyant aucune avancée réelle dans le domaine agricole.
  
Au deuxième jour d'une réunion cruciale pour sauver sept années de négociations entre les 152 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les Etats-Unis ont offert de réduire leurs subventions agricoles à moins de 15 milliards de dollars par an "afin de faire avancer la négociation cette semaine".
  
"Il s'agit d'un geste majeur, fait de bonne foi, dans l'espoir que les autres renverront l'ascenseur et amélioreront leurs offres d'ouverture des marchés", a déclaré la représentante américaine pour le Commerce, Susan Schwab, en annonçant devant la presse la dernière offre de Washington.
  
Cette offre a été immédiatement critiquée par le Brésil, porte-parole de facto des pays émergents
  
"Cela révèle un engagement des Etats-Unis dans la négociation, mais un faible niveau d'ambition", a observé le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim.
  
Un membre de la délégation brésilienne a souligné que les Etats-Unis avaient dépensé l'an dernier moins de 8 milliards de subventions agricoles, soit deux fois moins que le plafond proposé de 15 milliards. Washington pourrait donc en théorie augmenter ses soutiens à l'agriculture au lieu de les réduire.
  
La négociatrice américaine a expliqué que le niveau relativement faible des subventions versées en 2007 était lié à la flambée des prix des matières premières. Or, les subventions américaines servent en grande partie à combler la différence entre les prix mondiaux et celui payé aux agriculteurs américains.
  
Washington veut pouvoir verser éventuellement davantage d'argent à ses agriculteurs en cas de chute des cours, a ajouté la négociatrice.
  
L'offre américaine améliore légèrement une proposition faite l'an dernier de ramener les subventions à 17 milliards. Les pays en développement accusent ces subventions de saper les cours mondiaux et le niveau de vie de leurs propres agriculteurs.
  
Les Etats-Unis "peuvent encore aller plus loin", a estimé Peter Power, porte-parole du commissaire européen au Commerce Peter Mandelson, tout en jugeant "raisonnable" l'annonce américaine.
  
Mme Schwab a demandé par ailleurs que ses partenaires s'engagent à ne pas poursuivre les Etats-Unis devant l'OMC à propos des subventions agricoles, tentant de renouveler la "clause de paix" qui existait jusqu'en 2003.
  
Cette dernière requête a été dénoncée par Oxfam, une association de défense des pays en développement.
  
"Cela signifie que l'on a l'intention de violer les règles à l'avenir. C'est une insulte supplémentaire", a estimé Jeremy Hobbs, directeur d'Oxfam International.
  
Lundi, M. Mandelson avait déjà tenté de reprendre la main dans la négociation en annonçant une baisse de 60% des droits de douane que l'UE perçoit sur ses importations agricoles. Mais cette annonce a été rejetée par les pays en développement, qui n'y ont vu que la reformulation d'offres déjà faites.
  
"Ce n'est qu'un gadget statistique", a lancé M. Amorim.
  
La proposition européenne n'a même pas été abordée pendant la réunion ministérielle de lundi soir, a indiqué M. Rockwell. Une deuxième réunion à huis clos mardi risquait de se prolonger tard dans la nuit.
  
"Les participants sont déterminés à négocier de bonne foi pour parvenir à un accord", a observé le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, qui espère obtenir avant samedi un accord entre la quarantaine de ministres présents à Genève.
  

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