13 février 2008 - 12H38

Un pardon qui s'est fait attendre
Le Premier ministre australien avait fait campagne sur la réconciliation avec les Aborigènes. Ce mercredi, il a présenté ses excuses pour les maltraitances infligées aux populations indigènes. (Récit N. Charbit et M. Gaudin)

 

Cela fait dix ans que le gouvernement conservateur de John Howard refuse de présenter des excuses officielles au nom de la nation pour les mauvais traitements infligés aux Aborigènes depuis le début de la colonisation de l’Australie. Notamment, la question des enfants aborigènes, ceux de la "génération volée", qui ont été retirés de force à leurs familles entre 1910 et 1970.

 

 

Durant sa campagne électorale, Kevin Rudd avait promis de promouvoir la réconciliation, et de présenter ses excuses aux premiers habitants d’Australie, dans le but de favoriser le processus de guérison et de réconciliation nationale.

 

 

“L’idée est d’établir un lien de respect entre l’Australie indigène et non-indigène", a déclaré M. Rudd sur la télévision australienne. "Nous pourrons ensuite combler les différences d’espérance de vie, de niveau d’éducation et de santé".

 

 

Barbara Livesey, président de l’ONG Réconciliation Australie, estime que ces excuses représentent un moment historique pour l’Australie.

 

 

“Ces excuses représentent une étape de maturation de la nation, où nous sommes capables de regarder en face les vérités de notre passé, reconnaître nos erreurs et aller de l’avant", explique Barbara Livesey dans une interview accordée à FRANCE 24.

 

 

“C’est une base importante pour construire le type de relations dont nous avons besoin pour aller de l’avant. Un des directeurs indigènes de l’ONG Réconciliation Australie, Mick Dodson, décrit la réconciliation comme un puzzle, et la demande de pardon est une pièce-clé de ce puzzle. Vous ne pouvez pas terminer un puzzle sans cette pièce maîtresse, et une fois qu’elle est en place, le reste suit".


Une espérance de vie inférieure de 17 ans 

 

Une partie intégrante du puzzle consiste à guérir les effets persistants constatés chez la "génération volée". Ces enfants ont souvent été hébergés dans des conditions misérables, et beaucoup ont subi des harcèlements physiques et parfois sexuels.

 

 

Les Aborigènes ressentent aujourd’hui encore les séquelles psychologiques, culturelles et sociales de cette séparation de leurs parents. Des études nationales montrent un plus grand taux de maladie et un niveau d’études plus faible parmi les familles touchées. Ainsi que des problèmes de dépression, de délinquance, de drogue et d’alcoolisme.

 

 

L’espérance de vie d’un enfant indigène est de 17 années inférieures à un enfant non-indigène. Un des combats de l’ONG Réconciliation Australie est de réduire ce fossé.

 

 

Mais si ces “excuses” sont une base pour faire face à ce clivage, Barbara Livesey croit aussi que le gouvernement, et toute l’Australie, devront accompagner ce geste de monnaie sonnante et trébuchante.

 

 

“Nous voulons voir ce gouvernement – et d’autres, car c’est une responsabilité collective - avancer des ressources capables de faire avancer le processus de guérison, et de faire reculer les inégalités d’espérance de vie", dit-elle.

 

 

Même si ces excuses auront un effet cathartique pour beaucoup d’Aborigènes, et même si c’est un pas dans la bonne direction, ces paroles ne seront qu’un exercice de rhétorique politique si elle ne sont pas suivies d’actes de responsabilité légale.

 

 

L’enjeu est beaucoup plus profond qu’une question financière. Mais le refus du Premier ministre d’ouvrir un fonds d’indemnisation a soulevé beaucoup de critiques. Certains estiment qu’il s’agit de sa première trahison d’une promesse de campagne.


Une réconciliation délicate 

 

Kevin Rudd a certes fermé la porte à toute possibilité de dédommagement à une échelle nationale, mais Barbara Livesey salue les initiatives locales prises dans certains Etats tels que la Tasmanie, où la population indigène a été décimée. Elle était de plus de 5 000 et a chuté à 300 personnes, entre 1803 et 1833.

 

 

“Le gouvernement de Tasmanie a déjà mis en place un fonds d’indemnisation pour les membres de la “génération volée” et l’Ouest de l’Australie met en place un système similaire”, décrit Barbara Livesey. Elle estime qu’un fonds de dédommagement serait au final moins onéreux pour le contribuable que des procédures judiciaires coûteuses".

 

 

Selon une étude menée par le Sydney Morning Herald en janvier, 40% des Australiens sont opposés à ce que le gouvernement présente des excuses officielles. Alors qu’ils ne sont pas contre le principe d’une réconciliation, beaucoup d’Australiens ont l’impression que des excuses officielles seraient une façon d’admettre la culpabilité pour des crimes commis dans le passé.

 

 

Ces excuses sont présentées au nom du gouvernement, et non de la nation dans son entier, mais la participation de l’opposition n’est pas encore acquise.

 

 

Kevin Rudd a déclaré aux médias australiens qu’il souhaitait que les excuses du 13 février soient un effort des deux partis, celui du Parti travailliste au pouvoir et celui de l’opposition libérale-nationale. Mais le dirigeant d’opposition Dr Brendan Nelson a refusé de souscrire à la démarche, tant qu’il n’aurait pas vu une version complète de cette demande d’excuses.

 

 

"J’ai beaucoup de mal avec ce principe de responsabilité intergénérationnelle pour ce qui a été commis de bon et de moins bon dans le passé", a déclaré Dr Nelson dans le Sydney Morning Herald.

 

 

Une vraie réconciliation demandera des décennies, tout comme en Nouvelle Zélande et en Amérique du Nord. Une telle réconciliation ne sera possible que par l’éducation et une prise de conscience que la culture aborigène fait partie intégrante de l’Australie.

 

 

“Nous avons besoin d’un plan complet et à long terme", estime Barbara Livesey. "Notre Premier ministre Kevin Rudd parle de réunir les éléments les plus brillants du pays, pour examiner les défis nationaux. Notamment les questions relatives aux Aborigènes".

 

“Nous espérons que cela mènera à un plan national de long-terme, et qu’effectivement, la réflexion sera enrichie par des personnalités hors-gouvernement. Car c’est de la responsabilité de tous. Ce n’est pas seulement le souci de tel ou tel gouvernement. L’enjeu est la formation d’une nation en Australie".

Commentaires

Et si Israel aussi reconnaissait ses fautes?

Espérons qu'Israel sera aussi un jour capable de reconnaître ses crimes commis à l'encontre de ses aborigènes que sont les Palestiniens!La fin de l'Apartheid israélien au Proche Orient est une nécessité pour la Paix, la Justice et la sécurité de tous les peuples de la région. La démarche courageuse Australienne demeurera à coup sûr un symbole et un exemple pour la réconciliation entre colonisateurs et colonisés!

A quand le pardon de L'Angleterre envers le peuple de Chagos

Il est grand temps pour la couronne britannique d'implorer les pardons du peuple de l'archipelle de Chagos qui se trouve dans l'ocean indien.Il ya 40 ans maintenant que La Grande Bretagne availt deraciné de force tout un peuple de leur terre et culture .Les Chagossiens fut mirent entassés dans des cales de bateaux pour le jeter par la suite sur le quai à l'ile Maurice.Beaucoup en meurent en court de route. Leurs animaux fut gasé.Aujourdhui l'archipelle de Chagos est utilisé comme une base navale pour les américain et ces derniers payent une fortune annuellement a la Grande Bretagne, tandis que les chagossiens vivent encore dans la pus grande misére à l'ile-Maurice. La Haute Cour de Londres avait condamné en 2 fois cette holocauste authorisant les chagossiens à rentrer dans L'Archipelle, mais Londres fait fit de sa propre justice et s'y oppose farouchement e ce jugement.
L'histoire du peuple chagossien est un autre holocauste que l'Angeterre veut toujours cacher au monde, la plus sordide histoire de l'empire Britannique.

Une nouvelle ere?

Moi je suis australien et jai vu a la tele ce matin les excuses presente par le PM, Kevin Rudd aux tous aborigenes, surtout ceux qui etaient parmi la generation volee. Ses mots etaient tres emouvant, tres touchant, et j'espere que c'est le premier pas sur le chemin de resoudre les problems de sante, economique et sociale que les premiers australiens souffrent depuis trop, trop longtemps. La facon horrible dans lequelle les europeans de First Fleet traitait les aborigenes au debut de leur arrivee en australie, et puis l'honteux histoire de la generation volee restera toujours la plus honteuse marque sur l'histoire de notre beau pays, et j'espere que les mots de kevin rudd ce matin marquera une nouvelle ere pour les premiers hommes et australiens.

oui, mais...

... ne confondons pas tout, Cher Dan Morgan. Les Australiens (blancs) descendent en partie de bagnards et de prostituées ; cela n'a pas à voir avec les souffrances infligées aux Aborigènes, bien sûr ; en tout cas, le peuplement de l'Australie n'est pas identique à celui des États-Unis d'Amérique, motivé à l'origine par une fuite face aux persécutions religieuses. La suite, on la connaît : des occupants d'origine soumis aux massacres hier, à la marginalisation aujourd'hui (hors les casinos et quelques rares cas).

bonne idee

ca fait plaisir de lire ce genre d`article que il faut preciser sont tres rares.
demander pardon , aussi petit soit le geste, apporte la vie la ou les coeurs ont ete brises et les mentalites torturees.
le dedomagement n`est pas moins important et de mon humble avis pense qu`il accompagne honorablement le pardon. la reconciliation et l`integration prendront un peu plus de temps mais finira par arriver. ne dit on pas que la terre appartient aux premiers occupants? dans ces conditions c`est plutot une restitution qui sera conforme.
j`espere que l`amerique du nord suivra l`exemple en demandant pardon aux indiens massacres il y a qlq siecles.
bonne chance a l`australie !!!

Enfin!!

Je suis ravi de lire et d'entendre tout ça! Il ne doit pas y avoir de différence entre les individus, et l'Australie est née de ces hommes qui ont su comprendre l'importance de la vie, de la nature et fuir le monde futile que nous connaissons, et il est intolérable que des hommes dits civilisés aient eux même oublié ces notions essentielles d'humanité.
Demander pardon n'est qu'un commencement, un geste d'intelligence certes, mais il va falloir désormais rattraper le retard que nos pères ont accumulés, ainsi que ces 40% qui ne mesurent pas encore l'importance de respecter et de se faire respecter de ces hommes, qui eux, n'ont pas changé.
Pardonnés nous aussi de n'avoir rien fait.

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